Blanche Neige de LP Sicard

Blancheneigev2Blanche Neige écrit avec adresse par LP Sicard est selon moi le meilleur des contes interdits des éditions AdA. Une histoire angoissante où le lecteur a un sentiment d’étrange étrangeté, doutant sans cesse de sa compréhension de l’histoire. Sans plus tarder, le synopsis :

 

SYNOPSIS

Émilie, une jeune femme amnésique, fuit un asile où elle subit des sévices immondes. Elle s’engouffre dans une forêt dense où elle vit quelques moments de bonheur incroyables, lui redonnant un souffle tout juste suffisant pour passer au travers de nuits horribles où la confusion et l’horreur sont au rendez-vous. Dans son périple angoissant, elle pense trouver refuge dans un vieux manoir abandonné duquel elle tentera également de s’échapper.

 

 

PREMIÈRE ET QUATRIÈME DE COUVERTURE

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TABLEAU RÉSUMÉ

  Blanche Neige
Auteur L.P. Sicard
Genre Horreur psycho-fantastique
Prémisse Une jeune femme amnésique s’évade d’un asile en passant par ce qui a l’apparence d’une forêt maléfique.
 Avertissements Viols explicites et répétitifs
Émotions ressenties Anxiété / Solitude
Force Écriture irréprochable qui nous donne l’impression d’être dans la peau du personnage principal.
Une phrase pour décrire le roman Un récit qui nous prend à la gorge et où il est difficile de distinguer le vrai du faux.
Faiblesse Beaucoup de descriptions et un très long moment sans dialogue, ce qui peut être plus ardu pour les lecteurs peu expérimentés.
Appréciation personnelle 10/10
Niveau d’horreur 5/5
Niveau de gore 3/5
Niveau de conte 3/5
Mention honorifique Le plus horrifique

LES HAUTS

Le plus horrifique

Plus l’histoire avance, plus l’anxiété monte dans un crescendo infernal. L’histoire nous prend à la gorge. On a l’impression que les moments de répits que vit le personnage sont à peine suffisants pour permettre au lecteur lui-même de reprendre son souffle, de ne pas sombrer dans le désespoir et le mal-être le plus total. L’univers de la confusion absolue amène le lecteur à se sentir lui-même complètement fou, à revenir en arrière, à penser que l’auteur a peut-être fait quelques erreurs. Tout s’emboîte et s’enchaîne et l’auteur nous fait comprendre habilement que cette confusion est voulue et qu’il n’y a pas de réponses exactes, comme si on tentait ici de répondre à une question abstraite et subjective.

Blanche Neige, toujours en fuite, s’en sort à peine vivante à chaque épisode d’horreur et, quand elle bénéficie d’un moment de répit, une pensée récurrente de suicide l’envahit. Ainsi, même dans les moments plus paisibles, on craint pour sa vie.

L’ambiance de crainte, d’anxiété, de peur est bien établie tout au long du livre. Je crois, personnellement, que c’est ce qui est le plus dur à réaliser dans un roman horrifique : faire s’immiscer l’horreur dans le cerveau des lecteurs.

Une excellente phrase-seuil

« J’ignorais depuis combien de temps je me trouvais à l’institut psychiatrique de Fort Orée; les jours s’y ressemblaient tant que la monotonie s’emparait de chacune de mes facultés, y compris celle de compter. »

 On marque ainsi dès le début la confusion du personnage, le lieu dans lequel elle se situe et une ambiance des plus désespérée. Et pour vous donner encore plus envie de vous adonner à la lecture du livre, le paragraphe se poursuit ainsi :

« Ses couloirs blancs aux néons grésillant se succédaient sans l’ombre d’une différence; les tuiles du plancher n’étaient décorées que des traces laissées par les semelles des plus dégénérées qui se débattaient et que l’on traînait aux salles capitonnées; les seules fenêtres qu’on y trouvait donnaient invariablement sur une autre pièce de cette prison où résonnaient les cris comme au fond d’une caverne dépourvue de sortie. »

Je me souviens d’avoir lu à voix haute ces deux phrases à mon conjoint qui m’a tout de suite répondu : « Wow! Je vois… Tu vas te coucher tard, hein? » Eh oui!

