Paradis clef en main de Nelly Arcan

NANelly Arcan est une auteure québécoise s’étant enlevée la vie en 2009. Paradis clef en main est le dernier roman qu’elle signe. Le manuscrit a été retrouvé des semaines après sa mort, dans son appartement. Il a donc été publié post-mortem. Sachant que ce livre traite de la problématique qui a justement mis fin à ses jours (le suicide), la lecture s’avère d’autant plus difficile. Ce petit livre d’environ 200 pages m’a hanté pendant quelques semaines, n’étant pas capable de lire plus d’une dizaine de pages à la fois. Ce n’est pas parce que c’est mal écrit, mais plutôt parce que mon coeur d’intervenante aurait voulu, justement, intervenir. La lecture est dure, elle pogne à la gorge. En débutant la lecture, je ne savais pas, honnêtement, qu’il s’agissait de son dernier roman, bien que je connaissais la nature de la mort de l’auteure. En lisant, je me suis dis à plusieurs reprises : « ce n’est que quelqu’un de gravement suicidaire qui peut rédiger ces lignes, penser à ce genre de propos ». La détresse qui s’y dégage est telle qu’elle nous envahit. Il est dit qu’il s’agit de sa seule oeuvre dans le registre de la fiction, l’auteure publiant généralement de l’autofiction. Vraiment? Personnellement, je pense qu’Antoinette, la protagoniste, ici, est Nelly Arcan et que la fin plutôt heureuse est celle qu’elle aurait aimé connaître. Certainement, Nelly n’a pas effectué toutes les actions d’Antoinette dans le livre, mais ce dernier est construit de sorte qu’il met de l’avant les pensées de la protagoniste. Je crois fermement que les pensées d’Antoinette sont celles de l’auteure.

SYNOPSIS

paradis-clef-en-mainAntoinette n’a jamais eu le désir de vivre. À un certain point, elle n’a même plus le désir de mourir. Elle n’a plus de désir, n’en a jamais eu. Comme un engourdissement perpétuel de la vie. Elle contracte alors les services de Paradis, clef en main, une organisation plutôt louche qui aide les gens à mourir sur mesure. Son suicide manqué l’amène à côtoyer à nouveau la vie et, par cumul de petites et de grandes choses, l’apprécier à nouveau. Le roman suit à la fois Antoinette dans le présent, paraplégique, survivante de sa propre mort et Antoinette dans le passé, surmontant les épreuves de la compagnie qui désire s’assurer que son désir de mourir est sincère et irrévocable.

LES HAUTS

Écriture impeccable

L’écriture est impeccable, prenante, sincère. Elle vient chercher nos sentiments, au plus profond de nous. Si on n’a jamais pu comprendre le désespoir total des suicidaires, ce livre nous le permet:

« On est plus fort qu’on le pense. Nos veines sont plus difficiles à ouvrir qu’on le croit. Notre cou, plus dur à casser qu’à première vue. Surmonter l’hérissement intégral du corps sur le quai du métro, devant les rails vibrant qui soubresautent […] Notre corps a prévu qu’on puisse vouloir le supprimer, l’anéantir. Et il  s’est armé contre ça. »

Roman marquant

Ce livre est marquant. Je crois qu’il faut l’avoir lu pour comprendre la vie, la mort. Il ne s’agit pourtant que d’une fiction, mais il y a quelque chose de vrai, de morbide. Je l’ai trouvé difficile à lire, plus que tous les autres livres d’horreur que j’aie pu me mettre sous la dents. Et il ne s’agit même pas, théoriquement, d’un livre d’horreur!

« La vie vaut toujours la peine d’être vécue, ne serait-ce que pour pouvoir jurer contre elle. Ne serait-ce que pour être témoin, tête haute, de son insondable absurdité. »

Personnage plus vrai que nature

Ce roman connaît les hauts de ces bas. Puisqu’il se passe plutôt dans les pensées que dans l’action, la protagoniste est nuancée, palpable, absorbante, plus vraie que nature. D’où un peu mon hypothèse que la protagoniste est… l’auteure.

LES BAS

Rythme de l’action inégal

La fin a un rythme effréné, mais le début est excessivement lent, passif, lourd. L’action est soit très rapide, soit très lente. L’intérêt y est toujours, car chaque parole est lourde de sens, mais le désir de lire se fane peu à peu. Ne lisez pas pour l’action, mais bien le contenu.

Difficile pour l’âme

Ouch! Ça blesse, ça fait mal. Vraiment. Même si ça finit « bien », la réalité rattrape la fiction. Ça ne finit pas bien pour l’auteure qui a délibérément attaché une corde autour de son cou. On n’y croit pas, à cette fin touchante. Et c’est ce qui fait encore plus mal  à l’âme!

APPRÉCIATION GÉNÉRALE

Il s’agit d’un livre à lire, tout simplement. Il faut s’armer, toutefois, avant de commencer. Se donner des pauses. Ne pas se laisser engouffrer par le désespoir palpable du roman.  Il permet de comprendre certaines choses, mais des choses qui font mal, qui blessent. Si vous voulez vous échapper de la vraie vie, rêver, vous libérez l’âme, ce n’est pas le bon roman à lire. À lire, pour mieux comprendre la vie, la mort et tout le reste.