La carte relationnelle / Trucs & astuces pour auteur-e-s

relation-personnageLors du Congrès Boréal, un événement littéraire qui regroupe la crème de la littérature de SFFQ, certains auteurs affirmaient entendre leurs personnages dialoguer dans leur tête et même contrôler l’histoire contre leur gré, un concept que Patrick Senécal a qualifié de Schizophrénie de l’auteur. Pour en arriver à ce niveau, les personnages doivent être excessivement bien développés. À cet effet, je vous réfère à l’article de Stéphanie sur la fiche descriptive des personnages. Aussi simples ou complexes qu’elles puissent être, ces fiches individuelles sont essentielles à mon humble avis avant de commencer toutes histoires décentes. Non seulement les personnages sont cruciaux, mais leurs relations doivent être claires et cohérentes. Et c’est pour arriver à cette fin que je vous présente aujourd’hui la carte relationnelle.

D’où ça me vient?

Eh bien, c’est un peu drôle, puisque j’ai puisé ce truc nul part ailleurs que dans un de mes cours d’université en travail social. Qui a dit que le métier d’auteure et celui d’intervenante psychosociale étaient si loin l’un de l’autre? Je trouve personnellement qu’ils s’allient parfaitement, l’un donnant une tonne d’inspirations à l’autre. De plus,  ma profession me permet de bien comprendre les mécanismes sociaux et humains. C’est ainsi, en étudiant l’approche systémique qui nous permet d’intervenir auprès des familles, que j’ai découvert l‘écomap et le génogramme. Ces deux outils sont fort probablement utilisés dans d’autres domaines et probablement connus par certains écrivains pour d’autres raisons, mais de mon côté, c’est à cet endroit que je les ai découverts. Le but, du moins dans mon travail, est de comprendre les liens qui unissent différents membres d’une famille à leurs différentes sphères de vie. Pour la rédaction de mes romans, je combine le génogramme et l’écomap pour arriver à un portrait assez détaillé des relations entre mes personnages. J’ai surnommé ce mélange d’outils, la carte relationnelle.

Concrètement, de quoi s’agit-il?

Il s’agit de se créer une légende, tout simplement, et d’illustrer les différents liens qui unissent les personnes et leurs sphères de vie (travail, loisirs, amour, amitié, école). Voici les différentes règles de cette carte relationnelle, mais vous pouvez créez les vôtres :

  • On encercle les noms des personnes s’identifiant comme des femmes.
  • On encadre les noms des personnes s’identifiant comme des hommes.
  • On peut créer une autre forme pour les personnes ne s’identifiant ni à l’un, ni à l’autre, ou bien à un heureux mélange de tout ça.
  • On encercle l’ensemble des noms des personnes vivants sous un même toit.
  • On trace une ligne continue entre deux personnes pour souligner une bonne entente.
  • On trace une ligne double continue pour deux personnes qui sont fusionnelles.
  • On trace une ligne en zig-zag pour une relation conflictuelle.
  • On trace une ligne brisée en deux si deux personnes n’ont plus de contact (impliquant alors qu’ils en ont déjà eus par le passé)
  • Deux personnes qui ne se connaissent pas et ne se sont jamais rencontrés n’ont aucune ligne qui les relient.
  • Sous le nom des personnes, on écrit leur âge, leur occupation, leur(s) passion(s) et tout renseignements pertinents (faites attention pour que ce ne soit pas trop complexe).
  • Le long des lignes, on peut écrire les raisons de ces relations par des mots clés. Par exemple, si quelqu’un a une relation conflictuelle avec sa mère à cause d’une dispute avec son conjoint, on pourra écrire « conjoint » au-dessus de la ligne.

Je dis « personne » ici, mais ça peut être une sphère de vie tout simplement. Vous pouvez représenter les sphères de vie par la forme que vous désirez. Je suggère personnellement que plutôt que de représenter le « travail » comme étant conflictuel, de cibler précisément les personnes avec qui il y a des problématiques (par exemple Éric, le patron, ou Joël, le collègue). Tout dépend si cela est important à votre histoire. C’est à votre goût!

C’est sûr qu’à travers le roman, la relation entre les personnages peut évoluer, mais je vous invite à faire la carte relationelle au début de votre rédaction et quand il y a un changement, vous pouvez le noter sur la carte relationnelle ou bien en créer une nouvelle, sans jamais effacer celle de base. Parce qu’il faut toujours se rappeler d’où on vient pour savoir où on va. Qui a dit ça déjà… ? Peu importe, cette personne était sage!

Je vous suggère fortement de mettre le ou les protagonistes au centre de cette carte relationnelle. Et bien évidemment, on y met tous les personnages importants, peu importe s’ils composent une famille ou non.  Si vous avez beaucoup de personnages et qu’il est impossible physiquement de réaliser ce dessin, vous pouvez le faire pour vos personnages principaux uniquement ou pour ceux dont il est crucial de bien se rappeler la relation. Vous pouvez aussi épurer les informations.

L’utilité

Gardez cette carte relationelle près de vous en tout temps lors de la rédaction. Ça peut aider à garder une cohérence à travers le livre. Si une personne est en conflit avec une autre et qu’elle lui donne un câlin, soit quelque chose de très très fort s’est produit, soit il s’agit d’une erreur de logique et de cohérence dans l’histoire. Est-ce que ça vous est déjà arrivé de lire un livre et de vous dire :

Eh, j’ai manqué un chapitre? Ils sont devenus copains maintenant? Il y a quelques pages, ils s’arrachaient la tête!

Bien sûr, en écrivant, on se rappelle généralement des relations entre nos personnages, mais un schéma plus visuel peut nous permettre de le voir d’une autre façon et d’utiliser d’autres parties de notre cerveau. C’est un peu la technique « Dans ta face » (oui, oui, c’est bien le nom scientifique pour ça).

Personnellement, je mets ce schéma sur mon tableau effaçable accroché sur mon mur. Vous pouvez aussi le faire sur un grand carton de couleur (vive le Dollarama pour ça!) et le coller quelque part.

Conclusion

Les personnages sont la pierre angulaire de la plupart des intrigues narratives. C’est grâce à eux qu’on apprécie les péripéties et qu’on réussit réellement à embarquer dans l’histoire. Je vous suggère de mettre toutes les chances de votre côté et d’utiliser des techniques différentes. Vous retrouverez une fiche résumé de la carte relationnelle, dans la section «Documents pratiques». Vous y trouverez une liste de légendes et un exemple. Bonne rédaction!