La trilogie de David Goudreault : La bête !

J’ai toujours aimé David Goudreault. D’amour, simplement. Et pourtant, je n’ai jamais aimé le rap. Le slam s’en rapproche beaucoup et pourtant, je ne me lasserai jamais de l’entendre slammer. Alors, je me suis dit:

Quelqu’un avec autant de répartie et de poésie ne peut qu’écrire des livres savoureux

Et mon intuition ne m’a pas trahit cette fois. J’ai donc dégusté les trois romans qui mettent en valeur un protagoniste horrible et haut en couleur que l’on surnomme La bête. Cette critique portera donc sur ces trois romans : La bête à sa mère, La bête et sa cage et Abattre la bête, le tout dernier de la série paru cette année.

Tragique, puissante, dure, crue, bouleversante… sont quelques mots parmi tant d’autres pour qualifier cette oeuvre. À la suite de cette critique, j’espère vous amener à comprendre s’il serait « palpitant » ou bien « dommageable » pour vous de lire cette trilogie… Je m’explique tout de suite après le synopsis!

SYNOPSIS

Sa mère se « suicidait souvent ». C’est l’histoire tragique d’un homme qui, au courant de son développement, a déménagé de familles d’accueil en familles d’accueil. Ainsi, plutôt que de subir la violence psychologique et la négligence de sa mère, il a été exposé aux sévices d’un système blasé qui ne l’aidera pas à la retrouver. Ce dernier développe plusieurs pathologies psychiatriques qui l’amènent à devenir un adulte aux cognitions tordues. Croyant faire le bien, du moins, le bien pour lui, il adopte de multiples comportements délinquants. On se promène alors aux abords de son cerveau tordu et on y comprend tout le sens que peut avoir la criminalité. Sur sa route, plusieurs femmes (et animaux) seront blessés et exploités. La bête poursuit alors deux quêtes en parallèle dans ces trois romans: retrouver sa mère et survivre.

LES HAUTS

La langue : sa beauté, son usage

D’un québécois assumé, David Goudreault maîtrise autant la poésie que la prose en faisant usage de métaphores frappantes et autres figures de style qui captent notre attention. À chaque page de chacun des trois livres, on retrouve une phrase qui bouleverse ou qui fait sourire par son génie:

Parfait, je désirais méditer sur le sens de la vie, et de la mort des autres.

Quand t’es rien, devenir un moins que rien, ça donne de la valeur.

Mais quand même, je crois que derrière chaque psychopathe se cache une fillette espérant se faire flatter les cheveux.

(Je ne vous dis pas c’est dans quel livre, ni à quelle page; je vous laisse le découvrir!)

L’intensité et la fluidité de l’histoire

Wow! Quelle triologie intense! Des péripéties, en veux-tu en v’là! On n’a pas le temps de s’ennuyer. Le protagoniste ne reste jamais au même endroit bien longtemps. On suit un personnage toujours en mouvement, tant au niveau mental que comportemental. Tout se déroule très vite, si bien qu’on arrive à la fin du livre et que seule la luminosité de la pièce nous apprend que nous avons passé plusieurs heures à lire. Et cette intensité, on la retrouve dans les trois romans.

La crédibilité des personnages

On comprend les personnages, malgré toutes leurs déviances. Ils sont réels. On a presque l’impression de pouvoir les toucher. Leurs raisonnements, la façon dont ils s’expriment et agissent est tout à fait authentique. On y croit! La victime, la prostituée, le prisonnier, l’employé, même la caissière d’un dépanneur chinois. Prenons pour exemple le personnage principal. Il est narcissique et pense tout connaître sur la culture. Il fait alors plein de références culturelles, mais ces dernières ne sont pas toujours exactes. Seul le lecteur futé pourra repérer toutes les erreurs. Ce sont ces petits détails qui font toute la différence, qui rendent les personnages vivants. C’est rafraîchissant!

LES BAS

Émotionnellement éprouvant

Qui dit intensité, dit émotion. Vivre des émotions est une des raisons primaires qui amènent les gens à lire des livres. Et c’est personnellement ce qui motive le plus ma lecture. Tout ça semble très positif, alors pourquoi ça se retrouve dans les bas? Vous l’aurez compris, c’est parce qu’ici les émotions sont généralement négatives; du dégoût, en passant par l’outrance et en finissant dans la confusion. Mais on peut rire aussi, mais rarement un rire franc. Un rire offusqué, ou bien un rire jaune. On rit en se disant « il n’est pas allé jusque-là » ou bien en verbalisant « ça n’a pas d’allure, ce personnage-là ».

Bon, parfois on peut sourire par le génie des paroles, par la brillance de l’auteur. Mais un goût d’amertume subsiste. Et si on ne veut pas ressentir cela, si on ne veut pas aller fouiller dans les bibites de notre cerveau ou si on se sent instable émotionnellement, alors on est peut-être mieux de se taper un roman moins déstabilisant.

Thèmes délicats : violence, sexualité, propos dérangeants…

Il y a également beaucoup de violence et de sexualité. Pas rien d’érotique. De la sexualité qui manque de légèreté, qui nous donne envie de prendre notre douche pour se laver après chaque chapitre. Pas du gros gore, mais de la violence physique, psychologique et sournoise. Et des propos qui reflètent un protagoniste dérangé, et donc, qui dérangent:

Si ces petits connards n’avaient pas nui à ma propre sérénité, mes poings n’auraient pas nuit à la symétrie de leur visage

J’avais ébranlé son choix d’être homosexuelle, c’était clair. Je la retravaillerais dans quelques jours.

Franchement, des familles d’accueil pour les chiens, alors qu’on en manque pour des humains.

APPRÉCIATION GÉNÉRALE : 9/10

Alors, soit on adore, car cela nous crée des sensations intenses; soit on déteste, car avouons-le, ce ne sont pas des sensations agréables qui nous envahissent en lisant ce roman. Je me sens déboussolée et vide à la fin de la lecture de cette trilogie. Toutefois, traitez-moi de masochiste, si c’était à refaire…eh ben… je le referais!

Je suis d’avis qu’un bon roman devrait faire réagir et nous faire ressentir toutes sortes de choses. En outre, je ne suis pas non plus extrêmement fan des « happy endings. » Je ne crois pas non plus qu’un roman devrait nécessairement nous faire sentir bien.

Tant qu’il nous fait ressentir quelque chose, ça me satisfait. Et s’il arrive à me faire ressentir des choses que je ne ressens pas souvent en lisant, c’est encore mieux. Soyez assuré, ces livres arrivent à cette fin. Une trilogie unique, à lire pour ceux qui cherchent des sensations fortes et une écriture impeccable qui sort du lot.