Soumission d’un manuscrit : dans la tête de l’éditeur / Trucs et astuces pour écrivain

writing-background-1Vous êtes sur le point de mettre le dernier point à votre roman? Ou vous l’avez déjà terminé? Vous êtes à la recherche de bons conseils pour soumettre votre manuscrit? Vous êtes tombés au bon endroit! Les petits conseils que j’ai pour vous aujourd’hui proviennent directement de mon cours « Édition du manuscrit », un cours du DESS en édition du livre à l’Université de Sherbrooke à Longueuil. Ce qui est fascinant avec ce programme, c’est que tous les professeurs proviennent du milieu de l’édition au Québec. Ils sont pigistes pour différentes maisons d’édition ou ont été à la direction de certaines maisons d’édition reconnues. C’est donc en toute confiance que je vous soumets les petits trucs suivants:

  1. Terminer votre oeuvre, au complet. Bien que plusieurs maisons d’édition ne lisent que quelques pages ou quelques chapitres, de votre côté, l’oeuvre doit être déjà complète.
    • Elle doit être corrigée. Utilisez les différents logiciels de référence et de correction (dictionnaire, Antidote, Office québécois de la langue française, etc.)
      • Faites particulièrement attention aux « mots-pièges ». Il s’agit de mots qui ont des homonymes (plus tôt / plutôt) ou bien de mots dont les lettres similaires sont nombreuses (vieille, appellation).
    • Portez une attention particulière à l’incipit, aux premières pages de votre manuscrit. Oui, corrigez votre roman au complet, mais les deux premiers chapitres doivent être intéressants, installer une ambiance, un début d’action. On doit commencer rapidement à s’attacher aux personnages. Il faut faire en sorte que le lecteur s’immerge rapidement, car les premiers chapitres sont généralement ceux qui donneront le ton au reste du livre et inciteront l’éditeur à continuer ou non sa lecture.
  2. Choisir l’éditeur auquel on veut soumettre son manuscrit.
    • Soyez certain à 100% que cet éditeur publie le genre littéraire ou la forme littéraire qui correspond à votre manuscrit. La majorité des refus sont liés à cet erreur que fait l’auteur en envoyant son manuscrit au mauvais endroit. Si le manuscrit ne correspond pas à la « politique éditoriale » de la maison d’édition, il sera refusé par cette dernière.
    • Si vous n’avez jamais lu d’œuvres de la maison d’édition à laquelle vous soumettez votre roman, je vous suggère fortement d’en lire quelques unes. Généralement, le « match » se fait entre l’éditeur et son auteur quand il soumet à une maison d’édition qu’il connaît bien.
    • Il y a aussi certains trucs pertinents qu’on peut retrouver à cet effet dans certains ouvrages. Par exemple, dans le guide Écrire et publier au Québec : Les littératures de l’imaginaire de Geneviève Blouin, Isabelle Lauzon et Carl Rocheleau publié par les Six Brumes, on divulgue que la célèbre maison d’édition Alire ne publie qu’un nouvel auteur par année ou par deux années par exemple. Ainsi, on a peut-être moins de chances dans ce cas. Il faut alors cibler les maisons d’édition qui sont prêtes à prendre le « risque » de publier un nouvel auteur. Cette connaissance s’apprend plus « sur le tas » je dirais, mais si vous avez ce genre d’information, utilisez-là à bon escient!
  3. Respecter les règles de présentation du manuscrit. Suivez les indications sur le site de l’éditeur qui vous intéresse. S’il n’y a pas d’indication, voici quelques règles de base plutôt standards:
    • L’ouvrage doit être imprimé sur du papier 8 1/2 X 11 (standard) ou envoyé par courriel
    • Police d’écriture facilement lisible (Times New Roman taille 12 ou bien Arial taille 11)
    • Paginé
    • Interligne 1 1/2 ou double
    • Il n’est pas nécessaire de le relier à moins que cela soit spécifié (ça pourrait peut-être vous éviter des coûts).
    • Évitez d’effectuer des manœuvres manuelles (mettre 10 fois des espaces plutôt qu’effectuer une tabulation par exemple ou bien couper les mots soi-même sans que cela ne soit automatisé par le logiciel).
    • Assurez-vous du caractère uniforme de l’oeuvre (par exemple, si j’écris M. plutôt que Monsieur, ça doit être partout pareil; utiliser l’orthographe rectifié ou traditionnel, mais ne mélangez pas les deux; si j’ai un personnage qui s’appelle Roger, il doit s’appeler Roger dans tous les chapitres (à ce qui paraît le fait de débaptiser des personnages est assez fréquent), etc.).
    • Respectez les règles typographiques (procurez-vous au besoin le Ramat de la Typographie). Quand un ouvrage est bien présenté et qu’il respecte les règles typographiques, ça se voit tout de suite. Qu’est-ce que la typographie? Selon Antidote, c’est « l’agencement des éléments d’un texte (et d’images) qu’on imprime ».  Ça comprend les anglicismes, les coupures de mot, les règles concernant les chiffres (par exemple, un chiffre en début de phrase devrait s’écrire en lettre, mais il peut s’écrire en chiffre en milieu de phrase) et un tas d’autres choses. Allez voir, ça vaut le détour! C’est une chose que je ne savais pas avant de suivre ce cours.
  4. 100 fois sur le métier remettez… Relire! En relisant, s’assurer du caractère uniforme de l’oeuvre:
    • Tous vos personnages doivent agir de façon cohérente avec leurs traits de caractère (leurs actions et réactions sont plausibles).
