Entrevue avec Sylvain Johnson

Entrevue avec Sylvain Jonhson, auteur

Racontez-nous votre parcours d’écrivain? (études, concours, réseautage)

J’ai toujours su que je voulais être écrivain. Je ne comprenais toutefois pas à quel point c’est un métier difficile, exigeant et qui nécessite davantage que des idées et l’arrogance d’un gamin. Après le secondaire, j’ai étudié au Collège de Shawinigan en Arts et Lettres. Je n’ai vraiment flirté avec le monde de l’édition que plusieurs années plus tard. Je venais juste de m’installer au Maine pour le travail et on m’a demandé de faire partie d’une anthologie de nouvelles franco-américaine. Ce fut ma première publication, deux nouvelles littéraires écrites pour l’occasion. Ce fut aussi à cette époque que la revue Freaks. Corps (en France) publiait une de mes nouvelles. De là, j’ai continué à soumettre de courts textes et à travailler sur mes romans. Un ami, Norman Beaupré, écrivain de talent, fut essentiel à mon cheminement. Sa franchise et sa générosité m’ont permis d’évoluer et de m’améliorer en tant qu’écrivain.

En 2010, je publiais mon premier roman, « Le tueur des rails » chez un petit éditeur québécois qui fermera ses portes peu après. Ce ne fut que deux ans plus tard que les éditions Porte-Bonheur de Montréal publiaient deux de mes romans, dont le Tueur des rails et l’Esprit des glaces. Entre-temps, quelques-unes de mes nouvelles voyaient le jour des deux côtés de l’océan. En 2012 je participais à mon premier Salon du livre, celui de Montréal. Quelle belle aventure!

Ayant écrit les suites de mes deux premiers livres publiés, j’appris que mon éditeur de l’époque changeait de direction littéraire et refusait de les sortir. Je me suis donc tourné vers le numérique. L’Ivre-Book, un petit éditeur français acceptait de publier mes romans exclusivement en version numérique.

Puis, en 2018, vinrent les Éditions ADA, grâce à Simon Rousseau qui me recrutait pour un projet incroyable. Cinq ans plus tôt, Simon me contactait en me parlant d’un projet qu’il voulait mettre sur pied, où des auteurs reprenaient des contes de leur enfance pour en faire des romans d’horreurs contemporains. L’idée était géniale, mais ce ne fut que cinq ans plus tard qu’elle devenait une réalité. Les Contes interdits. Deux romans sortirent ainsi en 2018 « le joueur de flûte de Hamelin » de la série des Contes interdits et « Le Monstre de Kiev ». Cela me conduisit à une participation au Salon du livre de Québec et en novembre, je serais à celui de Montréal, avec une surprise! J’ai aussi un blogue peu actif et quelques nouvelles littéraires sur le point d’être publiées.

Donnez-nous votre (vos) truc(s) pour échapper au syndrome de la page blanche?

Je ne sais pas si j’ai déjà souffert du syndrome de la page blanche, mais il m’arrive d’avoir des périodes de non-écriture. Comme au moment où j’écris ces lignes. J’ai une idée de roman, mais pas assez de matériel pour en faire une réalité. Alors, je n’écris pas, je pense, je cherche, je me questionne… Jusqu’à ce que je trouve les éléments qui me manquent pour mon plan. Une bonne randonnée en forêt aide beaucoup à trouver des idées. J’en profite durant ces moments pour lire et pour me changer les idées. C’est lorsque je m’y attends le moins que le tout va débloquer. Dans mon cas, peut-être plus terrible que la page blanche, est l’impossibilité d’écrire en raison de la vie en général. Une femme qui travaille de nuit, un gamin qui se lève tôt, le travail et toutes les obligations quotidiennes. Très frustrant lorsqu’on ne peut écrire.

Qu’est-ce qui influence le plus votre écriture?

De toutes les questions posées, celle-ci est la plus difficile à répondre. Je crois que mes lectures et la maturité qui vient avec l’âge influencent mon écriture. Tout comme mon travail avec l’éditeur. On évolue, on change, on tente de s’améliorer. La vie en générale peut avoir un très grand impact sur mon écriture.

Avez-vous un auteur favori et pourquoi?

Voici une question difficile. J’ai grandi en lisant du Stephen King et Dean Koontz. Nul doute que ces deux-là m’ont influencé et demeurent parmi mes écrivains favoris. On pourrait aussi nommer Albert Camus. Toutefois, il me faut être honnête et avouer qu’il y a une panoplie d’écrivains que j’admire et ils sont tous québécois.

