La bête originelle de Simon Rousseau

la-bête-originelleLa bête originelle est un roman policier de Simon Rousseau publié aux éditions AdA en avril 2018. Avec un titre pareil, une couverture aussi sublime et un auteur aussi talentueux, je dois avouer que mes attentes étaient élevées! Et elles ont été comblées!

Je ne sais pas si c’est une thématique chez moi, mais j’ai lu l’année passée la trilogie « La bête » de David Goudreault… et « Le corps des bêtes » d’Audrée Wilhelmy. Et si vous avez lu ces deux critiques, vous pouvez constater que ces trois œuvres sont totalement différentes, tant au niveau du registre littéraire, du genre que des thématiques abordées.

Ici, nous avons affaire à un bon roman policier comme on les aime, tant au niveau de la structure de l’intrigue que des personnages et du mystère qui est entretenu tout au long du roman. Bon, je m’emporte. Avant tout, il vous faut mieux comprendre l’histoire.

 

 

Normalement, je rédige mes propres synopsis, mais je préfère ici vous livrer celui de la quatrième de couverture, plus par un souci de bienfaisance que de paresse. La quatrième de couverture nous met tout de suite en contexte et donne le ton:

QUATRIÈME DE COUVERTURE

Le cadavre d’une femme est découvert dans son appartement, sa tête remplacée par celle d’un grand chien noir. Parallèlement, une patiente souffrant de schizophrénie paranoïde dessine avec obstination des corps mutilés, munis de parties animales. Des hybrides. Le lieutenant-détective Marc Vézina mène l’enquête, l’obligeant à s’égarer dans les méandres d’un esprit dément et méthodique : celui de la bête originelle.

LES HAUTS

Un roman qui se lit d’une traite!

Même si je ne l’ai pas lu en une journée, j’avais excessivement hâte à mes moments privilégiés de lecture avec ce bon bouquin. L’auteur a une façon de terminer les chapitres pour nous donner réellement envie de lire la suite. Je me rends compte qu’il est difficile pour moi de vous donner des exemples sans divulgâcher le roman. Disons que bien souvent, la fin du chapitre résout l’action de ce dernier tout en enclenchant déjà celle du chapitre suivant. Et les phrases sont généralement très punchées en fin de chapitre!

Une excellente phrase-seuil

Oui ! Tout de suite, avec le début d’une lettre de confession, on ouvre le roman avec originalité et, à ce moment précis, l’intrigue s’installe dans le cerveau du lecteur :

Elle m’a rendu fou.

Bon, d’accord, je vous en donne un peu plus… :

Complètement fou. Je n’ai pas eu le choix. Il fallait que je le fasse. Comment aurais-je pu agir autrement? Impossible de continuer à vivre comme un imposteur, je devais me libérer de cette obsession maladive.

Écriture impeccable et bien balancée

J’aime bien Simon Rousseau, car il ne se gêne pas pour utiliser le joual dans ses dialogues lorsque nécessaire, mais l’écriture en tant que telle reste efficace et soignée sans pour autant être recherchée. Une écriture simple, facile à comprendre, mais qui permet de faire ressentir les émotions et de bien situer l’action. Voici une phrase prise au hasard :

Claudia frappa son cadran comme s’il venait de lui lancer la plus ignoble des insultes. Elle peinait à ouvrir les yeux, n’avait eu droit qu’à quelques heures de sommeil.

Simple, efficace, sans fla-fla. On se met bien dans la peau de Claudia à l’aide de l’image du cadran désagréable. On voit physiquement qu’il est dur pour elle de se lever. J’aime bien prendre des phrases au hasard. Ce n’est jamais la meilleure, jamais la pire, et ça donne le ton général du livre. Et ici, à mon goût à moi, c’est très bien !

Des lieux québécois

Les filles de joual adorent quand les romans québécois se déroulent au Québec. Et ici, l’action se déroule en plein cœur de la capitale nationale, lieu affectionné par l’auteur qui y réside également. On fait même un petit tour sur l’Île-d’Orléans. Les lieux ne sont pas excessivement décrits, mais on s’y reconnaît assez bien!

Respect de la problématique de santé mentale

Eh oui ! Mon cœur d’intervenante sociale trouve ça important que les auteur-e-s prennent le temps de faire leurs recherches sur les problématiques de santé mentale qui sont mises de l’avant dans leurs bouquins. J’ai déjà travaillé auprès d’une clientèle souffrant de schizophrénie et j’ai trouvé que la problématique était traitée ici en tout respect des gens qui sont aux prises avec ce diagnostic. Des médicaments prescrits aux symptômes en passant par le rapport à la famille, j’ai trouvé ce roman plutôt génial à cet effet!

Des personnages attachants

On s’attache vite au lieutenant, Marc, qui a vécu des épreuves difficiles et qui vit avec sa fille majeure, Laurence. D’ailleurs, j’aime bien que cette dernière ait une personnalité souvent peu exploitée dans les romans: extrovertie, libre sexuellement, arborant un langage un peu vulgaire sans toutefois en abuser, mais à la fois optimiste et attachante. C’est pareil pour les autres personnages. Ils sont cohérents, mais sortent généralement des clichés.

Des revirements

Oui ! Des revirements! C’est ce qui rend le livre excessivement intéressant selon moi. Alors qu’on croit que c’est terminé, il y en a encore plus. Si j’utilise une métaphore, ça me fait un peu penser aux feux d’artifice à la fin d’un spectacle. Quand tu crois que c’est terminé, une trentaine de secondes s’écoule et puis BOOM! Des péripéties inattendues, des explications originales, mais qui sont toutes logiques pour le lecteur.

LES BAS

Eh ! Plutôt difficile d’en trouver ici. En fait, je crois que certaines personnes pourraient trouver certains éléments de l’histoire « clichés ». Ce n’est pas tout à fait mon avis, mais, en effet, à quelques reprises, je savais ce qui m’attendait dans les pages suivantes. Pour ma part, je dirais plutôt que l’auteur respecte le genre littéraire.

Dans une enquête policière, on s’attend à ce que certains événements arrivent, sinon il ne s’agirait pas d’une enquête policière. Que fait-on quand il y a un crime? On va voir la scène du crime, on enquête sur les témoins, on émet des hypothèses, etc. On retrouve aussi l’aspect bon cop / bad cop, mais il est revisité de façon originale et on n’y met pas l’accent non plus. De plus, quelques revirements m’ont réellement surprise.

APPRÉCIATION GÉNÉRALE

Quel bon roman policier ! Ça donne envie de lire les enquêtes d’Oswald Taylor du même auteur ! J’ai découvert Simon Rousseau avec Peter Pan, dans la première vague des contes interdits et j’ai tout de suite su qu’il fallait que je me procure tous ses autres romans. La bête originelle est un roman policier québécois captivant, qui se lit d’une traite grâce à ses péripéties rebondissantes et son écriture intelligente, mettant en scène des personnages originaux auxquels on s’attache facilement. Et si on reste dans les métaphores, ce bouquin me fait penser à un bon scotch auquel on découvre des saveurs différentes en le faisant rouler en bouche. Goûteux et surprenant. À lire absolument!