Finale des plus incroyables

Le prix honorifique de la meilleure finale a été attribué à Peter Pan de Simon Rousseau. Toutefois, ce fut une chaude lutte! Cette finale est également excessivement intéressante. C’est toutefois le genre de fin qui peut déplaire à certains lecteurs, car elle n’amène aucune réponse précise. Le lecteur ne pourra émettre que quelques hypothèses. C’est parfois peu satisfaisant, mais je trouve que pour ce livre, l’auteur s’y est pris habilement et cette fin est loin de m’avoir frustrée. Il y a des indices tout au long du roman qui nous permettent quand même de sentir qu’on détient, quelque part, quelque chose qui ressemble à une « vérité ». J’ai trouvé excessivement plaisant de récolter tous ces indices.

À cet effet, à la fin de la lecture, si vous vous sentez perplexes, l’auteur vous offre généreusement un dossier spécial pour vous permettre de positionner votre regard différemment en mettant la lumière sur certains indices. Heureusement, ce dossier ne donne pas de réponses, mais vous permettra peut-être de faire le deuil de ce roman, de mieux le comprendre! C’est par ici !!

Une écriture juste, intelligente et soignée

Comme pour Hansel et Gretel d’Yvan Godbout, l’écriture est également juste et intelligente. Et plus précisément, dans ce contre de LP Sicard, l’écriture est en soi une œuvre d’art dans laquelle on se berce. Le style est beau et soigné, sans pour autant être prétentieux ou trop recherché. Encore, je laisse le roman lui-même vous en convaincre :

« Il aurait fallu plus que des mots pour décrire la légèreté qui m’enveloppa; des images confuses de pays que j’ignorais, d’après-midi près de la mer, de palmiers balancés par le vent, de montagnes et de récifs accompagnèrent la montée de l’orgasme. Simultanément, je me trouvais partout au monde où régnait le bonheur, où chantait la beauté. »

C’était un aperçu d’un de ces moments de répit que vit Blanche Neige. Ne vous méprenez pas, on retrouve le style soigné également dans les passages plus sombres:

« Déjà, mes genoux d’eux-mêmes se touchaient, mes orteils se tordaient dans mes chaussures éculées, et mes mains, moites et inutiles, glissaient sur mes pantalons. Ma tête était certes basses, or mes oreilles étaient bien tendues, et je perçus avec une incroyable acuité chaque son de ses mouvements. Les planchers craquaient sous son pas lourd, la porte grinçait imperceptiblement dans son mouvement vers la fermeture, son nez large expirait un air profond et toxique. »

Et j’arrête ici parce qu’il faut bien s’arrêter quelque part…

LES BAS

Le seul bas que je peux percevoir personnellement, c’est qu’il y a un bon moment sans dialogue. Je suis quelqu’un d’excessivement sociable et, par le fait même, j’adore les dialogues! Je pense toutefois que son absence ici m’a déçue, car ils m’auraient apporté un répit dans cet angoissant parcours. La solitude renforce donc davantage l’anxiété et le niveau d’horreur du livre. Je trouve ainsi qu’il s’agit plutôt d’une force, mais il est vrai que cela rend la lecture plus ardue pour certains lecteurs moins expérimentés.

AUTRES CRITIQUES

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APPRÉCIATION GÉNÉRALE : 10/10

Je pense que c’est le premier 10/10 que je donne à vie! Un excellent roman d’horreur, rédigé d’une main de maître, où on s’imprègne du protagoniste jusqu’à s’y fusionner dans une détresse absolue. Il s’agit selon moi du meilleur conte interdit des éditions AdA. Je n’ai rien à redire : bravo!

Bonne lecture à tous!