Depuis quelques années, les maisons d’éditions québécoises semblent plus enclines à publier de la littérature de chez nous dans des genres qu’on réservait aux Américains. Il est aujourd’hui, en 2018, très facile de plonger dans l’horreur, le fantastique, le polar d’auteurs de la belle province. Les lecteurs en redemandent et le monde de l’édition écoute. Il suffit de voir la popularité de magazines comme «Clair/Obscurs» et de série comme les Contes interdits. Le lecteur en moi bave de plaisir en consultant les librairies, puisque nous avons aujourd’hui le choix.

Des noms en particulier? Simon Rousseau, L.P Sicard, Sonia Alain, Christian Boivin, Maude Royer et monsieur Yvan Godbout. Pour ne nommer que ceux-là!

Parlez-nous de votre prochain projet d’écriture? Y a-t-il une date de sortie prévue?

Vilaine question! Sans trop en révéler, disons que j’ai un roman qui devrait sortir aux alentours du mois d’octobre. Un autre quelque part en février. En moins d’un an et demi, quatre de mes œuvres auront été publiées, pas si mal, non? Ces romans sont déjà écrits et soumis à mon éditeur.

En ce qui a trait à l’écriture, j’en suis au stade de préparation d’un plan pour mon nouveau livre. Je ramasse des informations, change d’idée tous les deux jours, ajoute ou enlève des personnages, prends une quantité incroyable de notes illisibles et me casse la tête. J’attends la venue de l’élément déclencheur.

Comment décrirez-vous un processus d’édition, de la soumission de votre dernier manuscrit à sa sortie en librairie?

Pour avoir publié avec quelques éditeurs différents, je dois avouer que mon expérience avec ADA est des plus rafraîchissante et merveilleuse. Mon directeur littéraire, Simon Rousseau, s’avère être un jeune homme très sérieux, talentueux et consciencieux. En plus d’être un très bon écrivain. Oui, il m’a donné quelques maux de tête, mais son unique but était de permettre au manuscrit de devenir meilleur. Et il réussit bien.

Voici un exemple du processus. Je soumets un manuscrit. Le directeur littéraire en fait une première lecture et me donne ses impressions. Il aime ou pas. Et surtout, pourquoi. S’il décide qu’il veut le publier, il en fait une lecture approfondie en ajoutant des commentaires, des notes, des suggestions. Lorsque le manuscrit me revient, c’est à mon tour. Il appartient à l’auteur d’accepter ou non les suggestions ou commentaires du directeur littéraire, mais je dois avouer qu’il fait preuve d’une très grande justesse dans ses propos. Donc, s’amorce la période de correction et parfois de réécriture, ajouter ou enlever des parties de l’histoire. Faire en sorte qu’il n’y ait rien aucune incohérence. On va ensuite passer quelque temps à s’envoyer la balle, je change des choses, il change des choses, on approuve ou non. Pour mon dernier roman, nous avons passé du temps au téléphone, discutant de la fin de l’histoire et le moyen de la rendre plus crédible. Dès que le tout est finalisé, que j’aie retravaillé le manuscrit, je le lui retourne. On parle ici d’un travail de quelques semaines. La prochaine étape est la correction par des professionnels et ma préférée, la mise en page de la couverture. C’est un procédé relativement rapide. Lorsque j’approuve les changements finaux du manuscrit, la couverture, qu’on ajoute les remerciements et tout le reste, suffit d’attendre la publication.

Pour votre conte interdit « Le joueur de flûte de Hamelin », qu’est-ce qui vous a motivé à écrire une histoire qui se déroulait aux États-Unis?

Ce ne sera pas une surprise pour certains, mais j’ai la bougeotte. Dans mon conte interdit, j’ai décidé que l’action se déroulerait aux États-Unis. J’ai vécu plusieurs années au Maine, dans une petite communauté comme celle décrite dans l’histoire. Ce fut une époque trouble et à la fois merveilleuse. Vous savez, en tant qu’admirateur de Stephen King, j’ai toujours aimé le Maine et y vivre m’a offert un savoir important au sujet de cet écrivain. Oui, il a de l’imagination, mais les personnages qu’il décrit, souvent plus vrais que nature, existent bien. Je n’ai jamais rencontré autant d’énergumènes qu’au Maine. Sans vouloir insulter qui que ce soit.

J’ai vécu dans une auberge sur le bord de l’océan, tenue par deux dames âgées et mystérieuses. Je trouvais intéressant de pouvoir intégrer cette partie de mon passé au récit moderne. En tant qu’écrivain, chaque situation me permet de laisser libre cours à mon imagination.

