L’enquêteur enquêté : entrevue avec Simon Rousseau, maître de l’intrigue

SimonRousseauSimon Rousseau, écrivain, co-créateur de la série des contes interdits aux éditions AdA, est le maître derrière le conte horrifique de « Peter Pan » paru en 2017. Affublé de seulement 24 printemps, il compte à son actif déjà 5 romans. Sa carrière d’écrivain a débuté à l’âge de 18 ans; débordé d’ambition, il crée sa propre maison d’édition (R2) qui a pour but de publier les nouveaux auteurs et où il publie deux tomes de sa série Rédemption. Percevant tout son talent et son penchant visionnaire, les éditions AdA le prennent sous leur aile; il y publie alors les deux premiers tomes de la série de thriller Enquêtes Taylor. Simon Rousseau a un parcours tout à fait étrange, comme la grande majorité des grands auteurs québécois : il a enseigné le français en Angleterre, changé de programme d’études plus de 5 fois et écrit des histoires toutes plus créatives les unes que les autres. Nous avons eu la chance de pouvoir lui soumettre nos questions :

 

1. Parlez-nous de votre parcours d’écrivain.

J’ai commencé jeune à écrire et créer, notamment des bandes dessinées. C’est cependant à 17 ans que j’ai complété mon tout premier roman, Rédemption, que j’ai publié un an plus tard à l’aide de ma propre maison d’édition indépendante. Puis, en 2013, je suis parti vivre en Angleterre près d’une année. Ce voyage m’a grandement inspiré ; c’est là-bas que j’ai écrit Les pages perdues de Kells, la toute première enquête d’Oswald Taylor. À mon retour, après avoir réussi à dénicher un contrat de publication auprès des éditions ADA, j’ai rédigé une deuxième enquête pour Oswald Taylor, Les sacrifiés inconnus. Les deux tomes sont parus en mars 2016. J’ai ensuite lancé le projet collectif des Contes Interdits et j’y ai participé directement en écrivant Peter Pan, une adaptation pour adultes du conte classique à l’aide d’une investigation assez morbide merci ;-). Mon prochain roman, encore une fois un roman policier – pour adultes aussi – paraîtra en avril 2018.

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2. Qu’est-ce qui influence le plus votre écriture? (ex. : autres auteurs, autres formes d’arts, événements, activités, etc.)

Les romans sont ma première source d’inspiration, bien sûr, mais c’est sans négliger le cinéma, les séries télévisées et les bandes dessinées, dont je suis un grand fan. Toutefois, je dois aussi avouer que mes études universitaires m’inspirent beaucoup. Étudiant en histoire, je ne cesse de découvrir lors de mes cours des événements facilement exploitables pour certains récits. C’est pareil pour mes voyages ; chaque fois, je trouve au moins un endroit ou un élément particulier qui peut m’être utile pour mes livres.

 

3. Quel est votre auteur favori, et pourquoi?

220px-Jean-Christophe_Grange5Jean-Christophe Grangé, et de loin. Jamais un auteur n’a su autant me harponner à CHACUN de ses livres. Il est pour moi le maître du polar. Son seul livre que je n’ai pas encore lu est d’ailleurs son tout premier publié, Le vol des cigognes ; je me le réserve pour plus tard. Je l’ai découvert à travers Le passager, un thriller de près de 1000 pages qui enchaîne les rebondissements et qui offre une psychologie très approfondie de ses personnages ; mon roman préféré. De plus, j’aime beaucoup la façon de penser de Grangé : il écrit tous les jours, préfère s’enfermer dans sa tanière pour créer que de participer aux plateaux de télévision et demeure conscient, malgré son immense succès, qu’il a la chance inouïe de pouvoir vivre de sa plume. Autrefois reporter international, il fait voyager ses lecteurs partout dans le monde avec ses livres, intégrant avec finesse ses intrigues à certaines sociétés marginales du monde.

 

4. Dites-nous quels sont vos trucs/astuces pour échapper au syndrome de la page blanche ?

J’avoue ne jamais avoir vraiment été victime de ce syndrome. Je me considère d’ailleurs très chanceux… en espérant que je n’en souffrirai pas de sitôt! 😉

 

5. Comment décririez-vous le processus d’édition, de la soumission de votre dernier manuscrit (Peter Pan) à sa sortie en librairie? Pas de secrets (si possible)!

Ouff, c’est assez complexe, surtout parce que Peter Pan faisait partie d’un collectif! Avant d’envoyer le manuscrit à l’éditeur, tous les auteurs des Contes Interdits se sont entraidés pour fournir le meilleur roman possible. Ça a été un vrai travail d’équipe. Notre éditeur s’est montré vraiment enthousiaste après la lecture des manuscrits, et on s’est de suite entendus, entre auteurs, pour concentrer nos efforts de promotion sur cette série. Le lancement des précommandes a bien marché, puis l’arrivée chez les libraires, encore plus! On capote encore que nos livres soient aussi dans les Wal-Mart, les Costco et les pharmacies!

 

6. Nous avons adoré la série des contes interdits des éditions AdA. C’est un franc succès! Les livres circulent partout dans la province et on en entend que du bien! En tant que co-créateur de cette série, comment vous est venue l’idée? Et pourquoi avoir choisi Peter Pan?

L’idée de la série m’est venue en 2014, alors que je n’étais même pas encore publié chez ADA et que j’avais encore ma propre maison d’édition indépendante. Avec l’auteure Marie Potvin, nous avions eu l’idée de lancer une série collective en numérique – mon réseau de distribution numérique était pas mal du tout à l’époque – et il ne nous restait plus qu’à trouver un thème, une idée pour noyau du collectif. Je ne me rappelle plus comment j’ai eu l’idée des contes, mais je me souviens avoir été très vite emballé. Nous avions (Marie et moi) contacté plusieurs auteurs pour participer, dont Sylvain Johnson, qui publiera d’ailleurs en mars un conte interdit. Malheureusement, faute de temps, et surtout parce que j’ai abandonné l’édition pour me concentrer sur mes études et mon écriture, le projet a été interrompu pendant environ 2 ans.

