Bizarro : un recueil et un genre littéraire à découvrir / Dossier La Maison des Viscères

BIZARRO

Bizarro est un recueil de nouvelles horrifiques et étranges publié par la Maison des Viscères. Dave Côté, Éric Gauthier et Guillaume Voisine sont les trois auteurs de cette petite oeuvre d’art dirigée par Frédéric Raymond. Ce recueil de trois nouvelles plutôt folles m’a permis de découvrir le genre littéraire Bizarro. Le genre bizarro recense les ouvrages bizarres, fous, étranges et cultes. On sort donc ici du slasher pur et dur et du mainstream et…à quelque part, ça fait du bien. J’ai souvent plein d’idées de concepts fous qui ne font pas tant de sens dans la réalité, mais qui sont excessivement originaux…et étranges. Ce recueil me donne envie de « me lâcher lousse » comme qu’y dirait!

Je ne procéderai pas ici comme j’ai l’habitude de le faire au niveau de la forme, bien que le fond reste sensiblement le même. Il me semble plus approprié de traiter les nouvelles séparément en spécifiant que le tout est cohérent et est lié par un genre littéraire peu exploité au Québec.

LE JARDIN D’UMMFRANG DE DAVE CÔTÉ

Synopsis

Ummfrang est un jardinier démon vivant dans un monde parallèle à celui des humains. Dans ce monde bien particulier, les démons passent leur vie à jardiner. Oui, oui, avec de vrais plantes. Toutefois, ça ne s’arrête pas là. Chaque plante dans leur jardin est reliée à un humain. Si l’humain est heureux, la plante se développe bien. Ainsi, les jardiniers peuvent intervenir avec leurs pouvoirs dans la vie des humains afin de s’assurer du bon développement de leur jardin. Tout se passe donc bien jusqu’à l’arrivée d’une plante majestueuse dans le jardin normalement négligé d’un de ses confrères. Une beauté qui pousse dans le ciment. La jalousie et l’envie poussent Ummfrang à commettre l’irréparable.

Mes impressions

Le concept est complètement fou! J’adore! Quelle idée brillante! Non seulement l’idée est intéressante, mais le concept du jardin est également bien exploité à travers le roman. On s’attache aussi facilement à ce petit démon au nom bien particulier et l’écriture est accrocheuse. La petite critique négative que j’aurais peut-être à adresser ici est que le ton peut paraître un peu enfantin, surtout avec la morale derrière l’histoire. Je trouve tout de même le message plutôt beau et c’est réellement ma nouvelle préférée de ce recueil.

FINE STAY INN DE ÉRIC GAUTHIER

Synopsis

Carlo et Vanessa, deux collègues qui entretiennent une relation amoureuse secrète vont à un voyage d’affaire. Carlo étant marié, l’hôtel est le lieu propice de rencontre des amants. Bien que tous les hôtels se ressemblent (un paysage morne, brun, avec des cadres tous pareils), les amoureux s’en soucient peu…jusqu’au jour ou ils s’y retrouvent prisonniers. Un genre de dérèglement de l’espace temps fait en sorte que tous les hôtels sont connectés les uns des autres et qu’il est impossible de se sauver d’un hôtel, à moins de prendre une porte pour en visiter un autre. On pourrait se dire que c’est du pareil au même, mais plus l’aventure avance, plus les résidents des différents hôtels sont pris d’une folie collective et plus leur soif de sang s’intensifie. S’en sortiront-ils vivants?

Mes impressions

J’ai moins apprécié cette nouvelle personnellement. Je n’aime pas qu’on décrive sans cesse des paysages qui se ressemblent et que les actions se limitent à fuir ou combattre. C’est pas mal le cas dans cette nouvelle; on passe d’un hôtel à l’autre et on y rencontre des êtres sanguinaires qu’il faut fuir ou combattre. J’ai bien aimé toutefois la relation entre les deux protagonistes qui m’a fait sourire du début à la fin. C’est bien décrit et particulièrement bien joué.

LE CONTRASTE DE L’ÉTERNITÉ PAR GUILLAUME VOISINE

Synopsis

En fait, pour celui-ci, je vais tricher un peu et prendre l’extrait accrocheur de la quatrième de couverture qui résume assez bien l’intrigue :

« L’équipe de reconnaissance d’une corporation minière découvre un temple mystérieux dans une ceinture d’astéroïdes. Au cœur du temple, il y a l’œuf, aussi fascinant qu’improbable. Puis c’est l’éclosion… qui libère les doubles de l’équipage. Tous identiques, si ce n’est que de leurs tendances à la perversion et aux atrocités. »

Mes impressions

Le fait que le récit soit déconstruit et non-chronologique nous amène, de façon très efficace, à nous sentir déboussolés. Il est très clair ici que c’est l’intention voulu par l’auteur et c’est assez bien réussi. Par contre, cet effet de perturbation m’a amené à me questionner quant à mes capacités de lectrice. Je me suis fréquemment dit : « Coudonc, c’est-tu moi qui en manque des bouts? Je suis pas certaine de bien suivre l’intrigue et de comprendre tout ce qui se passe ». J’imagine qu’une lectrice plus confiante n’aurait pas eu cet agacement. Je trouve les concepts exploités très originaux et je crois qu’on aurait peut-être pu mettre de côté l’effet de désorientation. Bien personnellement, j’aurais nettement préféré mon expérience de lecture. Toutefois, si vous lisez la nouvelle, je vous avertie à l’avance : « Faites-vous confiance, ça va bien aller ». Outre ce petit détail, j’ai vraiment aimé l’histoire, l’action, les différentes descriptions, l’intrigue. C’est évident que Guillaume voisine sait manier la plume.

APPRÉCIATION GÉNÉRALE DE L’ENSEMBLE DE L’OEUVRE

BIZARRO

 

Sans surprise, il s’agit d’un recueil horrifique d’une très grande qualité.

À cet effet, on n’est jamais déçu quand on lit quelque chose de la Maison des Viscères.

J’ai beaucoup aimé qu’ils exploitent un genre littéraire sous-exploité que je ne connaissais pas et qu’ils en assument la marginalité.

Il s’agit d’une expérience littéraire plus qu’intéressante que je recommande chaudement à tout fan fini d’horreur québécois!

Bonne lecture!