Entrevue avec Frédéric Raymond: au cœur de La Maison des Viscères

À mon grand bonheur, pour La Maison des Viscères, l’Horreur, ce n’est pas qu’à l’Halloween que ça se passe – c’est à longueur d’année. 365 jours de sang, de boyaux et de peur. Nous trouvions toutefois que le mois d’octobre était propice pour mettre de l’avant cette maison d’édition particulière.

Frederic Raymond, éditeur La Maison des Viscères

Pour ce faire, nous nous sommes entretenues avec l’éditeur, Frédéric Raymond. Tout au long du texte qui se veut une présentation de cette maison d’édition, vous retrouverez ici et là des questions que nous avons eu la chance de poser à cet homme aux multiples talents.

Microbiologiste, auteur du roman «Jardin de Chair» publié aux éditions Les Six Brumes et du roman «Pornovores» qui sera disponible en février 2018 chez le même éditeur, Frédéric Raymond affirme avoir été exposé à l’horreur depuis qu’il est tout petit.

 

La question se pose: à quel point étiez-vous tout petit? Quelle a été votre première exposition à l’horreur? Dites-nous-en plus !

En fait, je n’y ai pas vraiment été exposé… Ma mère m’a même raconté qu’elle a préféré ne pas m’amener voir E.T. quand j’étais petit, car elle craignait que ça me traumatise. En fait, depuis que je suis tout petit, je recherche les monstres et les histoires macabres. On voit parfois sur Facebook des gens qui demandent quel film nous a fait aimer l’horreur. Pour ma part, c’est un peu l’horreur qui m’a fait aimer les films et les livres. Enfant, je cherchais assidûment les œuvres qui me feraient frémir, qui me mettraient dans une bonne ambiance de peur.

Whitney, fille de joual - caricature

Ce qu’on apprend en se documentant sur la Maison d’édition les Viscères, c’est que la maison d’édition est née de cette « obsession » (si je peux me permettre ce choix de mots) pour le genre littéraire horrifique. L’objectif est de promouvoir ce mal-aimé et d’amener les Québécois à explorer ses différentes facettes.

 

Pouvez-vous nous décrire brièvement les sous-genres horrifiques qui sont à l’honneur pour le moment dans votre librairie?

Avec La Maison des Viscères, on essaie de montrer la diversité de ce qui peut exister en horreur. Si vous avez lu les livres, vous avec sans doute compris qu’on ne se contente pas des clichés. On peut retrouver certains monstres classiques dans nos livres, mais ça prend un petit quelque chose de plus. Par exemple le loup-garou est présenté sous un angle différent dans «Hécate» de Daniel Sernine (Exodes) que dans «Les contrastes de l’éternité» de Guillaume Voisine (Bizarro). J’aime aussi qu’une histoire d’horreur me fasse réfléchir, qu’elle remette en question certains sentiments, certaines conceptions. Un exemple de ce type de texte serait «Rydia avec un L» de Jonathan Reynolds (Écorché), qui présente des personnages remplis d’un mal de vivre intense, qui est soulagé par l’art. Dit comme ça, ça ne ressemble pas à une histoire d’horreur, mais croyez-moi, ça l’est. On a aussi à plusieurs reprises flirté avec le bizarro, un sous-genre de l’horreur qui le mélange avec l’étrange poussé à l’extrême. Comme appartenant à ce genre, on pourrait citer «514 YIH-OOPI» de Luc Dagenais (Exodes), «Fine Stay Inn» de Éric Gauthier (Bizarro) et «Les jardins d’Ummfrang» de Dave Côté (Bizarro). Trois textes super différents, mais d’une imagination incroyable.

Whitney, fille de joual - caricature

Tous ces sous-genres font partie des publications de la Maison d’édition La Maison des Viscères qui compte 4 recueils de nouvelles d’horreur: Écorché, Agonies, Bizarro & Exodes. Ces œuvres tout à fait originales sauront vous donner des frissons. Mais pourquoi des recueils?

 

Qu’est-ce qui a motivé votre choix d’éditer des recueils de nouvelles plutôt que des romans pour le moment?

Notre but de départ était de permettre aux lecteurs de découvrir plusieurs facettes de l’horreur, en lisant des textes de plusieurs auteurs d’horreur québécois. Le format du recueil collectif a aussi une place importante dans l’histoire de l’horreur littéraire. C’est dans ce type de livres que certains auteurs cultes ont fait leurs premiers pas, par exemple Clive Barker. Techniquement, à part pour Écorché, où les textes sont des nouvelles, nos anthologies contiennent des novellas, un format à mi-chemin entre le roman et la nouvelle. C’est parfait pour raconter une histoire d’horreur! Ces textes pourraient très bien être publiés seuls, mais leur combinaison donne une expérience de lecture unique.

