Le petit chaperon rouge de Sonia Alain

Sonia Alain est une auteure prospère ayant déjà publié plus de dix titres à son nom. Elle se spécialise dans les romans d’amour et d’érotisme, mais elle s’est prêtée à l’exercice de l’écriture de l’horreur en rédigeant ce dernier titre, Le petit Chaperon rouge, publié aux éditions AdA en avril 2018 dans la série des contes interdits. Ma lecture a été relativement agréable, même si quelques éléments m’ont chicotée.  Avant tout, le synopsis :

SYNOPSIS

Angelika, 9 ans, vit avec sa grand-mère depuis que sa mère est décédée. Alors que la grand-mère enquête sur la mort de sa fille et qu’elle est trop près de découvrir la vérité, elle se fait également assassiner sous les yeux de sa petite fille. Les meurtriers poursuivent Angelika dans la forêt et elle est ainsi laissé pour morte. Recueillie par le système, elle vit une enfance difficile, mais l’idée de la vengeance est le carburant qui lui permet de traverser toutes les épreuves. À 18 ans, elle sort de cette prison que sont les familles et les centres d’accueil, comblée de pouvoir enfin mettre en place les pierres de son plan. Elle se prépare alors à une véritable chasse à l’homme (je devrais dire, aux hommes). Les meurtriers paieront.

PREMIÈRE ET QUATRIÈME DE COUVERTURE

CHAPERONROUGE

TABLEAU RÉSUMÉ

  Le petit chaperon rouge
Auteur Sonia Alain
Genre Horreur fantastique
Prémisse Une jeune femme est prête à tout pour venger sa famille qui a péri sous les sévices de criminels crapuleux.
 Avertissements Viols explicites / pédophilie / sexualité explicite
Émotions ressenties Fascination / inquiétude (pour la protagoniste & la petite fille aux allumettes)
Force Une écriture soignée avec de l’action à revendre.
Une phrase pour décrire le roman Une véritable chasse à l’homme qui vous coupera le souffle.
Faiblesse Des personnages secondaires caricaturaux et un genre littéraire qui s’approche plus de la spiritualité que du fantastique.
Niveau d’horreur 2/5
Niveau de gore 3/5
Niveau de conte 4/5
Mention honorifique La meilleure utilisation de la petite fille aux allumettes (personnage récurrent dans tous les contes interdits).

 

LES HAUTS

Tout comme le joueur de flûte de Hamelin, j’ai bien aimé que plusieurs éléments du conte originel s’y retrouvent. Le petit chaperon rouge, la grand-mère, et même les loups s’y retrouvent. Quoique, ici, les loups au sens propre sympathisent avec le petit chaperon rouge, mais il existe bien des loups au sens figuré qui sont les meurtriers de l’histoire.

L’écriture est accessible, même si elle est soignée. Le narrateur est externe et le récit est au passé simple. Je trouve ici la combinaison bien choisi et savamment utilisé par l’auteure. Il est apparent quand l’auteure sait manier la plume. L’action est bien décrite et rythmée. Les péripéties se succèdent sans arrêt, ce qui donne une teneur assez importante en action. On a le souffle coupé par moment! La finale est assez bonne, même si elle ne m’a pas tant surprise. La petite fille aux allumettes, élément récurrent dans les contes interdits, m’a ici réellement brisé le cœur! Si les passages de la petite filles aux allumettes ont su ainsi m’atteindre, c’est que le personnage était vivant, bien établi et attachant. J’ai adoré ces passages!

J’ai bien aimé que la protagoniste semble libérée sexuellement, même si elle utilise cet attrait comme arme de destruction massive. Les contes interdits ont tendance à dresser une image plutôt obscure de la sexualité. C’est là que la plume de l’auteur se veut chaude… suave même. Ce roman m’a donné envie de lire ses autres romans d’amour…et ses romans érotiques! J’ai trouvé la protagoniste bien développée, puisqu’on a fréquemment accès à ses pensées.

Finalement, j’ai aimé la dualité dominant / dominé qui se retrouve tout au long du livre qui transcende la notion de justice. L’ascension d’une victime en bourreau est toujours fascinant. Ce récit sous-tend donc des questions philosophiques plus profondes et cela a été bien apprécié de mon côté.

LES BAS

Malheureusement, plusieurs éléments m’ont tracassé dans le récit. Et c’est peut-être bien personnel. J’y vais en rafale.

Je n’ai pas ressenti une ambiance d’horreur. Le récit est plus gore qu’horrifiant, même s’il ne se qualifie pas non plus selon moi dans les romans très gore. Il s’agit plutôt d’une enquête plutôt sombre.

Toutefois, les préoccupations que vit l’enquêteur tout au long de son enquête ne sont pas partagées par le lecteur, car il en sait trop. Cela rend les passages mettant en scène l’enquêteur beaucoup moins intéressants. En effet, l’enquêteur ne sait pas tout ce que le lecteur sait. Ils se posent ainsi des questions et, bien avant lui, nous avons les réponses.

L’intrigue repose sur le genre fantastique, mais les éléments s’y rattachant ne sont pas excessivement bien développés, ce qui donne au tout une touche plus spirituelle que fantastique. Les récits plus spirituels ne me rejoignent aucunement, mais si cela vous plaît, peut-être serez-vous charmés!

De plus, il y a certains problèmes au niveau du développement des personnages. À part la petite fille aux allumettes et la protagoniste, j’ai eu de la difficulté à m’attacher aux personnages secondaires. Les « méchants » sont des caricatures de méchants, l’enquêteur nous semble bête (puisque nous en savons plus que lui) et la grand-mère meurt trop vite pour qu’on s’y attache réellement.

Finalement, petit détail peut-être anodin, j’ai découvert avec ce récit le mot « sardonique ». Et c’est peut-être parce que je l’ai découvert que je le remarquais à chaque passage, mais cet adjectif me semble avoir été surutilisé ici. Tous les rires, tous les sourires me semblaient sardoniques. Encore là, le fait d’être plus attentive à une nouvelle notion ou un nouveau mot a peut-être de quoi à voir avec cet agacement que j’ai ressenti. Qui sait?

APPRÉCIATION GÉNÉRALE

J’ai bien aimé ce livre. La lecture est rapide, l’action est soutenue et l’écriture est intelligente. Malheureusement, plusieurs éléments ont encombré ma lecture, mais ils ne m’ont tout de même pas empêché de l’apprécier. Ce livre me donne envie d’en découvrir plus sur l’auteure. Si je me fis aux passages de romance et d’érotisme de ce conte, je peux conclure que ses autres livres doivent être excessivement bien écrits! Et vous, qu’en avez-vous pensé?