«Dans les ventres d’acier», mon coup de cœur

Dans les ventres d'acier par Gabriel thériault

J’aimerais aujourd’hui faire honneur à un livre où le service militaire rime avec la camaraderie, où l’on peut parcourir les profondeurs de l’âme humaine, j’ai nommé : «Dans les ventres d’acier» de Gabriel Thériault. Durant cette lecture, je suis passée par toute la gamme des émotions et, surtout, pu saisir la seconde guerre mondiale pour la première fois en tant que jeune fille de joual dans le confort de mon foyer, tout à fait innocente des horreurs de la guerre. C’est donc grâce à la plume d’un historien que j’ai pu découvrir ce que ces hommes d’une autre époque et d’un autre pays ont pu vivre de leur côté. Passons en revue l’intrigue de cet ouvrage sortie tout récemment (2018).

Synopsis

Ernst Shceller, sergent et chef de panzer (char d’assaut allemand), est blessé au combat en plus de subir de lourdes pertes parmi ses hommes. Son sens du devoir l’appelle toutefois à retourner le plus rapidement possible au front pour enfin libérer la Russie du bolchevisme. Luttant avec témérité auprès de ses frères d’armes, il gagnera une deuxième famille, celle qui voyage à l’ombre des géants d’acier. La nouvelle unité de panzer lourd, les Tigres, marquera un tournant dans la guerre. Loin de ses proches, perdus dans le paysage sibérien, Ernst et ses hommes devront regarder la mort en face pour découvrir qui en sortira vainqueur.

Les hauts

Il y a bien une multitude de points positifs dans ce livre, mais si j’avais à n’en nommer qu’un en priorité; ce serait sans doute la qualité incontestable de son écriture (autant pour l’intrigue que son vocabulaire). Des mots bien ficelés, des explications bien dosées, il n’est pas question d’un cours d’histoire, mais bien d’une oeuvre de fiction en soit. Bien que fondamentalement historique, l’intrigue se veut juste assez romancée pour capter n’importe quel lecteur. Jouant entre les correspondances écrites, le journal de bord et le roman narratif, on a tout pour se sentir imprégnée par l’intrigue et le quotidien d’un tankiste.

Un autre aspect que j’aimerais souligner est cette vision originale qu’on nous montre de la Deuxième Guerre mondiale. En tant que Québécoise d’origine, on m’a enseigné l’Histoire avec un angle beaucoup plus franco-canadien évidemment. Comme le livre le rappelle si bien : «Seuls les vainqueurs écrivent l’Histoire. J’ajouterais que leur encre est le sang des vaincus»2. Avec ce livre, j’ai pu découvrir le quotidien de quelques militaires allemands dans cette guerre. Comment eux voyaient le monde et défendaient des valeurs qui leur sont propres? Il n’est pas question d’hommes froids et sanguinaires comme on pourrait parfois le croire, mais plutôt comme de réels êtres humains luttant pour leur survie. Bien sûr, la guerre ne sera jamais un sujet joyeux et enviable, et ce pour aucun des camps, mais il ne faut pas non plus le jeter aux oubliettes.

Aussi, le personnage qu’incarne le char d’assaut m’a bien touché. Bien sûr, il ne parle pas ni ne pense par lui-même, reste qu’il fait partit intégrante de l’histoire et qu’il tient donc un rôle de premier plan. L’idée des ventres d’acier vient du fait que l’équipage est transporté à l’intérieur de son corps. Beaucoup de personnifications rendant le char d’assaut bien vivant apportent à l’histoire un je-ne-sais-quoi de très original. D’ailleurs, voici un passage au moment où l’équipage quitte de force ce fidèle compagnon :

Pendant que le lieutenant s’active, Ernst regarde le char, soudainement ému. À ses côtés, ses compagnons, privés de paroles comme lui, ressentent confusément la même émotion, vaguement coupables de leur attendrissement à l’égard d’une machine pour laquelle il éprouve pourtant la même affection que le chevalier pour sa monture. À force de les protéger et de les abriter comme un mouvant foyer, la bête était devenue leur camarade.2

Les bas

Très franchement, je n’ai pas vraiment de reproches à faire sur ce roman. Je peux dire que j’ai été surprise par la tournure des événements à la fin du livre bien qu’un indice nous soit donné en quatrième de couverture. Ma plus grande surprise a été de constater que «Dans les ventres d’acier» est possiblement le premier livre d’une série. Étant donné la densité du roman (593 pages) et aucune mention du style «Tome 1» sur la couverture, j’ai été assez surprise de découvrir un revirement de situation très intense au cours des dernières pages conclues par une mention brutale «À suivre…». N’empêche qu’avec une histoire d’une telle qualité d’écriture, je ne dirais pas non à une suite. 🙂

Conclusion

Bref, j’ai complètement adoré ce livre. Son volume et sa lourdeur émotionnelle ont valu le détour et je remercie grandement aux Éditions ADA de m’avoir permis de le découvrir en service presse. Je n’avais jamais parcouru un roman historique militaire auparavant et je n’ai pas été déçue. Des larmes de joie en passant à une angoisse profonde, je suis allée au bout de mon rôle de lectrice. J’ai pu accompagner ses braves hommes dans les plus grands périls et les voir aller au bout d’eux-mêmes. Une lecture que je vous suggère fortement!


1 THÉRIAULT, Gabriel (2018). Les ventres d'acier, Éditions AdA inc., p.592
2 Idem, p.472