Le joueur de flûte Hamelin, écrit par Sylvain Johnson

Le joueur de flûte de Hamelin, écrit par Sylvain Johnson, est un des romans d’horreur figurant parmi les 7 titres des célèbres contes interdits publiés par les Éditions AdA à ce jour. Ces romans, je vous le rappelle, adaptent très librement les contes pour enfants. Des adaptations horrifiques qui donnent froid dans le dos et ne vous feront plus jamais pensé aux contes de la même manière!

J’ai plusieurs réserves à l’égard de ce roman. D’ailleurs, j’ai été assez surprise lors de la lecture, car Sylvain Johnson est un des auteurs québécois que j’aime beaucoup. J’ai d’ailleurs beaucoup apprécié Un Dieu parmi les hommes, cette adaptation folle de Superman. Peut-être est-ce une appréciation bien personnelle. Malgré tout, j’ai trouvé plusieurs bons points à ce nouveau conte interdit complètement déjanté. Mais avant tout, le synopsis :

SYNOPSIS

Denis a enfin purgé sa sentence de vingt ans au pénitencier. On l’accuserait d’avoir tué plusieurs jeunes filles — crime qu’il se défend d’avoir commis. Il désire alors recommencer sa vie et il se réfugie aux États-Unis, dans un petit village du Maine. Plusieurs cas de disparitions non résolues amènent les forces de l’ordre, désespérées, à recruter Denis pour qu’il les aide à élucider cette affaire qui a toutes les allures de meurtres en série. Qui de mieux placer qu’un tueur en série pour en retrouver un autre? Plus l’ex-détenu s’approche de la vérité, plus il est témoin d’atrocités et plus profondément il plonge dans ses propres souvenirs.

PREMIÈRE ET QUATRIÈME DE COUVERTURE

LEJOUEURDEFLUTEDEHAMELIN

TABLEAU RÉSUMÉ

  Le joueur de flûte de Hamelin
Auteur Sylvain Johnson
Genre Thriller-Horreur
Prémisse Un ancien détenu cherche à se bâtir une nouvelle vie aux États-Unis, mais est appelé à participer à une enquête sur des disparations en série.
 Avertissements Sexualité explicite, violence sexuelle, agression sur des mineures, âgisme
Émotions ressenties Essoufflement (action!) / incrédulité (le fameux : « ben voyons dont! »)
Force Un roman où tout explose et qui est très près du conte original
Une phrase pour décrire le roman Un récit difficile à croire, mais qui ne manquera pas de vous divertir.
Faiblesse Plusieurs clichés soulignés par l’auteur lui-même et un ton difficilement défini (humour  ou horreur?)
Niveau d’horreur 3/5
Niveau de gore 3/5
Niveau de conte 5/5
Mention honorifique Le rythme le plus effréné

 

LES HAUTS

J’ai beaucoup aimé que l’histoire soit excessivement près du conte originel et qu’elle me permette, d’ailleurs, de le découvrir. En effet, avant que les éditions AdA n’annoncent le titre du «Joueur de flûte de Hamelin», je n’en avais jamais entendu parler. Pour ceux qui, comme moi, ne connaissent pas le conte originel, voici le résumé de ce conte:

Alors que la ville de Hamelin était envahie par les rats et que les habitants mouraient de faim, un joueur de flûte vint et se présenta comme un dératiseur. Le maire de Hamelin promit au joueur de flûte une prime de mille écus pour les débarrasser des rats qui infestaient la ville. L’homme prit sa flûte et, par sa musique, attira les rats qui le suivirent jusqu’à la Weser, la rivière qui arrose la ville, où ils se noyèrent. Bien que la ville fût ainsi libérée des rongeurs, les habitants revinrent sur leur promesse et refusèrent de payer le joueur de flûte en le chassant à coup de pierres.

