Les voyageurs de la nuit (Tome 1) d’Alain Lafond

Les voyageurs de la nuit Alain lafondOn peut dire que durant le dernier mois, je me suis fait des muscles avec le premier tome de la série «Les voyageurs de la nuit» écrit par Alain Lafond. En effet, cet ouvrage de 617 pages bien remplies peut paraître lourd à transporter, mais c’est surtout mon cerveau qui a fait de l’exercice en le parcourant. Je voudrais tout d’abord remercier l’auteur qui m’a généreusement permis de découvrir sa plume en m’offrant tout simplement le livre en échange d’une critique littéraire constructive et peaufinée. Je me suis donc engagée personnellement à accomplir cette mission avec rigueur.

Tout d’abord, c’est en rencontrant l’auteur au Salon du livre de Montréal que j’ai pu bien me rendre compte de cet univers palpitant créé de toutes pièces. Tout a commencé durant la petite enfance de M. Lafond à la suite d’un rêve. Un rêve qui deviendra le fil conducteur menant à la création des dreamwalkers. Un thriller fantastique québécois digne de ce nom prenait enfin vie!

Et le comble du bonheur, l’auteur vient d’annoncer que la série complète connaîtra une nouvelle vie au sein des Éditions Coup d’Oeil, affilié aux Éditions Goélette. Vous pourrez donc vous procurer encore plus facilement cet ouvrage unique. 🙂

Synopsis

Tout débute lorsque Samuel Swartz, âgé de 5 ou 6 ans, sauve une fillette des griffes d’une sinistre créature ressemblant à un chien difforme sur deux pattes. Avec toute l’innocence d’un gamin, celui-ci ne réalise pas qu’il vient de se faire un ennemi assoiffé de sang. Après tout, il ne s’agit pour Samuel que d’un rêve parmi tant d’autres.

Sa vie adulte suit son cours sans autre phénomène exceptionnel. Samuel mène la vie d’un vétérinaire accompli jusqu’au jour où son quotidien bascule; la créature refait surface. Aveuglé par la haine, son ennemi juré le retrouve enfin et est maintenant prêt à se venger. Ayant oublié depuis longtemps ce rêve d’enfant, Samuel réalisera, bien malgré lui, que le monstre qu’il avait affronté étant enfant était bien loin d’être le fruit de son imagination. Heureusement pour Samuel, l’équipe du Docteur Delatour connaît les agissements de la créature répondant au nom de Viktor Karloff et lui offrira son soutien. Delatour lui apprendra l’existence des dreamwalkers, des êtres doués d’une capacité surnaturelle permettant de voyager dans les rêves des gens et même d’intervenir dans leur subconscient. Samuel se voit obligé d’affronter un ennemi d’un nouveau genre, un ennemi qui ne vous laisse jamais en paix… même lorsque vous dormez.

Les hauts

Tout d’abord, je ne crois pas avoir lu beaucoup de thrillers dans ma vie, c’est donc un exploit en soit d’avoir développé des personnages, un univers et une intrigue assez forts pour m’avoir poussé à lire toutes ces pages. Je lève donc mon chapeau très haut à l’auteur. Franchement bravo! Mon intérêt pour la lecture a été constant, les rebondissements m’ont chaque fois surpris et mon entourage sait à quel point je suis difficile sur le sujet. Bref, une lecture que je recommanderais à n’importe qui.

Pour aller plus en détails, j’ai aimé l’intelligence de l’intrigue et l’imagination de son créateur qui n’ont cessé de me surprendre. Sa plume peut parfois sembler tirer en longueur, on passe beaucoup de temps avec des personnages secondaires, on nous véhicule beaucoup de détails sur des événements alors qu’on pourrait croire avoir besoin de mettre une ellipse ici ou là. Mais ces approfondissements ont chaque fois leur sens. Par exemple, on passe beaucoup de temps avec un personnage qui, le chapitre suivant, mourra subitement. C’est donc cette lenteur qui nous fait ressentir de la peine pour ses personnages auxquels on s’attache rapidement.

Le concept des visites dans les rêves n’est pas nouveau, certes, on l’a bien vu avec des histoires comme celles de « Inception » ou, plus anciennement, dans « Les griffes de la nuit » avec le célèbre Freddy Krueger. Mais ici, les dreamwalkers sont aussi des influenceurs. On sait que les rêves sont souvent le reflet de notre subconscient. Il est donc logique de suggérer qu’il s’agisse d’une porte ouverte à quiconque voudrait nous influencer. Chaque dreamwalker possède des capacités qui lui sont propres, mais les plus douées réussissent à implanter une idée complètement contraire aux croyances de leurs victimes, comme d’engager un étranger dans son entreprise ou bien d’empoisonner ses plus proches amis. Un angle tout à fait nouveau selon moi.

Les bas

Il y a bien quelques points négatifs, aucune lecture n’est à l’abri, mais il s’agit pour moi de détails mineurs. Je tiens juste à le préciser.

Le premier chapitre, donc celui qui convaincra à poursuivre de la lecture, m’a un peu laissé perplexe par son angle qui s’apparente à celui d’un livre jeunesse (pour ado j’entends). En effet, étant donné le narrateur aligné confondu*, le livre débute avec une histoire mettant l’emphase sur une petite fille terrorisée. Cela donne des remarques en ce sens qui m’ont suggéré de prime abord une qualité d’écriture et surtout de profondeur beaucoup plus légère que le reste du roman :

Elle reconnaissait cette place à cause d’un graffiti sur le mur, en forme de serpent avec, écrit en dessous, un vilain mot qu’elle n’avait pas le droit de prononcer.1

Je dois maintenant m’attarder à l’élément qui va peut-être déplaire aux lecteurs plus exigeants, c’est à la fois un défaut et une qualité quant à moi, l’intrigue générale du roman est construite sous la forme d’un best-seller américain typique. La construction de départ est en soit légèrement clichée, bien que la tournure de certains événements laisse place à l’originalité.

Ensuite, un petit bémol que je n’ai pas pu m’empêcher de remarquer malgré tout, j’ai décelé à quelques endroits durant ma lecture de légères fautes de frappe. Je connais tout le travail que demande la révision d’un manuscrit, et c’est encore plus colossal pour une série de cette ampleur. Je n’en tiens donc pas rigueur à cet auteur qui a, il ne faut pas l’oublier, fondé par ses propres moyens les Éditions Onirum et rassemblé sûrement toute une équipe pour achever ce si beau projet.

Conclusion

C’est donc avec réserve que je pose ma réflexion sur cette série considérant que je n’ai jusqu’ici parcouru que le tome 1. Je tiens toutefois à insister sur le fait que j’ai apprécié dans l’ensemble ma lecture et que je la recommanderais à tout amateur d’enquêtes policières et de phénomènes ésotériques sans toutefois tomber dans le piège de l’invraisemblable. L’univers demeure crédible et cohérent en soit, un grand plus pour moi!


1. Lafond, Alain (2012). Les voyageurs de la nuit, tome 1. Éditions Onirium, p. 7

*Le narrateur aligné en sait donc exactement autant, mais pas plus, que le personnage sur lequel il est aligné. (Vonarburg, Élisabeth (2013). Comment écrire des histoires. Les Éditions Alire inc, p.49)