Dans votre roman «Un Dieu parmi les hommes», vous démontrez une bonne compréhension de la violence conjugale et de son cycle sournois. Quelles recherches avez-vous effectuées à cet effet? Et plus généralement, quelles démarches faites-vous pour vous renseigner sur une problématique précise avant d’écrire sur le sujet?

Premier scoop! Le roman « Un dieu parmi les hommes » sera éventuellement disponible au Québec en version papier et numérique. Il est trop tôt pour parler d’une date.

Pour être honnête, je n’ai fait aucune recherche à ce sujet. En tant qu’homme, je suis un témoin privilégié du sort des femmes. Même en 2018, il existe encore des gens avec une mentalité d’une autre époque, sans respect pour les femmes. Durant ma vie, heureusement pas dans ma famille, j’ai vu et assisté impuissant à des scènes incroyables d’abus et de violence conjugale. Même les jeunes s’y adonnent. L’étude de notre société soi-disant civilisée et moralement avancée permet de gratter la surface et de réaliser qu’il n’en est rien. Nous sommes très près de cette époque lointaine où nous courrions nus dans les plaines afin de chasser le bison, tirant nos femmes par les cheveux (cliché) et agissant comme des bêtes. La violence conjugale est une chose, avec le viol, qui me touche et me blesse particulièrement. La vulnérabilité des victimes, l’humiliation et la profanation physique impliquées m’horripilent. Écrire sur ce sujet n’est pas une tentative de banaliser un problème de société et d’humanité franchement écœurant, mais plutôt un moyen de l’exorciser.

Vous êtes très actif sur les réseaux sociaux et vous tenez un blogue. En quoi cela vous aide dans votre travail? Est-ce que cela vous permet de trouver de nouveaux lecteurs, de rester en contact avec vos lecteurs actuels, toutes ses réponses?

Les réseaux sociaux sont les amis et les ennemis de l’auteur. Souvent, pour chaque minute passée sur Facebook ou Twitter, c’est des minutes sans écriture. Une perte de temps. Un piège dans lequel il est facile de tomber. On ouvre une vidéo ridicule, puis une autre et bientôt on se rend compte que cela fait une heure qu’on regarde des gens s’adonner à des défis idiots.

D’un autre côté, les réseaux sociaux sont un moyen extraordinaire de promouvoir son œuvre, d’entrer en contact avec les lecteurs. Rien n’est plus valorisant et agréable que de voir un lecteur mettre une photo de votre livre en ligne, d’annoncer qu’il s’agit de sa prochaine lecture. C’est super de pouvoir remercier ce lecteur, discuter, échanger en direct. Oui, c’est à la fois un moyen de rester en contact avec les lecteurs et les autres écrivains. Aussi, cela permet de faire des rencontres avec des blogueurs extraordinaires comme vous! Les filles de joual.

Quant à mon blogue, c’était à l’origine une simple tentative de publier mes élucubrations et mes divagations. Sauf que le temps pour m’y consacrer manque et les idées aussi. Je tente toutefois de le garder actif.

Nous avons noté que vous êtes à la fois romancier et nouvelliste. Est-ce un passage qui s’est fait naturellement pour vous, ou bien continuez-vous de faire cohabiter ces 2 formats dans votre écriture? Certains auteurs avancent qu’il est préférable de commencer l’écriture par la nouvelle, êtes-vous d’accord avec ce propos?

Très bonne question. J’ai aussi entendu qu’il était préférable de commencer par la nouvelle. En fait, je crois que cela dépend de l’individu. Dans mon cas, écrire des nouvelles est difficile. Je préfère le roman, les récits plus longs. Malgré tout, j’ai écrit et publié des nouvelles en m’amusant comme un petit fou et dont je suis très fier. Je vais continuer à écrire de courts textes, la cohabitation est possible. Un peu comme avec le débat numérique ou papier des livres. Pourquoi devoir en choisir un seul?

Sylvain Jonhson est un  auteur aux multiples talents. À la fois nouvelliste et romancier, il a le sens du suspens et la plume bien aiguisée. Dans sa bibliographie, on compte près de 6 romans publiés ainsi que près de 30 nouvelles, un parcours peu banal. Demeurant à la fois à Montréal, son lieu de naissance, et aux États-Unis, cet écrivain sait offrir des intrigues à la hauteur des plus grands. Amateurs de fantastique et de thriller, soyez assuré d’y trouver votre compte! J’ai découvert son style très cinématographique grâce à son premier roman, le «Tueur des rails». Je vous le recommande fortement.