Top 5 : expressions québécoises

Top 5 - palmares des expressions québécoises

Il existe dans la langue française une multitude d’accents qui fait d’elle une langue riche et bien vivante. Le québécois est un bon exemple. Par son lexique unique (québécisme) et ses nombreuses influences (anglaises, françaises, amérindiennes), il y a de quoi pétrir la parlure au fil du temps. Pour ma part, je ne me prétends pas être une expert linguiste, mais mon intérêt me pousse à sans cesse faire des recherches sur le sujet. D’ailleurs, ma nouvelle chaîne Youtube me permet de me pencher sur la question de façon dynamique et loufoque. Pour la consulter, c’est par ici.

Plus particulièrement, les expressions de tous les jours me font parfois bien rigoler par leurs riches métaphores et leurs origines devenues bien obscures au fil du temps. L’étymologie populaire a le don de transformer un propos tout simple en quelque chose de complètement incompréhensible aujourd’hui. On les utilise sans trop y réfléchir, mais plusieurs expressions québécoises n’ont de sens que si on vit à l’époque médiévale. Je vous propose donc de vous pencher sur quelques-unes que j’affectionne grandement.

1. S’habiller (ou s’attriquer) comme la chienne à Jacques

Pour cette expression toute particulière, j’ai réalisé une capsule vidéo complète sur le sujet. Passez par ici pour la visionner. Je vous fais un petit résumé pour vous permettre de poursuivre votre lecture. Il s’agit d’une insulte vestimentaire pour le moins originale. Pourquoi un chien devrait-il porter des vêtements? Et tout d’abord, qui est ce Jacques? Après ma petite enquête, j’ai trouvé 3 origines potentielles.

S'habiller comme la chienne à Jacques

La première origine théorique découle du chien de M. Jacques Aubert, du Bas-du-Fleuve. Sa chienne ayant perdu tous ses poils à cause d’une maladie de peau, il lui a alors fabriqué des habits pour ne pas qu’elle attrape froid. Son entourage s’est mis alors à comparer les gens mal habillés à l’étrange animal qui se promenait dans les rues du quartier.

Une autre possible origine prétend qu’au départ, il n’était pas question d’une chienne, mais bien d’une chine. La chine est un survêtement porté par les travailleurs pour les besognes salissantes. On peut facilement s’imaginer le gars mal organisé qui a oublié sa chine à la maison et qui doit emprunter celle de Jacques pour pouvoir travailler.

Et finalement, la dernière théorie repose sur M. Claude Poirier et ses chroniques linguistiques du TLFQ. Au 16e siècle, on ne parle pas de Jacques, mais bien d’une jaque. La jaque (de la même famille que le mot jaquette) désignait un manteau de cuir porté par les chiens de chasse aux sangliers. Alors, peut-être que le premier avait dit plutôt d’une personne mal habillée qu’elle était « habillé comme une chienne à jaque ».

De la voiture descendit un petit vieux à figure d’Abraham, attelé comme la chienne à Jacques: c’était l’acheteux de guénilles. ( Lionel Groulx – Les rapaillages, 1919, p. 25)

2. Avoir de l’eau dans la cave

Allez, vous avez deviné de quoi il est question. Un petit indice, Le dictionnaire pratique des expressions québécoises suggère aussi une équivalence qui est «Avoir les culottes à marée haute». Non? Toujours pas d’idée? Cette expression me fait toujours rire surtout depuis que j’ai appris qu’il existait un équivalent français et même allemand. Si on y pense un peu, on se rend compte que la métaphore est bien présente.

Au même titre qu’un plombier qui retourne ses pantalons pour ne pas les abîmer en marchant dans une accumulation d’eau, l’expression signifie tout simplement d’avoir des pantalons trop courts. De la même façon, les Français utilisent plutôt l’expression : «avoir le feu au plancher» comme si les flammes avaient brûlé tout le tissus en-dessous des mollets. L’Allemagne a aussi son équivalent bien plus proche du nôtre qui est …, littéralement «pantalons d’inondation» ou «Hochwasserhosen» dans la langue.

