La chasse-galerie

Qui n’a jamais entendu parler du célèbre récit « La chasse-galerie » d’Honoré Beaugrand. Il n’est pas question d’une station de métro ici, mais bien du grand auteur qui a vécu de 1848 à 1906. Si j’ai choisi ce conte marquant de l’histoire québécoise, c’est parce que trop peu l’ont véritablement lu et, comme toute fille de joual qui se respecte, je me dois de faire briller nos vieux classiques. Alors c’est parti!

Synopsis

Joe le cook raconte l’un de ses exploits de jeunesse. Malheur à celui qui doute de ses paroles, car il ne faut jamais se moquer des hommes qui survivent au pouvoir du Diable. Tout s’est passé la veille du jour de l’an, en pleine forêt vierge, alors que Baptiste Durand a pour idée d’aller courir la chasse-galerie afin de fêter à Lavaltrie et de revoir sa blonde pour un soir. Selon ses dires, il a l’habitude de risquer son âme en allant faire des voyages en canot d’écorce. C’est ainsi que Joe et sept autres hommes de chantier feront un pacte leur permettant de voyager par la voie des airs. Durant la traversée, ils ne devront pas prononcer un seul mot d’église ou toucher une croix quelconque. Le concept paraît facile, mais c’est bien le contraire.

Les hauts

« Acabris! Acabras! Acabram!
Fais-nous voyager par-dessus les montagnes!»1

J’ai adoré l’utilisation du joual et autres expressions typiquement québécoises tout au long du récit. À une époque à cheval sur le principe « littéraire » où l’on encourage le bien parler, ce sont des précurseurs comme Honoré Beaugrand qui ont osé transposer le langage familier à l’écrit et ainsi graver une partie de notre histoire. Une mention dans la postface fait bien réaliser son objectif :

« Si j’ai été forcé de me servir d’expressions plus ou moins académiques, on voudra bien se rappeler que je mets en scène des hommes au langage aussi rude que leur difficile métier.»2

Aussi, contrairement à ce qu’on pourrait croire, le style d’écriture vieillissant de « La chasse-galerie » ne m’a pas du tout buté dans ma lecture. Certaines expressions inconnues se comprennent facilement avec leur contexte et plusieurs tournures de phrase m’ont simplement ravi.

«[…] mais si les petits ruisseaux font les grandes rivières, les petits verres finissent par vider les grosses cruches…»3

«Ça nous en coupait le respire et le poil en frisait sur nos bonnets de carcajou.»4

Les bas

Ce n’est pas un défaut en soit, mais je déplore la longueur du récit. En effet, la première parution de « La chasse-galerie » a été faite en 1900 alors que l’auteur avait commencé par publier dans ses propres journaux et hebdomadaires. Le format est donc resté. Heureusement pour nous, une multitude d’autres récits l’accompagnent sous forme de recueil et on y retrouve parfois le même univers folklorique auquel nous nous sommes attaché.

Au grand écran

Chasse-galerie : la légende

C’est avec un grand enthousiasme que j’ai appris la sortie du film « Chasse-galerie : la légende » en février 2016. Basé, en autre, sur l’œuvre d’Honoré Beaugrand, le film se veut toutefois une interprétation très romancée et dramatique du véritable conte. Étant donné sa courte longueur, le film a eu court à de nombreuses extrapolations, une multitude d’interprétations qui vont plus dans la lignée du drame réaliste que du véritable conte merveilleux. À ceux qui s’attendent à un film comme ceux des récits de Fred Pellerin, vous risquez peut-être d’être déçu. Le budget de la production est aussi très limité et je n’ai pas ressenti du tout l’effet du canot volant, moment clé du récit. Tout de même, la présence de bons acteurs comme François Papineau en tant que Lucifer donne un coup de pouce au film qui aurait pu mal finir.

Appréciation générale : 9/10

Sans conteste, « La chasse-galerie » ainsi que tous les récits du recueil méritent le détour. En plus de pouvoir être lus sans lourdeur et très rapidement (pas plus de 30 pages par récits), ils sauront vous faire remonter dans des temps anciens où l’hiver dictait le cours de la vie des Québécois et où la magie attirait autant les jeunes esprits téméraires qu’elle repoussait les plus sages.


1. Beaugrand, Honoré (2002). La chasse-galerie et autres récits. Les Éditions du Boréal, p.19
2. Idem, p. 9
3. Idem, p. 15
4. Idem, p. 19