Réflexion sur l’écriture de chroniques littéraires au Québec

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Introduction : réflexion

À force d’écrire des critiques littéraires et d’en lire, mon identité en tant que chroniqueuse littéraire s’est forgé. Dans cet article, je vous partage quelques réflexions qui ont contribué à établir ma personnalité et à influencer mon écriture.

Avant de commencer, je tiens à préciser que sur ce blogue, nous utilisons autant le mot « chronique » que « critique » littéraire.  Je me plais à penser que nous faisons ressortir objectivement les points autant positifs que négatifs des œuvres (critique) et que nous sommes libres également de donner notre opinion personnelle (chronique). On ne se complique donc pas la vie ici et on interchange ces deux mots, bien que certains professionnels de la sémantique pourraient peut-être nous juger à cet égard :-P. J’ai un petit penchant pour le terme « chronique », car je trouve qu’il fait moins expert et plus humble… mais bon, c’est peut-être juste dans ma tête.

J’aborderai donc en premier lieu la genèse des chroniques pour discuter ensuite de la forme et du fond. Ensuite, je parlerai plus précisément de la notation des romans, la tant attendue note sur 10, qui a été utilisée au tout début de ce blogue et que nous avons délaissée pour plusieurs raisons. Je conclurai par la spécificité des chroniques au Québec et passerai un petit mot sur les fameux services de presse. À l’attaque!

La genèse

J’ai d’abord commencé à écrire des chroniques parce que mon surnom est Doris. Vous savez, ce poisson adorable dans «Trouvez Némo» qui a une mémoire de poisson rouge? En écrivant des chroniques, j’assimile encore mieux le livre et j’ai plus tendance à m’en rappeler, même plusieurs années plus tard. Et si malgré tout, j’oublie, je peux toujours aller relire ma chronique pour m’en souvenir. Ainsi, au départ, l’écriture de chroniques avait un but bien personnel.

Le contenu

Tout d’abord, sur ce blogue, nous ne publions que des chroniques de livres québécois (eh oui, on est les filles de joual, ce n’est pas pour rien =P). Les livres américains et européens ont généralement plus de visibilité et nous trouvions plus pertinent de mettre de l’avant les livres du Québec, même si nous reconnaissons qu’il y a des perles littéraires partout dans le monde.

Ensuite, je voulais, pour chaque roman, trouver des points forts, des points faibles et dégager mon appréciation personnelle tout en rendant accessible un synopsis. Il y a peu d’ouvrages parfaits en ce monde et peu d’ouvrages complètement mauvais. Ainsi, je trouve qu’il est important d’être tout en nuances. S’il m’est impossible de trouver les points forts d’un livre (et c’est extrêmement rare), je préfère ne pas publier de chronique. Le but ici n’étant pas de frapper un-e auteur-e avec le bout qui saigne, mais bien de faire découvrir différents livres aux lecteurs. Et puis, si l’on revient à mon point d’origine, ça ne me dérange pas trop d’oublier un ouvrage que je n’ai pas apprécié.

L’appréciation personnelle : la notation

Au départ, pour ceux qui nous connaissent depuis le tout début, je mettais des notes sur 10 pour mon appréciation personnelle. Et ce n’était rien d’autre que ça – une appréciation personnelle. En effet, je n’ai aucun diplôme en littérature et aucune expertise à cet effet. Qui suis-je réellement pour mettre une note objective sur 10? Et dans le domaine des arts en général, qui peut prétendre l’être? J’ai décidé d’arrêter de mettre des notes, car quelques auteurs ont été déçus, voir blessés. Cela m’a amené une réflexion sur la performance. Mettre une note s’inscrit un peu trop dans un système de performance réducteur. Les lecteurs qui lisent les chroniques peuvent s’arrêter au chiffre tout simplement. Ça me fait penser un peu à l’école ou aux évaluations annuelles que font plusieurs entreprises sur leurs employés, et finalement, ça me mettait mal à l’aise. J’ai donc arrêté de mettre des notes et je me suis sentie tout de suite mieux. Il n’en reste pas moins que, parfois, les romans ne nous plaisent pas. Parfois, c’est plutôt objectif et d’autres fois, c’est plus personnel. Il faut quand même être capable de le dire, car certains lecteurs se fient un peu à nos chroniques pour choisir leurs prochaines lectures.