On dirait que son costumier a manqué de tissus. Il a de l’eau dans la cave.

3. Sauter sa/une coche

Holala! C’est la troisième fois qu’on me fait réécrire mon chapitre. Je crois que je vais «péter ma coche»! Non je rigole. Enfin, vous aurez tous compris le sens de cette expression. On peut la comparer à l’expression «péter les plomb». Il s’agit tout simplement de s’énerver, de perdre son sang-froid. Bref, de perdre la tête face à un obstacle et de ne plus parvenir à maîtriser son sentiment de colère. L’utilisation en anglais de l’expression «breaking bad» est un bon équivalent.

Et si on regarde de plus près, il faut bien saisir le sens de «coche» au Québec pour bien la décortiquer. En fait, on parle ici d’un degré ou d’un cran supérieur. Imaginez un thermomètre qui dépasse la température maximum qu’il peut supporter. De quoi mettre du mercure partout!

4. Se péter les bretelles

J’adore celle-ci. Allez, vous avez une idée de ce qu’elle représente? En général, c’est le «Joe connaissant» qui l’utilise. Quoi! Vous êtes encore plus perdu? Bon, je me lance : «se péter les bretelles» signifie se venter ou bien être fier de soi. Selon Le dictionnaire pratique des expressions québécoises, la définition est : «Se complaire dans sa satisfaction, le torse bombé, la mine riche et réjouie.»(p. 109)

Elle évoque littéralement l’image de la personne qui tire sur ses bretelles et les relâche de façon à les faire claquer pour que tous le remarquent. Au XIXe, l’habit masculin se composait d’un pantalon, d’une chemise et de bretelles. Parait-il que c’était une action courante à l’époque. Les expressions font leur entrée dans le jargon de façon progressive et prennent du temps à se faire connaître. Mais, une fois adopté par la société, elles sont souvent tenaces et perdurent alors que même leur véritable sens ne fait plus écho dans le vocabulaire de tous les jours.

Quand il défait l’adversaire, il se pète les bretelles.

5.Avoir de la broue dans le toupette

Si on décortique cette expression pour ceux qui ne sont pas familier au français québécois, il faut savoir que le terme «broue» est une francisation de son équivalent anglais «brew» et fait ici référence au collet de mousse qu’on retrouve sur la bière, l’écume si vous voulez, puis au breuvage lui-même par métonymie. D’un autre côté, un «toupette» est simplement la portion des cheveux qui se retrouve sur le front. Vous l’aurez deviné, les Québécois aiment ajouter des «t» à la fin de certain mot.

C’est donc de dire que l’expression signifie avoir de la bière dans les cheveux? Mais non. Ce n’est pas un phénomène assez fréquent pour en avoir fait une expression, j’en ai bien peur. En fait, l’expression désigne quelqu’un d’agité ou de pressé. On devrait plutôt parler de vent que de bière. Mais s’il vente assez fort, la broue peut atterrir à bien des endroits, c’est vrai.

J’ai tellement de travaille à faire. Je crois que je vais avoir besoin d’aide, j’ai la broue dans le toupet.

Si on essaie de voir plus loin, on peut considérer l’expression francophone «se faire de la mousse» qui se dit lorsqu’on est tourmenté, inquiet. En fait, le mot «mousse» découle de molse puis mosse issu du francique mosa (mousse, plante). Ça vous fait peut-être penser à la bière Molson? 😉

Pièce de théâtre Broue

Et quand on parle de Broue, on ne peut pas passer à côté de la pièce de théâtre du même nom. Cela fait près de 40 ans que la pièce roule sa bosse. Et comme pierre qui roule n’amasse pas mousse, peut-être auront-nous droit à encore plus de broue pour les années à venir.

Sur ce, je vous dis à la revoyure!