Whitney, fille de joual - caricature

Et pour écrire ces nouvelles, la plume de 9 auteurs québécois d’expérience s’est exprimée dans ces pages ensanglantées: Ariane Gélinas, Jonathan Reynolds, Luc Dagenais, Guillaume Voisine, Éric Gauthier, Dave Côté, Nicolas Handfield, Daniel Sernine et Pierre-Luc Lafrance.

 

Comment avez-vous fait pour dénicher ces auteur-e-s de talent?

Pas compliqué, on a choisi des auteurs que nous apprécions et on leur a commandé des textes. Certains des textes publiés à La Maison des Viscères n’auraient peut-être pas vu le jour si nous n’avions pas lancé la balle à ces auteurs! (Je viens de me donner une petite tape de félicitations sur l’épaule.)

Whitney, fille de joual - caricature

Cette année, La Maison des Viscères a innové et a publié un premier roman. «Quinze croix pour le lys rouge» de Frédérick Durand, un slasher qui ne nous laissera probablement pas indifférents. À cet effet, Frédérick Durand est sans conteste un grand auteur québécois. Récipiendaire du Prix Jacques-Brossard en 2009, il a publié à ce jour plus de dix romans et un grand nombre de nouvelles, sans oublier sa contribution à la poésie. Ce n’est pas peu dire que nous sommes excitées par la nouvelle venue du prochain roman de La Maison des Viscères qui sera rédigé par ce Grand de l’horreur québécois.

 

Pouvez-vous nous en dire plus au sujet de ce premier roman publié au sein de votre maison d’édition? Qu’est-ce que vous n’avez jamais dit à personne (ou presque) à ce sujet?

Au moment où vous publiez cette entrevue, je crois bien que le roman doit être en prévente. Il est peut-être même officiellement publié! Ça faisait vraiment longtemps qu’on essayait de convaincre Frédérick Durand de nous soumettre un projet. Ça a été long, mais on a aujourd’hui entre les mains un roman très spécial, qui est accompagné d’une préface qui en explique la genèse de cette œuvre. Frédérick possède une connaissance approfondie de l’horreur, à la fois pour l’écrire sublimement, mais aussi pour raconter l’histoire du genre, ce qu’il fait dans la préface. Le livre contient aussi des illustrations intérieures signées par l’illustrateur Filip Ivanović. C’est un livre unique.

 

Whitney, fille de joual - caricature

La Maison des Viscères publie donc des ouvrages d’horreur. Leur mission ne s’arrête pas là. Sur leur site internet, la Maison vous propose 85 récits d’horreur québécois à lire avant de mourir… ou du moins afin de devenir un expert de l’horreur québécois.

Cette liste est longue! Et bien que je sois une fan finie d’horreur québécois, je n’y suis pas encore arrivée! Il m’arrive toutefois de m’en inspirer.

Comment avez-vous fait pour sélectionner ces titres? Pourquoi ces titres ont-ils retenu votre attention?

J’ai choisi ce qui me plaisait dans ce qui était publié au Québec au moment où j’ai créé la liste (2015 ou 2016). Il faudrait que je la mette à jour, mais je dois avouer que, pour différentes raisons, surtout professionnelles, j’ai pris du retard dans mes lectures et je préfère ne pas recommander des livres que je n’ai pas lus.

85, c’est beaucoup…et si vous n’en aviez que 5 à suggérer, hormis les titres de votre maison d’édition qui s’ajoutent à cette longue liste, lesquels choisiriez-vous et pourquoi?

Voici 5 livres d’horreur québécois qui sont dans mon palmarès personnel:

  • «La peau blanche» de Joël Champetier
  • «Les Yeux troubles et autres contes de la lune noire» de Claude Bolduc
  • «Les enfants du Sabbat» de Anne Hébert
  • «Une fêlure au flanc du monde» de Éric Gauthier
  • «Maleficium» de Martine Desjardins

Whitney, fille de joual - caricatureDans cette même veine informative, chaque mois, l’infolettre Éviscération vous donne accès à un tas d’informations intéressantes, tant au sujet de la maison d’édition qu’au sujet de ses auteurs, sans négliger de parler des nouveautés dans le domaine de l’horreur.

 

Si vous aviez un seul argument à mettre de l’avant pour inciter les gens à s’abonner à votre infolettre, quel serait-il?

On se réinvente constamment pour s’adapter à la situation de l’horreur au Québec. Récemment, on a surtout publié de courtes entrevues avec des auteurs. Du matériel inédit!

