Jardin de chair

Frédéric Raymond est sans conteste un des maîtres de l’horreur québécois. Ce n’est pas sans raison qu’il a fondé la Maison des Viscères. Cet article porte sur une de ses œuvres qu’il a adapté à plusieurs reprises: Jardin de chair publiée par la maison d’édition les Six Brumes. Jardin de chair: un livre d’horreur à la fois gore et psychologique. À lire loin de l’oreiller et de la nourriture! Je suis une fan finie de ce genre littéraire et j’espère vous donner envie de vous le procurer à la fin de cette petite critique bien personnelle.

Synopsis

Résultats de recherche d'images pour « Jardin de chair »Christabelle a faim. Une faim physique qui la répugne, mais qu’elle doit absolument combler : celle pour la chaire humaine. Dans ce roman sombre, on voit la décente aux enfers de cette femme pourtant bien intentionnée. Cannibale contre son gré, elle plonge dans une spirale la menant vers la solitude absolue.

«On a tous un jardin secret… et ça fait parfois du bien de le saccager. Le jardin de Christabelle respire la mort. Chaque joie y est engraissée par des cadavres. La vie s’y enracine dans la solitude. Comment fuir le spectre des remords?» (quatrième de couverture).

Les hauts

D’abord, le gore est d’une justesse impressionnante! À certains moments, les descriptions lèvent le cœur, mais juste assez pour qu’on continue de lire. Ce n’est jamais «trop» ou «trop peu». Le dosage du gore est un art difficile à maîtriser et dans cette oeuvre, l’auteur le maîtrise parfaitement. Les personnages sont authentiques, on croirait y voir de vrais humains, avec une conscience, de vrais émotions, des forces et des faiblesses. À un tel point que, sans s’en rendre compte, on devient un peu nous-même Christabelle, entourée de ces gens complexes. Je n’ai personnellement jamais été autant attachée à une cannibale! L’auteur maîtrise parfaitement l’art de l’écriture, en utilisant plusieurs figures de styles. Des métaphores, des personnifications, des analogies. Tout y passe sans que ce soit percutant, sans que ça détonne.

«Elle l’aimait trop pour lui faire visiter son jardin de mort, elle qui aimait autant la vie.» (p.92)

L’écriture est juste et tous nos sens sont interpellés. Il semble évident que l’oeuvre a été travaillé pendant des centaines d’heures pour en arriver à un tel résultat. L’auteur n’hésite pas non plus à assumer le fait qu’il est Québécois. L’histoire se passe au Québec, les personnages parlent «le québécois» sans en être des caricatures. Tout est bien dosé!

Les bas

Christabelle a 27 ans, mais quand elle parle de sa mère, elle l’appelle toujours «maman», comme le font si bien les enfants. Il ne s’agit que d’un exemple pour démontrer qu’on ne ressent pas que la protagoniste a l’âge qu’elle est censée avoir. Nous avons l’impression qu’elle est bien moins mature que sa meilleure amie, qui est pourtant de dix ans sa cadette. Cela ne gâche toutefois pas le récit; on se met quand même bien dans la peau de la protagoniste et on ressent ses émotions. Ce phénomène peut probablement être expliqué par le fait que la mère de Christabelle l’a toujours couvé au point où elle n’a probablement pas eu les occasions de vivre ses propres expériences. De plus, elle a vécu plusieurs traumatismes et n’a jamais pu réellement s’en confier à personne, ce qui pourrait expliquer le retard dans son développement personnel. J’en conclus donc que, si cela est volontaire, cela n’est pas évident pour le lecteur qui peut se poser des questions quant aux dires et aux agissement de la protagoniste relativement à son âge.

Finalement, le roman est très court. L’univers est intéressant et on aimerait pouvoir y vivre plus longtemps. Je ne sais pas vraiment s’il s’agit d’une faiblesse du livre, mais personnellement, j’aurais pris beaucoup plus de temps dans ce monde disjoncté!

Appréciation générale

Excellent livre, qui se lit tout d’un coup. Il faut aimer le genre horreur-gore-psychologique et ne pas avoir peur d’avoir des sentiments mitigés à la fin du livre. Somme toute, un roman exceptionnel que je recommande chaudement pour tout fan fini de l’horreur québécois!