Réussir ses dialogues

Trucs et astuces d'écrivain - réussir ses dialogues

L’être humain moyen aime très certainement parler. Que ce soit pour échanger des informations pertinentes ou simplement pour se sentir moins seul, tout le monde y met du sien. Souvent étant un reflet de la réalité, les œuvres de fictions sont habituellement remplies de dialogues. Des conversations par-ci, des conversations par-là. Mais sait-on vraiment comment faire pour écrire un dialogue efficace, intrigant et dynamique? Qu’à cela ne tienne, je me suis penchée sur le sujet et vous ai préparé un petit topo du « blablabla » basé sur mon expérience personnelle d’écriture et sur ce que l’on m’a enseigné sur le sujet durant mes études. Alors, allons-y!

Quand faut-il utiliser un dialogue?

Premièrement, je crois ne pas me tromper en avançant que tout auteur de fiction s’est demandé au moins une fois s’il devait utiliser un dialogue plutôt qu’une narration plus descriptive dans son histoire. Dans quelle situation l’un est préférable à l’autre? Et quel impact génère l’un par rapport à l’autre? À tout ceci je réponds : ce sont de maudites bonnes questions. Vous vous en doutez sûrement, la réponse est que chaque cas est différent. Voyons ici les possibilités et les avantages qu’apporte le dialogue dans un texte. Un dialogue permet :

  1. De donner la parole. Il s’agit d’un contact direct avec le lecteur. Celui-ci écoute comme s’il était présent sur les lieux et entendait la conversation en cours. (Aucune réinterprétation du narrateur.)
  2. D’augmenter le dynamisme. Le dialogue est immédiat. Vous trouvez que le rythme est trop lent? Essayez de remplacer la narration explicative par un dialogue démonstratif.
  3. D’ajouter un effet de réel. Grâce aux choix des mots et des expressions de chaque personnage, on peut sentir leurs origines, leur niveau éducation, leurs émotions.
  4. D’instaurer un rapport clair entre les personnages. Il est souvent plus punché de voir un personnage insulter un autre plutôt que de lire une narration disant : «Il ne l’aimait pas beaucoup.»

Bref, avec un dialogue, on est souvent plus dans l’action, dans le moment présent, dans le vrai. Mais surtout, ce qu’il faut vraiment retenir, c’est que le dialogue permet de citer avec exactitude chaque personnage. Par exemple, il est très rare de trouver dans un récit un narrateur mythomane. Mais, pour ce qui est des échanges entre les personnages, chacun a beau jeu de dire ce qui l’arrange et de mentir à qui mieux mieux… comme dans la vraie vie un peu. 😀

J’ai parlé de citer avec exactitude un peu plus tôt. Ce concept relève un point un peu plus sensible dans le monde de la littérature qui est ce penchant pour les belles phrases complètes et bien construites dans un vocabulaire recherché. Ceci surprendra certainement quelques-uns, mais sachez que mes chargés de cours à l’université m’ont incité à oser pour un lectorat adulte; oser citer sans trop censurer les expressions et les sacres. Il n’y a plus raison de se contraindre dans le monde d’aujourd’hui. Tout est possible si logique est présente. Ce devrait plutôt être le choix de l’éditeur que de soutenir le langage et d’embellir certains mots, pas celui de l’auteur. Vous l’aurez deviné, en tant que fille de joual cela me fait vraiment chaud au cœur que de pouvoir laisser s’exprimer une si belle langue qu’est la nôtre par les dialogues. Un peu de «tabarnouche» et de «Tu-veux-tu» n’ont jamais fait de mal à personne. Il faut juste savoir doser. En ce sens, il est recommandé de se restreindre aux dialogues pour laisser parler sa plume fléchée.

Les pièges dans le dialogue

Maintenant que je vous ai convaincu de l’utilité des dialogues écrits, je dois vous mettre en garde sur quelques pièges potentiels. Je parle depuis le début de citer avec exactitude, mais, s’il vous plaît, ne le faites pas à outrance.

1. Évitez les évidences, monotonies et banalités que nous voyons dans la vie quotidienne. Entrez dans le vif du sujet tout de suite. Personne ne souhaite lire : salut, au revoir, comment ça va, etc.
2. Passez des informations en rafales. Lorsqu’un capitaine parle à son mécanicien, il ne dira jamais «Joe, dépêchez-vous de remplacer le moteur en feux sachant que le vaisseau ne peut naviguer avec moins de 3 moteurs en fonction». Ce n’ait ni crédible (état d’urgence + le mécanicien connaît déjà toutes ses informations) ni intéressant à lire.
3. Les incises trop nombreuses. Il n’y a rien de pire dans un dialogue que de se faire interrompre dans sa lecture par un commentaire plus ou moins utile, même si très court.

Pas d’incise! dit-elle.

Avec la littérature populaire se sont multipliées les incises. Je parle ici des petites propositions indépendantes qu’on ajoute à la fin ou, encore pire, en milieu de phrase d’un dialogue du genre «rétorqua-t-il», «déplora-t-elle», «hurla monsieur Leroux». En faisant l’exercice d’en supprimer quelques-unes, vous pourrez constater qu’elles sont loin d’être obligatoires et peuvent facilement être évitées. Le texte devient ainsi plus léger et permet de rester dans le vif de l’action. Une incise trop longue tue l’impact, peu importe la phrase qui s’en suit.

Mauvais exemple :

La bouche d’Henriette révélait un secret bien honteux. Une marque de cacao sur le menton, des morceaux de noix entre les dents.
— Je n’arrive pas à y croire, dit Lucien, tu as mangé toute la boîte. Et moi alors? s’impose-t-il en frappant sur la table. J’en voulais aussi.
— Je suis désolée, répond Henriette en s’asseyant d’un air tout dépité. On m’a forcé!

Dans cet exemple concret, ne trouvez-vous pas que la dernière révélation d’Henriette est atténuée par le long préambule amenant un moindre geste en plus d’une précision sur qui parle?

Meilleur exemple :

La bouche d’Henriette révélait un secret bien honteux. Une marque de cacao sur le menton, des morceaux de noix entre les dents. Son mari, Lucien, ne pouvait pas contenir sa colère bien longtemps.
— Je n’arrive pas à y croire. Tu as mangé toute la boîte! Et moi alors?
— Désolée, Lulu. On m’a forcé!

La plupart du temps, on sait qui parle. Pas besoin de le rappeler sans arrêt. Le code du tiret (—) permet de montrer facilement que l’interlocuteur change au fil de la conversation. Aussi, il est préférable que l’émotion transparaisse dans les paroles, et non qu’elle soit expliquée aux lecteurs par les incises.

Pour clarifier qui parle, faites référence aux traits physiques ou aux relations entre les personnages. Rien n’empêche de temps à autre une interpellation avec le nom d’un personnage pour rendre une discussion vraiment limpide si plus de deux personnages sont présents. Chaque personnage est différent par son patois, ses expressions, ses tics du langage, ses champs d’intérêt, etc. Lorsque l’un bégaie, un autre tousse sans arrêt. Il est facile d’y trouver son compte. 😉

Conclusion

Voilà donc ce qui conclut mon petit survole sur le monde du «blablabla» en littérature. J’espère vous avoir éclairé sur le sujet et surtout, n’oubliez pas que le lecteur cherche l’immersion et pas la confusion. Un dialogue efficace, emprunt de réalisme, proche du langage parlé sans être une copie exacte : voici la clef pour un extrait réussi! Je vous dis donc à la prochaine et vous souhaite de belles conversations avec vos personnages.