Tous ces projets doivent vous prendre beaucoup de temps! Avez-vous des trucs à donner concernant la gestion du temps? Comment trouvez-vous le temps pour écrire?

En effet, je suis un gars pas mal occupé, en plus de la maison d’édition, de l’écriture et de la famille, je suis aussi professeur/chercheur à l’Université Laval, alors disons que mon temps est précieux! Mon truc pour écrire est de me donner un objectif facile, tellement facile que je me sens niaiseux si je ne l’atteins pas. Je vise dont à écrire 100 mots par jour. C’est pas beaucoup, mais ça permet de réaliser un projet en quelques mois. Sinon, je profite aussi de mon temps de transport, par exemple en autobus, pour retravailler mes textes.

Whitney, fille de joual - caricatureHeureusement, vous ne semblez pas seul dans cette aventure. En effet, une maison d’édition ne serait pas sérieuse si elle n’avait pas dans son équipe une personne qui corrige les textes, les révise et les peaufine. Tout comme Frédéric Raymond, Caroline Vézina s’occupe de la direction littéraire. Elle est aussi réviseure linguistique pour La Maison des Viscères. Sur votre site internet, on peut lire qu’elle préfère le suspense et le fantastique. De plus, sur son site professionnel où elle offre des services de révision linguistique, on peut lire qu’elle fait ce travail autonome depuis 2006. 12 ans de métier! Il s’agit d’un travail très intéressant et nous aimerions en savoir plus.

 

Nous demandons donc de lui céder la place pour cette question afin d’en savoir plus sur son parcours de réviseure?

Caroline Vézina, réviseure linguistiqueJ’ai fait un baccalauréat en langue française et rédaction professionnelle à l’Université Laval. Depuis, je révise toutes sortes de documents : pédagogiques, scientifiques, littéraires… À La Maison des Viscères, c’est un peu spécial, car je m’occupe aussi de la production des livres, pour m’assurer qu’ils soient impec! C’est vrai que je ne suis pas une amatrice d’horreur, mais faire des livres, c’est un beau défi chaque fois.

 

Dans un autre ordre d’idées, quelles sont les stratégies marketing pour que les gens vous lisent et en parlent? (si elles ne sont pas top secrètes 😉 )

J’ai expliqué une partie de mes stratégies sur mon blogue personnel. Vous pouvez en apprendre plus en lisant ce premier article, qui parle de notre stratégie de marketing numérique de 2015-2016. «Le pouvoir d’une infolettre»

L’article suivant explique comment notre stratégie a ensuite évolué. Bilan marketing 2016

Quand j’ai un peu de temps, j’aime faire des expériences de marketing. J’espère trouver quelques heures pour m’y remettre bientôt!

Quels sont vos projets à venir?

Un autre roman, vous ne pouvez pas imaginer de quoi il s’agit. On s’éloigne un peu de l’horreur, mais c’est pour la cause!

Dans la même veine, les auteur-e-s en herbe désirant faire partie de votre maison d’édition peuvent-ils soumettre leur manuscrit? Quels conseils leur donneriez-vous?

Les auteurs peuvent nous écrire à info@visceres.com quand leur manuscrit est terminé pour savoir s’ils peuvent nous le soumettre. À cette étape, j’évalue si le contenu semble approprié pour la maison d’édition. Si c’est le cas, je vais proposer à l’auteur de nous soumettre son manuscrit. Il est très important que les auteurs s’assurent que leur travail cadre avec notre ligne éditoriale, qui est très claire. Aussi, nous sommes très difficiles, alors assurez-vous que votre texte soit au meilleur de sa forme. Si nous sommes les premiers à lire votre texte, ce serait peut-être mieux que vous trouviez d’autres lecteurs avant. J’ai déjà refusé des textes intéressants qui n’étaient pas à points littérairement. J’ai aussi refusé des romans merveilleux qui ne cadraient pas dans notre ligne éditoriale. À chaque fois c’est décevant (même pour nous!), mais comme nous publions peu, nous voulons les meilleurs textes.


 

ViscèresVoilà, je crois que ça fait le tour! J’espère que cet article vous aura permis d’en savoir plus sur La Maison des Viscères et vous donnera envie de vous procurer leurs excellents recueils.

Pour les fans d’horreur dans la pièce, c’est par ici pour vous procurer leurs œuvres: https://recits.visceres.com/.

Pour vous inscrire à l’infolettre: https://recits.visceres.com/recits.html

Pour en savoir plus sur les auteurs: http://www.visceres.com/p/les-auteurs.html

Bonne lecture!