Vilains ou héros?

Vilain ou héros

En tant que justicières de la littérature québécoise, nous avons infiltré (en payant nos billets tout de même) le Salon du Livre de Montréal en novembre dernier pour interroger les principaux acteurs du milieu. Sur place, nous avons rencontré au total 50 professionnels, des auteurs, dessinateurs, scénaristes ou éditeurs, pour les amener à trancher. C’est que, depuis la nuit des temps, le bien et le mal mènent une chaude lutte. Qui donc est destiné à l’emporter? Sous nos masques de justicières carottées, nous avons posé LA question ultime : «Préférez-vous davantage le vilain ou le héros?».

52% vilains, 48% hérosC’est une question hautement pas scientifique, mais qui a toutefois suscité quelques débats parmi certains membres de notre panel. Quelques-uns trouvent inacceptable l’idée d’aduler un vilain bien torturé, alors que d’autres le pensent essentiel à une intrigue et aiment le détester. Sans plus attendre, nous vous révélons que le mal a triomphé de ce sondage rapide. En effet, sur tous ces professionnels du livre qui ont eu la gentillesse de répondre à cette question épineuse, 52% ont confirmé que le Vilain était leur préféré. Je suis sous le choc! Pas vous?

Littérature pour adolescents «Young adult» et bande dessinée

Évidemment, toutes les histoires ne possèdent pas un seul grand Vilain à proprement parler. Parfois l’ennemi s’entoure d’acolytes tous plus cruels les uns que les autres. D’autres fois, c’est sous la forme de désastres naturels, de maladie ou de peine d’amour que le mal s’immisce, prenant ainsi la forme d’obstacles que le héros doit surmonter. Le concept plus traditionnel de la rivalité entre Héros et Vilains paraît plus fréquemment dans l’univers des bandes dessinées (Comics, Manga) et dans la littérature habituellement réservées aux adolescents.

La métaphore du bien et du mal y est souvent plus limpide, incarné dans un héros courageux, séduisant et honnête, et d’un vilain sadique, repoussant et envieux. Le vilain désire ce qu’il n’a pas, ce que le héros possède. Les deux côtés vont s’affronter dans une lutte sans merci où le héros, in extremis, l’emportera au dernier moment. C’est un scénario bien connu que je vous suggère fortement de déroger pendant l’écriture au risque de plonger dans le cliché bien senti.

Une dépendance mutuelle

Que ce soit sous la forme de Vilain en chair et en os, ou d’un obstacle à surmonter, le fait est qu’il n’y aurait pas d’histoire sans cette confrontation. Le héros, de son côté, à un objectif à atteindre : détruire un anneau maléfique, devenir tisserande et être enfin respecté, arrêter un meurtrier en série avant qu’il ne tue sa prochaine victime. Mais s’il avait simplement à franchir le pas de sa porte pour réussir, il n’y aurait franchement rien à raconter. Pas de quête sensationnelle, pas de suspense à vous glacer le sang. Il faut donc un obstacle ou un Vilain pour barrer les roues du Héros, lui donner du fil à retordre ou tout simplement une raison de faire ce qu’il fait. On peut donc dire qu’il existe une interdépendance entre le Vilain/Obstacle et le Héros et que l’un ne va pas sans l’autre.

L’hypothèse de la Reine Rouge «The Red Queen Hypothesis»

Ceci m’amène à vous parler de la fameuse «Red Queen Hypothesis». Mais qu’est-ce que ça mange en hiver cette affaire-là? Eh bien, comme vous l’avez sûrement deviné, petit lecteur perspicace, cette théorie est une référence directe à «Alice au pays des merveilles» de Lewis Caroll. S’inspirant d’une réplique du célèbre roman, Leigh Van Valen, un biologiste évolutionniste, voulait ainsi démontrer qu’une espèce doit sans cesse «courir» ou évoluer pour poursuivre son existence. Sans cela, elle est condamnée à disparaître.

Now, here, you see, it takes all the running you can do, to keep in the same place.

Dans le même sens, pour raconter une histoire, il faut au minimum deux éléments essentiels : un Héros qui portera l’intrigue sur ses épaules, sur qui reposera l’intérêt de cette aventure qu’il s’apprête à vivre, cet objectif qu’il veut à tout prix atteindre. Et de l’autre côté, un Vilain ou une épreuve à surmonter. Si le héros décide qu’il en a assez et retourne se coucher, l’histoire s’arrête. S’il tombe dans un précipice et meurt subitement… et bien, c’en est fini pour lui. Pour parvenir à vaincre ce «mal» et captiver le lecteur, il devra affronter ses peurs, devenir plus fort, évoluer quoi. Bref, faire comme la Reine Rouge le dit. 🙂

Antihéros

Il existe aussi dans la littérature un être qu’on appelle l’antihéros. De quoi bousculer ce que j’explique depuis de début de ce billet. Vous le savez sans doute, la littérature est faite pour briser les étiquettes et les barrières. On dit de l’antihéros qu’il est le protagoniste d’une histoire sans pour autant répondre aux critères typiques caractérisant le Héros tel qu’on le connaît. Il peut être tout simplement un être ordinaire tombé dans un univers complètement extraordinaire ou porter en lui des valeurs et des comportements à l’opposé du preux chevalier honnête et courageux. J’ai en tête le personnage Rincevent de Terry Pratchett (Les Annales du Disque-monde), un sorcier trop inculte pour savoir utiliser la magie et qui cherche à se remplir les poches avec le moins d’effort possible. Beaucoup d’autres exemples de la littérature moderne mettent en vedettes des antihéros dignes de ce nom.

À votre tour maintenant

Et vous, si vous deviez choisir, préférez-vous le Héros d’une histoire ou son Vilain? N’hésitez pas à nous donner votre opinion en commentaires! Ou, si vous préférez, cliquer sur l’option qui vous convient le mieux dans le sondage ci-dessous. Une fois votre vote effectué, vous pourrez voir si les autres lecteurs préfèrent le Vilain ou le Héros dans une histoire.