La spécificité des chroniques au Québec

kisspng-quebec-nordiques-colorado-avalanche-national-hocke-5ae311fdceb5f8-9930881715248307178467.pngLes auteurs québécois sont talentueux. C’est d’ailleurs pour les découvrir et les faire découvrir que nous avons créé le blogue (en partie). Mais comme tous les romans de tous les horizons, certains livres québécois ne sont pas à la hauteur de nos attentes. Et dans le contexte québécois, il est selon moi plus délicat d’en parler,  les auteurs étant accessibles, humains et proches de nous. Si je fais une chronique d’un roman de Stephen King, je peux utiliser des thèmes excessivement péjoratifs et, au grand jamais, il ne sera au courant, d’autant plus que sa réputation n’est plus à refaire. C’est différent ici au Québec. On peut généralement contacter les auteurs québécois via Facebook ou via courriel et ils répondent dans des délais raisonnables et sont enchantés qu’on ait pris la peine de leur écrire. Ainsi, il est difficile parfois de faire des chroniques concernant le livre d’un auteur excessivement sympathique et accessible quand on a moins aimé son oeuvre. En discutant de ce malaise avec Anne-Marie-Bouthiller, blogueuse chez Clair/Obscur, elle m’a fait réaliser une chose. Plus on fait de critiques, plus on se rend compte que si les points faibles dégagés dans une critique sont bien expliqués et avec douceur, les auteurs sont ouverts à la critique même si cela peut parfois les rendre insatisfaits. Qui aimerait se faire dire que son texte n’a pas été apprécié? Personne! Qui aimerait savoir ce qu’on a pensé de son livre? Tout le monde! C’est donc assez simple, mais j’ai l’impression qu’il faut user de plus de diplomatie.

Et les services de presse?… Puis les auteurs qui nous donnent leur roman?

Lorsqu’on est blogueur littéraire, il y a l’option de faire affaire avec des services de presse. Grosso modo, les blogueurs peuvent demander de recevoir gratuitement certains exemplaires de livres sur lesquels ils voudraient faire des chroniques. Évidemment, c’est à la discrétion des maisons d’édition et de leurs diffuseurs. Ce n’est pas parce qu’on demande de faire partie d’un service de presse qu’on est nécessairement accepté, loin de là. Il peut nous arriver de recevoir certains romans, que ce soit de la part des auteur-e-s ou bien des services de presse de maisons d’édition directement, mais la grande majorité des livres que lisent les Filles de joual sont des livres achetés avec notre humble porte-feuille.

Mais…mais… si on me donne un livre gratuitement, faudrait que j’en parle en bien, non?

Eh bien, pas nécessairement! Je crois qu’il est beaucoup plus important de conserver l’intégrité du blogue que d’avoir des livres gratuits. Alors deux choix s’imposent aux blogueurs intègres : soit ils publient la critique, même si elle est majoritairement négative, soit ils annoncent aux auteurs et/ou aux maisons d’édition concernées qu’ils ne pourront pas publier la chronique tant attendue. Ce sont deux avenues tout à fait correctes à mon humble avis. Dans tous les cas, il faut rester intègre!

Conclusion

Écrire des chroniques de livres au Québec, c’est plus délicat, mais c’est aussi plus intéressant selon moi. Il m’est arrivé d’avoir de longues discussions avec les auteur-e-s sur leurs œuvres afin de bien les comprendre ou de leur indiquer à quel point j’ai aimé leurs bouquins. Oui, écrire des critiques de livres peut mener parfois à recevoir des livres gratuitement. Il ne faut toutefois pas perdre son intégrité journalistique et être honnête dans nos avis sans perdre de vue l’objectif qu’on s’est fixé. Pour les Filles de joual, c’est de partager le plaisir de lire et d’écrire au Québec. Et je considère comme l’une des preuves que nous accomplissons cette mission votre présence sur ce blogue. Merci de nous lire et de nous suivre!