De la poésie à l’horreur: entrevue avec LP Sicard, auteur talentueux et versatile

20507863_1923444401262561_8623788800012729842_oNous avons posé dix questions à Louis-Pier Sicard, écrivain québécois talentueux de 26 ans. Publié en septembre 2017, son dernier livre, Blanche Neige, des éditions ADA, figure déjà en haut de plusieurs palmarès. Malgré son jeune âge, il a déjà écrit trois séries de livres pour adolescents, la plus connue étant la tétralogie fantastique Félix Vortan, grâce à laquelle il a remporté, avec son premier tome, le prix des Univers parallèles en 2016. Son parcours d’écrivain a toutefois pris son envol avec la parution de plusieurs recueils collectifs de poésie auxquels il a contribué de 2010 à 2012. En 2012, il publie son propre recueil intitulé Les Amants de l’abîme aux éditions Première Chance. Ayant effectué des études universitaires en éducation physique, il a terminé une maîtrise en littérature à l’UQÀM, deux domaines peu comparables. Les écrivains étant des êtres de passion et ayant généralement des parcours éclectiques, il est d’autant plus intéressant d’en apprendre plus sur eux. Sur ce, je ne vous ferai pas languir plus longtemps. Voici le résultat de notre échange avec L.P. Sicard :

1. Parlez-nous de votre parcours d’écrivain.

J’ai d’abord écrit des poèmes, sous l’enseignement de mon grand-père, avant de me lancer dans l’écriture romanesque. Ces poèmes m’ont permis de me rendre à Paris, où j’ai redécouvert cette passion qui m’a ensuite mené vers le roman jeunesse. Et comme une chose mène à une autre, j’ai louvoyé entre le jeunesse, l’adolescent, le jeune adulte, pour enfin me diriger vers l’écriture de romans pour un public averti.

 

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2. Qu’est-ce qui influence le plus votre écriture? (ex. : autres auteurs, autres formes d’arts, événements, activités, etc.)

En raison de mes racines poétiques, mes maîtres et modèles sont presque tous morts à l’heure actuelle – lugubre à dire, mais vrai. Baudelaire, Rimbaud, Hugo, Maupassant, Poe, Gauthier, Balzac, Flaubert, et j’en passe. Poésie étant musique, je joue aussi du piano à l’occasion, et ne peux écrire sans elle – à ce titre, mes playlists sont assez sordides quand j’écris des contes interdits!

3. Quel est votre auteur favori, et pourquoi?

Quelle question… Je manque certes d’originalité, mais je dirai – hélas! – Victor Hugo. Un génie, une sagacité, une capacité de raison, une versatilité des figures de style simplement indéniables.

 

4. Dites-nous quels sont vos trucs/astuces pour échapper au syndrome de la page blanche ?

Prendre des marches. Réfléchir à un nouveau livre ne me prend qu’une ou deux heure(s) en marchant; les idées viennent au gré du mouvement. Quant au départ d’un livre, suffit de commencer; c’est toujours maladroit, insatisfaisant au départ, mais ne faut que poursuivre malgré tout.

5. Comment décrirez-vous le processus d’édition, de la soumission de votre dernier manuscrit (Blanche Neige) à sa sortie en librairie? Pas de secrets (si possible)!

Le contrat était signé avant la rédaction, celui-ci faisant partie d’un projet particulier. J’ai effectué la rédaction au courant de l’été 2016, en fonction du synopsis présenté et de la date de remise imposée. Le reste concerne la page couverture, la révision, et bref, tout cela construit l’impatience qui mène enfin à la sortie du livre!

6. De ce que nous connaissons de votre bibliographie, outre vos œuvres de poésie, vous avez publié majoritairement des livres pour adolescents, notamment ceux de la série Félix Vortan. Vous comprendrez alors notre surprise lorsque nous nous sommes abandonnées complètement et naïvement à la lecture de Blanche Neige, ce conte interdit pour adulte terrifiant, mûr et bouleversant. Quelles sont les différences, dans votre processus d’écriture, entre la rédaction pour un lectorat adulte et un jeune public?

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, ce fut plus facile pour moi d’écrire pour adultes, car j’y trouvais la liberté que je n’avais pas en écrivant pour la jeunesse. Aucune barrière au niveau du langage, du style, des thèmes! Le paradis, enfin. On constate aussitôt l’héritage de la poésie à travers mon œuvre; c’est ce que j’ai le plus adoré retrouver dans l’écriture pour adultes. Les figures, les comparaisons, la construction complexe, implicite, le défi de lecture aussi bien que d’écriture.

7. Deux univers s’offrent à vous. Dans l’un, vous ne pouvez publier que de la littérature jeunesse, et dans l’autre, que de la littérature pour adultes. Quel univers choisiriez-vous, et pourquoi?

Aujourd’hui, adultes. 100%. Je sens que je m’améliore concrètement en tant qu’auteur. Sans parler du retour du lectorat, plus intéressant à mon avis. Certains lecteurs viennent en effet discuter avec nous du livre, d’une manière mutuellement enrichissante. Le dialogue n’est plus le même; l’absence de limite permet l’affranchissement, le repoussement des limites de la lecture et de l’écriture.

8. Vous avez des études universitaires en éducation physique et… une maîtrise en littérature! Qu’est-ce qui a provoqué ce changement de direction?

Deux passions diamétralement opposées et difficilement joignables. Le sport m’habite toujours; soccer, badminton, volley-ball, escalade, vélo, canot… Bref, il fait partie de mon équilibre, brise la solitude de l’écrivain. Héritage grec, sans doute : mens sana in corpore sano. J’ai toujours su que j’allais étudier en littérature, tôt ou tard : mon premier livre, d’ailleurs, au même titre que mes poèmes, furent écrits durant mon baccalauréat en éducation physique.

9. Vivez-vous de l’écriture? Si oui, auriez-vous cru cela possible il y a quelques années? Sinon, quelle est votre occupation principale?

Non, difficile d’en vivre. Quand on se dit qu’un auteur a 10% sur le prix de vente, et qu’un best-seller québécois est 3000 livres, on se doute qu’il faut un auteur d’exception pour atteindre ne serait-ce qu’un seuil de viabilité. J’enseignais l’an dernier; cette année, ma tâche de révision éditoriale, conjointement à l’écriture, aux salons et aux conférences consistent en mon occupation principale. Je vis, somme toute, du milieu du livre, ce qui est une réussite personnelle en soi.

10. Parlez-nous de votre prochain projet d’écriture. Y-a-t-il une date de sortie de prévue?

Écrivant en moyenne 5 livres par année, j’en ai plusieurs 😉 :

  • Felix Vortan tome 5
  • Malragon tome 3
  • Dreamcraft (roman jeunesse illustré)
  • Conte interdit #2 – petit secret

    Au nom de l'horreur
    Et surtout, mon roman adulte intitulé «Au nom de l’Horreur», qui deviendra ma toute priorité dans les mois à venir – sortie en avril 2018.

    Ce sera l’occasion précieuse de m’extirper des Contes, de passer de l’œuvre à l’auteur, et d’assurer une certaine pérennité de mon œuvre. C’est le défi, du moins!