Il quitta le pays, mais revint quelques semaines plus tard. Lors d’une nuit paisible, il joua de nouveau de sa flûte, attirant cette fois les enfants de Hamelin. Cent trente garçons et filles le suivirent hors de la ville jusqu’à une grotte qui se referma derrière eux. Selon certaines versions, le joueur de flûte aurait aussi emmené les enfants de Hamelin à la rivière ou au sommet d’une montagne. Les parents, eux, ne les revirent plus jamais.
(Source : Wikipedia )

Je crois qu’il s’agit du conte interdit le plus près de la version originale, tous les éléments s’y retrouvant, tout en étant adaptés à une version plus adulte et mûre du conte et en y ajoutant des éléments et des revirements. C’est selon moi la définition même de ce que devrait être une adaptation. Sur ce point, je dis : « Bravo! »

J’ai également bien aimé les revirements, surtout vers la fin du livre. Ils étaient nombreux et surprenants. L’action était soutenue tout au long du livre. Aucun temps mort à mon avis. Voici deux extraits pigés au hasard à l’instant:

Denis inspira profondément pour se donner du courage, puis bondit avec toute l’énergie du désespoir dans la direction de l’homme, faisant en sorte de foncer du côté opposé à celui où l’arme était pointée. La douleur dans son côté le fit gémir dès le premier mouvement, ce qui alerta son adversaire, mais il l’avait pris de surprise et le plaqua comme un footballeur professionnel.

Tout autour de lui, la surface bouillonnait; d’un noir complet, des bancs d’écumes agités se formaient. Des choses se mirent à le percuter au dos, aux jambes, sans le blesser. Était-ce des poissons? Il en doutait.

Vous l’aurez remarqué, le rythme des deux passages suivants est différent. Je préfère de loin le deuxième, plus saccadé, plus succinct, avec moins de détails. Toutefois, on est tout aussi à même de voir les images d’action défiler devant nous avec le premier extrait. On est bien diverti jusqu’à la fin!

LES BAS

J’ai trouvé quelques éléments problématiques dans ma lecture. D’abord, ce qui m’a le plus choquée, c’est le portrait qu’on dresse des personnes âgées dans l’histoire. On les utilise pour créer des scènes d’horreur pornographiques, insinuant ainsi que le fait que les personnes âgées aient des besoins et des désirs sexuels soit horrifiant. Plusieurs qualificatifs à leur égard sont également très péjoratifs.  Je vois bien ici qu’on a tenté d’être original dans l’horreur, la reliant à des personnes âgées, mais il m’a semblé que tout cela manquait de délicatesse.

De plus, j’ai été surprise de voir qu’à plusieurs moments dans le récit, on précise que certains passages ou concepts étaient des clichés ou s’approchaient de film de série B. L’auteur semble alors conscient qu’en effet, plusieurs passages ne sont pas crédibles. Ainsi, pourquoi les avoir écrits de cette façon? Est-ce pour susciter ce sentiment d’incrédulité? Ce fameux « Ben voyons dont! » ? À cet effet, la prémisse en tant que telle (un tueur qui est engagé par les forces de l’ordre pour trouver un autre tueur) ne fait pas tant de sens, sans autres explications. Il s’agit, de surcroît, d’un concept qui a été surexploité. Plusieurs scènes étaient donc clichées et plusieurs concepts ou réactions des personnages manquaient de logiques. Je ne peux vous en dire plus sans vous divulgâcher complètement la lecture!

De plus, un aspect que j’avais également trouvé problématique dans Un Dieu parmi les hommes se retrouve à nouveau ici. L’auteur mélange des éléments loufoques aux éléments horrifiques, ce qui nous laisse un sentiment mitigé. Devrait-on rire? Avoir peur? De ces passages, j’en suis souvent sortie plus confuse qu’autre chose. C’est tout un art que de réussir à immiscer de l’humour dans une oeuvre sérieuse, surtout une oeuvre d’horreur! Il me semble, bien personnellement, que cela n’a pas été réussi ici. Pour être parfaitement honnête, c’est peut-être simplement ce style que je ne comprends pas.

APPRÉCIATION GÉNÉRALE

Selon moi, il s’agit d’une histoire très près du conte, avec beaucoup d’action, mais dont plusieurs éléments me semblent problématiques. De plus, j’ai un grand respect pour l’auteur qui écrit d’excellents romans. Est-ce parce que je n’ai pas compris l’humour tout simplement? Est-ce parce que le style ne m’interpellait pas? Peut-être. Il me semble toutefois, bien personnellement, que certains éléments nommés ci-haut auraient pu être retravaillés. Il ne s’agit que de mon humble avis personnel de lectrice. Et vous, l’avez-vous lu, l’avez-vous aimé? Suis-je trop dur avec cette critique? Merci de vous manifester en commentaire!