    • Faites attention qu’aucun personnage ne soit une coquille vide. Il ne devrait pas vraiment y avoir de personnages qu’on pourrait enlever sans que le lecteur ne s’en rende réellement compte, sans que cela ne change – même un tout petit peu – l’histoire.
    • Faites attention aux anachronismes ! À moins qu’il s’agisse de voyages dans le temps, l’époque devrait être respectée. Aussi, à plus petites échelles, le nombre de temps que prend certaines tâches dans la « réalité » devrait aussi être respecté. Si je pars de Montréal pour aller à Québec, ça me prend généralement aux alentours de 3 heures. Si j’arrive en trente minutes, soit il y a un problème, soit j’ai inventé un nouveau moyen de transport.
    • L’intrigue doit connaître une fin et être facilement compréhensible. Même s’il s’agit d’une suite, on ne veut pas « frustrer » le lecteur au point qu’il ne désire même pas se procurer la suite!
    • Faites particulièrement attention au phénomène « Deus ex machina ». Vous savez ces coïncidences bienheureuses qui donnent l’impression que l’histoire est arrangée avec le gars des vues? À éviter!
    • Le ratio entre l’action et les dialogues n’est pas trop disproportionné à travers les chapitres, même si l’action peut connaître un crescendo à la fin. Oui, il y peut y avoir ascension, mais il faut aussi respecter un certain rythme à travers l’oeuvre.
    • À la fin, il faut aussi s’assurer que le lecteur ne reste pas sur sa faim et que tous les éléments aboutissent (« no loose end »).
  5. Faire lire
    • Faites lire votre manuscrit à ce qu’on appelle affectueusement vos « bêta-lecteurs ». Un bon bêta-lecteur est… :
      • Capable de dire quand quelque chose cloche
      • Une personne qui n’a pas peur de vous blesser en vous soumettant des commentaires
      • Un lecteur acharné
      • Quelqu’un qui aime le genre littéraire de votre ouvrage
      • Si possible, une personne qui a eu une formation littéraire (je sais que ce n’est pas toujours faisable, mais bon, dans l’idéal, ça pourrait être bien).
    • Ça ne sert à rien de faire lire votre roman par quelqu’un qui est trop partial à votre égard, qui ne saura vous dire les points à améliorer, qui ne lit généralement pas et donc n’a pas de « mesure » de ce qui est « bon » ou « mauvais ». Ça ne sert à rien de faire lire de l’horreur par exemple à quelqu’un qui déteste ce genre littéraire; il risque de ne pas aimer, mais ce n’est pas nécessairement la qualité de l’ouvrage qui est en cause.
  6. Corriger
    • Prenez le pouls des commentaires des bêta-lecteurs.
    • Ajustez le tir lorsque les critiques vous paraissent justifiées.
  7. Faire une lettre de présentation
    • Prenez le temps ! Faites autant attention à cette lettre qu’au reste du manuscrit.
    • Il s’agit d’un texte introductif dans lequel vous présentez l’ouvrage et son auteur (ben…vous là!)
    • Une page maximum!
    • La lettre devrait comprendre (pas nécessairement dans cet ordre)… :
      • Une brève présentation de l’auteur: tentez ici de faire le plus de liens possibles avec le métier d’auteur ou avec l’ouvrage. Si vous êtes psychologue et que vous écrivez un ouvrage avec des personnages qui ont des personnalités multiples, c’est pertinent. Si vous êtes comptable et qu’il n’y a aucun lien entre la comptabilité et l’oeuvre, il n’est pas nécessaire de s’étendre sur ce sujet. Parlez de votre intérêt pour le sujet soumis, de vos compétences transférables, de votre intérêt pour la lecture, etc.
      • Le nombre de mots de votre ouvrage.
      • Le genre de l’ouvrage (en cibler 2 maximum même si un livre a le droit de correspondre à plusieurs genres… il faut tout de même être capable de cibler la majeure de votre oeuvre)
      • En quoi cet ouvrage correspond à la politique éditoriale de la maison d’édition / cibler si possible la collection à laquelle il pourrait appartenir
      • À qui s’adresse l’ouvrage, qui est le public cible
  8. Faire un synopsis. Voici les qualités d’un bon synopsis :
    • Court
    • Montre l’intérêt et l’originalité de l’histoire
    • Met en lumière les thèmes abordés
    • Présente les enjeux majeurs auxquels sont confrontés les personnages, de même que le caractère des personnages
    • Ne révèle pas la totalité des punchs
    • A pour but d’intéresser l’éditeur, de mettre la table
    • Il ne s’agit pas d’un résumé universitaire ni d’un travail analytique. Le genre de résumé doit être attrayant et correspondre à l’ouvrage (garder la même ambiance)
    • Présente quelques mises en situation ou quelques lieux où se déroulent l’action
    • Doit être aéré
    • Ne doit pas inclure trop de personnages
    • Doit être structuré
    • Ne laisse de place qu’à l’intrigue principale

Voilà! Vous êtes prêts à envoyer votre manuscrit! Faites attention aux fautes dans le courriel si vous soumettez le tout de façon électronique. Parfois, sous le coup de l’émotion, on fait des erreurs qui nous paraissent pourtant normalement inconcevables. Ça m’est déjà arrivé de faire une faute dans le titre de mon livre… ! C’était l’énervement et j’espère que vous apprendrez de mon erreur; ne vous laissez pas emporter. Prenez le temps! Pour vous aider, je vous ai ajouté un petit outil qui résume bien cet article dans la section Documents pratiques. Cliquez ici pour télécharger la Liste de vérification pour la soumission d’un manuscrit.