C’est aux portes ouvertes d’ADA, en avril 2016 je crois, que m’est venu l’idée de déterrer ce projet. J’en ai parlé à quelques auteurs de la maison qui ont tout de suite été excités par le concept de rédiger leur propre adaptation de conte. J’ai ensuite, avec mes collègues, présenté le projet à mon éditeur, qui s’est montré très intéressé. Après une sélection de plusieurs synopsis, nous avons formé le quatuor actuel : Christian Boivin, Yvan Godbout, LP Sicard et moi-même. Marie Potvin était trop occupée pour rembarquer dans l’aventure, tandis que Sylvain a pu modifier le conte qu’il avait écrit quelques années plus tôt pour nous en offrir une deuxième version plus sombre, plus adulte ; son roman n’a pas fait partie des 4 premiers pour la raison toute simple qu’il habite présentement aux États-Unis, et qu’il lui aurait été très difficile de faire la promotion de la série au Québec. À partir de là, LP, Yvan, Christian et moi, on a formé une véritable équipe, s’entraidant perpétuellement pour la rédaction, la révision et la promotion de la série. Nous sommes devenus une petite famille.

Pour Peter Pan, le choix avait déjà été fait en 2014. J’ai encore le prototype de couverture… Disons que la nouvelle est beaucoup mieux, grâce à Mathieu Dandurand ;-). Pourquoi ce conte? Je ne suis pas sûr, peut-être parce que l’original est déjà très dense, mais surtout parce qu’il m’offrait la chance de parler d’un sujet qui m’intéresse particulièrement : la rivalité entre la jeunesse et la maturité.

 

7. Pourquoi avez-vous choisi de créer votre propre maison d’édition (R2)? Pourquoi avez-vous décidé de mettre fin à ce projet?

R2À l’époque, j’ignorais comment fonctionnais l’édition au Québec. Lorsque j’ai terminé mon premier roman, je me suis assis avec mon père et nous avons discuté. Quelle était la prochaine étape? Comment envoyer mon livre à des éditeurs? Puis, il nous est venu l’idée de créer notre propre maison d’édition, ce que nous avons fait après plusieurs formations en ligne. Le « R2 » faisait référence à « 2 Rousseau », mon père et moi.

Disons que gérer une maison d’édition seul – mon père s’occupait surtout du financement – n’est pas vraiment quelque chose de facile, surtout lorsqu’on travaille en plus à temps partiel et qu’on étudie à temps plein. Quand j’ai eu la chance de partir en Angleterre pour une longue période, j’ai su que c’était le début de la fin pour R2. J’ai pourtant poursuivi l’expérience à mon retour, mais quand j’ai débuté l’université, je me suis rendu compte qu’il m’était impossible de tout faire en même temps. J’ai préféré abandonner R2 pour mieux performer ailleurs.

 

8. Quel style littéraire préférez-vous écrire? Thriller? Horreur? Et pourquoi? (On vous voit venir à mille à l’heure : vous n’avez pas le droit de dire « les deux » :P).

Oh, je n’oserais pas! 😉 Je ne suis pas un auteur d’horreur à proprement parler ; je peux certes créer des scènes horrifiques, créer des personnages terrifiants, mais au final, ils font presque tout le temps partie d’une enquête! Je considère donc que je suis un auteur de romans policiers, de suspense, de polars, de thriller. Peut-être qu’un jour, je me laisserai tenter par le processus d’écriture d’un récit qui pourrait vraiment se classer dans la catégorie horreur ; j’avoue que le genre m’attire de plus en plus! 

 

9. Vous semblez un réel passionné de l’écriture. Pourquoi avez-vous choisi finalement d’étudier en histoire plutôt qu’en littérature?

J’ai en effet étudié en littérature à l’université… mais seulement pour une session! 😉 J’avais l’impression d’y perdre mon temps, que tout ce qu’on faisait en classe, je pouvais de toute façon le faire chez moi – j’étais naïf, je sais. Même mes cours de création littéraire ne m’emballaient pas plus que ça ; je préférais conserver une liberté totale lorsque je créais. C’est un peu dommage, car aujourd’hui, je pense que j’adorerais ces cours.

Mais bon, l’histoire était aussi l’une de mes grandes passions, et j’avais pour objectif de me rendre jusqu’au 3e cycle dans cette matière ; c’était mon plan B, après l’écriture. L’histoire m’a d’ailleurs été autant, sinon plus utile que la littérature pour la rédaction de mes deux premiers romans publiés, qui sont bourrés de recherche historique. Au final, je ne regrette pas mon choix. Il faut cependant ajouter que je me suis laissé tenter par toutes sortes de programmes avant de finir en histoire : entrepreneuriat, animation 2D-3D, sciences des religions… mon cheminement universitaire est vraiment étrange 😛 .

 

10. Parlez-nous de votre prochain projet d’écriture. Y-a-t-il une date de sortie de prévue?

Je ne peux pas trop en parler… Je peux cependant confirmer qu’il est terminé, qu’il s’agira d’un polar doté d’une intrigue bien plus complexe que celle de Peter Pan, et qu’il devrait paraître d’ici avril 2018. Je peux aussi dévoiler que l’action se déroulera dans la ville de Québec, avec pour personnage principal un nouvel enquêteur que j’aimerais beaucoup continuer à utiliser pour mes futurs thrillers. J’espère que c’est suffisant pour l’instant! 😉