Exodes : terreur et terroir / Dossier La Maison des Viscères

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Exodes est un recueil de nouvelles signé Maison des Viscères. Ainsi dirigé par Frédéric Raymond, ce recueil horrifique m’a semblé tout à fait cohérent dans son ensemble. Le thème, celui du terroir, est très présent tant au niveau des lieux que des dialogues. J’ai beaucoup aimé ce livre qui m’a fait vivre quelques émotions! En plus des trois novellas, on y retrouve également trois brèves littéraires d’approximativement une page et demie chacune. Je n’en parlerai pas en détails spécifiquement, puisqu’elles ne constituent pas une partie significative du recueil, mais je peux affirmer qu’il s’agit aussi de trois bonnes brèves qui permettent de changer le rythme entre les différentes novellas.

Je vous présente donc les trois auteurs des novellas : Nicholas Handfield, Daniel Sernine et Luc Dagenais.

 

AURORE, L’ENFANT DU DIABLE DE NICOLAS HANDFIELD

Synopsis

Dans cette nouvelle signé Nicholas Handfield on réinvente l’histoire d’Aurore l’enfant martyr. La mère de la petite Aurore décède de la tuberculose et le bon curé suggère la présence d’une autre femme pour aider le père d’Aurore à veiller sur la maison. Jusque-là, on est près de l’histoire, mais tout tourne au vinaigre et les morts-vivants et les démons s’en mêleront.

Mes impressions

Je me rends compte, grâce à toute la série des contes interdit et avec cette excellente nouvelle, que j’adore les réécritures libres, qu’ils s’agissent de contes, de légendes ou d’histoires vraies. J’ai donc bien aimé ce petit bijou littéraire qui fait s’immiscer habilement des éléments fantastiques qui prendront graduellement toute la place. Le seul petit hic selon moi – et c’est à la fois une qualité – c’est que l’auteur a décidé de mettre le joual partout. Autant dans la narration que dans le dialogue, même s’il s’agit d’un narrateur omniscient (donc au « il »). Ça nous imprègne donc de façon brutal dans l’univers et c’est très immersif, mais parfois, j’ai trouvé que ça nous faisait sortir de l’histoire aussi, par l’utilisation de thèmes « drôles » ou qui font sourire dans des moments pourtant bien tragiques. Je dirais toutefois que ça apporte quand même  plus de mal que de bien, cette utilisation du joual en narration. D’ailleurs, étant une fille de joual moi-même, je serais bien mal placée pour critiquer vertement cet aspect!

HECATE SIGNÉ DANIEL SERNINE

Synopsis

Une tragédie éclabousse la vie de Louis qui décide de quitter la grande ville pour fuir ses problèmes. Alors qu’il pensait y chasser ces remords, ce petit village éloigné lui rappelle sans cesse les événements dramatiques qu’il a vécus… Des apparitions. Des ressemblances. Des ragots. Ces événements sont de plus en plus fréquents si bien qu’il en vient qu’à questionner sa santé mentale. Une histoire de loups et peut-être de loups-garou… De fantôme ou d’hallucinations ou…

Mes impressions

La plume de Daniel Sernine est acérée. Tout est décrit de sorte qu’on peut aisément s’imaginer les événements et les personnages. J’ai trouvé habile les changements de narration qui viennent illustrer avec précision l’état de doute perpétuel que vit le protagoniste. De plus, j’ai trouvé habile qu’il y ait à la fois des loups et de la romance dans la même histoire et qu’on soit quand même à milles lieues de Twilight haha! Plus sérieusement, j’ai également été surprise du revirement en fin de nouvelle. Je suis d’un naturel perspicace mais celle-là, je ne l’avais pas vue venir! Le petit point fiable que je peux trouver ici est que la finale, après le revirement, me semble insatisfaisante. J’ai cette impression que l’intrigue n’est pas résolue entièrement. Il n’en reste pas moins que c’est une excellente nouvelle que je conseille chaudement!

514-YIH-OOPI PAR LUC DAGENAIS

Synopsis

On propose ici un Montréal alternatif où la plus grande menace est une espèce qui ressemble en tout point à la mascotte Youppi et où les roux sont donc ostracisés. De sa découverte par Paul de Chomedey, sieur de Maisonneuve, la ville subit des attaques incessantes de ces monstres qui semblent se reproduire à une vitesse hallucinante. Ce n’est que plusieurs siècles plus tard qu’un espoir de les exterminer, pour de bon, surgit.

Mes impressions

Je trouve ici que l’auteur réussit habilement à conjuguer l’humour, le genre bizarro et l’horreur. J’ai ri à certains passages et été dégoûtée par le gore à d’autres passages. Le concept en tant que tel est tout à fait hilarant et l’auteur nous transporte aisément et avec agilité d’une époque à l’autre. Les personnages sont caricaturaux et stéréotypés, mais je crois que c’est voulu pour ajouter à l’humour de cette succulente novella. Il y a beaucoup beaucoup d’action et tout explose. Si je cherche à trouver un point faible – et il est mineur – c’est qu’à deux ou trois reprises, il y a des énumérations si longues qu’elles sont venues à bout de ma patience de lectrice et je dois avouer ne pas les avoir lu au complet. J’imagine que le but de l’énumération est de nous montrer l’excès des choses, mais il y a quand même une limite haha ! Ça ne gâche en rien l’histoire et je vous recommande sans hésiter cette nouvelle très particulière!

APPRÉCIATION GÉNÉRALE DE L’ENSEMBLE DE L’OEUVRE

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Il s’agit d’une oeuvre remarquable qui s’ancre de façon bien assumée dans la culture québécoise, tant au niveau de l’espace géographique que de la culture. Un recueil d’horreur bien québécois!

L’ouvrage est donc cohérent dans son ensemble, bien qu’il offre trois nouvelles très distinctes, autant au niveau du genre que du style. La lecture est donc rafraîchissante et propose des thèmes très intéressants.

J’ai réellement aimé toutes les nouvelles de ce recueil et je vous invite à vous le procurer si vous aimez l’horreur.

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