Entrevue avec Christian Boivin, un auteur qui n’a pas froid aux yeux!

cb.jpgChristian Boivin est un auteur québécois connu pour avoir rédigé le roman sans censure « Les 3 p’tits cochons » de la série des « contes interdits » publié aux éditions AdA en 2017. C’est sans compter sa quadrilogie « L’Ordre des moines-guerriers Ahkena » qui fut publié à partir de 2013 chez AdA, puis réédité avec une filiale du même éditeur (Les éditions Pochette), toujours en vente sur leur site web et dans toutes les bonnes librairies. Cette série de fantasy raconte l’histoire d’un garçon de 16 ans, fermier de naissance, qui se découvre des facultés magiques et qui deviendra apprenti-sorcier sous l’Ordre des moines-guerriers Ahkena. Qui dit sorcier ou guerrier, dit également menaces à vaincre! Christian Boivin est « un gars du Lac » qui habite maintenant à Québec et qui vit de sa passion pour l’informatique. Nous avons eu la chance de pouvoir lui soumettre quelques questions :

1. Parlez-nous de votre parcours d’écrivain.

Quand j’étais ado, je jouais pas mal à Donjons & Dragons, mais je tripais surtout sur les « livres dont vous êtes le héros », tellement que j’avais décidé d’en écrire. Et je me souviens que c’était très mauvais! L’aventure a duré quelques années, puis mes champs d’intérêts ont changé. Néanmoins, sans le savoir je venais de semer une petite graine qui allait germer patiemment.

Dans les 20 années suivantes, je suis emporté par le tourbillon de la vie : les études, les boulots, un mariage, une maison, des enfants, des rénovations domiciliaires, des heures supplémentaires, etc. Puis, un soir, je me rends compte que je commence enfin à avoir un peu de temps libre pour moi. J’aurais pu passer mes soirées à regarder des vidéos de chats sur Youtube, mais ma passion pour l’écriture se réveille, et c’est elle qui a été la plus forte.

Je me lance donc dans le projet des moines-guerriers à l’été 2010. Au départ, je ne savais même pas si j’allais me rendre à la fin de mon premier manuscrit, ou si j’allais me décourager! Finalement, après avoir terminé l’écriture du tome 1 des moines-guerriers, j’ai décidé de plonger dans l’aventure et d’essayer de le faire publier, le cœur gonflé d’espoir, sans trop savoir à quoi m’attendre. Près d’un an plus tard, je recevais une réponse positive de la part des Éditions AdA.

 

2. Qu’est-ce qui influence le plus votre écriture? (ex. : autres auteurs, autres formes d’arts, événements, activités, etc.)

Tout! J’ai toujours eu une imagination débordante et fébrile mais depuis que j’écris, on dirait que c’est pire, tout est propice à stimuler mon imaginaire. En revanche, la plupart de ces idées ne sont pas nécessairement exploitables pour créer une bonne histoire…

3. Quel est votre auteur favori, et pourquoi?

Je n’en ai pas vraiment… J’ai plutôt des « rages », ou des « périodes ». Par exemple, j’ai eu une période Dean Koontz (que je préférais à Stephen King), une période Anne Rice, une période Marion Zimmer Bradley, une période Bernard Werber, etc.

4. Dites-nous quels sont vos trucs/astuces pour échapper au syndrome de la page blanche ?

Je ferme mon ordinateur et je m’en éloigne. Je fais carrément autre chose. Plus tard, au moment où je m’y attends le moins, un détail insignifiant attire mon attention, et POUF! Mon imagination s’emballe et les idées reviennent.

5. Comment décririez-vous le processus d’édition, de la soumission de votre dernier manuscrit (Les 3 p’tits cochons) à sa sortie en librairie? Pas de secrets (si possible)!

Pour celui-ci, c’est un peu particulier, puisque le concept des Contes Interdits vient de Simon Rousseau, l’auteur de Peter Pan. Il a donc joué le rôle de directeur littéraire. C’est lui qui a approuvé mon synopsis, puis qui m’a aidé à peaufiner mon manuscrit, avant de le présenter à l’éditeur. C’est également avec lui qu’on a travaillé l’image de la page couverture avec l’excellent graphiste chez AdA. Par contre, on a eu une mauvaise surprise rendu à l’étape de vérification après correction : le réviseur avait changé tous les dialogues! Une expression comme « Va chier, trou d’cul » est devenu « Va au diable, connard » ! Disons que, pour un roman québécois construit volontairement avec des expressions québécoises et des anglicismes, ça n’a plus tout-à-fait le même impact! Ça m’a demandé de nombreuses heures pour remettre les dialogues à leur version initiale. J’ai su, plus tard, qu’il y avait eu un malentendu dans les consignes remises au correcteur par mon éditeur.

6. Certains des romans des « contes interdits » ont des penchants vers le genre fantastique. Vous qui avez écrit 4 livres de fantasy, un genre qui s’en approche, qu’est-ce qui vous a amené à rester dans le réalisme pour « Les 3 p’tits cochons »?

Après avoir passé 6 années intensives dans l’aventure des moines-guerriers, sans compter que j’étais aussi un grand lecteur de Fantasy, j’ai atteint un point de saturation. J’avais besoin de changer de style, autant dans l’écriture qu’avec mes lectures. Je me suis mis à lire des choses que je n’aurais jamais considérées quelques années auparavant.

L’écriture des 3 p’tits cochons a été rafraîchissante et motivante. Et puis, je trouvais que le style fantastique se prêtait moins à cette histoire, d’autant plus que la ligne directrice de la série était « une réécriture contemporaine pour adulte d’un conte classique ».

Je ne veux pas être le genre d’auteur qui reste cantonné à un seul style, j’ai envie d’écrire le genre d’histoire qui me fait vibrer, peu importe le style. Je vais certainement recommencer à écrire du fantastique un jour, peut-être même de la Fantasy, mais pas à court terme. En fait, ça va dépendre des opportunités qui vont se présenter à moi.

7. Quand vous parlez des 3 p’tits cochons, vous faites références à vos protagonistes comme étant « vos salauds ». Comment faites-vous pour rendre des personnages si méchants à la fois crédibles et détestables? Avez-vous des trucs à donner aux auteurs en herbes à cet effet?

Ichhhh…… HAHAHA! C’est une question difficile. Je n’ai pas de formation en littérature (et les mauvaise langues vont dire que ça parait, et je m’en fous), alors pour moi, écrire est un processus purement intuitif.

Pour m’aider avant l’écriture, je prépare des fiches descriptives pour la plupart de mes personnages importants. J’inscris la description physique, mais aussi ses caractéristiques psychologiques, les détails de sa personnalité, ses goûts, ses buts, ses motivations, etc. Au besoin, je lui invente une mini-biographie.

Puis, j’essaye de me glisser dans la peau de chacun des personnages, un peu comme un acteur de théâtre le ferait. Dans ma tête, souvent, mes personnages ont de longues discussions entre eux. Parfois, j’ai l’impression qu’ils prennent vie, et qu’ils développent eux-mêmes leur propre personnalité, et que ce sont eux qui me disent quoi écrire ou dans quel sens va aller l’histoire.

Je dois être un peu fou sur les bords… HAHAHA!

8. Votre premier ouvrage était une série de 4 livres publiés par les éditions Pochette, une filiale des éditions AdA, un géant de la littérature québécoise. Vous nous voyez impressionnées. Comment avez-vous fait? Qu’est-ce qui vous a démarqué selon vous?

Euh… Aucune idée! J’ai simplement envoyé le manuscrit du tome 1 en suivant les instructions sur leur site web. C’est tout. À l’époque, plusieurs de mes histoires préférées avaient été publiées par AdA, autant québécoises qu’étrangères, alors pour moi cet éditeur était un choix naturel, surtout pour de la Fantasy.

Je suis un lecteur difficile, capricieux, et je le suis autant avec mes histoires car j’essaye d’écrire le genre de romans que je voudrais lire si je n’en étais pas l’auteur. J’adore torturer mes personnages et les faire souffrir…

Quant à savoir pourquoi ils ont préféré mon histoire à celle d’un autre, je ne l’ai jamais su… Je crois que la personne qui était sur le comité de lecture à l’époque et qui a accepté mon manuscrit ne travaille plus chez AdA. Alors, ça va rester un mystère pour tout le monde!!!

9. Quand vous avez commencé à écrire « l’Ordre des moines-guerriers Ahkena », saviez-vous qu’il s’agirait de 4 romans? Aviez-vous fait un plan de l’histoire en général, du premier au dernier tome?

Au départ, je n’avais pas de nombre de tomes prédéterminés, mais j’avais plusieurs idées pour me rendre assez loin. J’ai appris, un peu à la dure, qu’au Québec les longues séries ont un potentiel commercial limité, à quelques exceptions près. Quand je me suis lancé dans cette aventure, je ne connaissais absolument rien à propos de ce milieu, c’est seulement en cours de route que j’ai su ce que j’avais à savoir. Sans parler du fait que le marché du livre évolue constamment. J’ai préféré terminer ma série de cette façon, que certains jugeront peut-être un peu abrupte, plutôt que de laisser mes lecteurs sur leur faim. D’ailleurs, c’est pour cette raison que le 4e tome contient plus de pages que les autres; un 5e et dernier tome était prévu, mais nous avons plutôt choisi d’incorporer son histoire dans le tome 4, qui est découpé en 2 parties. Avec le recul, si j’avais su à l’époque ce que je sais maintenant, j’aurais planifié autrement les intrigues de mes tomes et les péripéties vécues par mes personnages.
Mais je ne suis pas amer, au contraire, je suis très satisfait de ma série. Et ce qui me réjouit, c’est que plusieurs lecteurs m’ont écrit pour me dire que ma série fait partie de leurs livres préférés, et qu’ils ont lu ma série au complet à plusieurs reprises, tellement que certains d’entre eux connaissent l’histoire encore mieux que moi!!! Héhéhé…

10. Parlez-nous de votre prochain projet d’écriture. Y-a-t-il une date de sortie de prévue?

Je ne sais pas si j’ai le droit de vous le dire, … mais je travaille actuellement sur un autre Conte Interdit… sortie probable pour l’automne 2018… Chuuut!

Sinon, j’ai plein d’autres projets en cours mais pas assez de temps pour tout faire… Entre autre, j’ai eu une idée de fou pour un spin-off avec Juliette (un personnage des 3 p’tits cochons). On verra si ça va aboutir et si ça va être accepté.