Les plaines de Nouvelle-France par François Guilbault

Les Plaines de Nouvelles-Frances - Femmes de libertéEn tant que fille de joual, il m’arrive souvent de me poser des questions sur l’origine du Québec et de quelles manières les fondements de notre société se sont construites. Notre Histoire est ce qui nous définit et ne devrait jamais être oubliée. Évidemment, ceux qui écrivent les livres d’histoires sont (la plupart du temps) ceux qui ont gagné la guerre. Mais il y a toujours plus d’un côté à une médaille. Je pose alors cette question : à quoi pouvait ressembler la Conquête de la Nouvelle-France vue par une fille de colons et l’aide de camp du très célèbre marquis de Montcalm? C’est ce qu’a voulu dépeindre l’auteur François Guilbault dans son plus récent livre «Les plaines de Nouvelle-France : Femmes de liberté». En tant que chroniqueur et peintre, il cherche à raconter le passé autrement. Voyons de plus près ce que j’en aie retenu.

Synopsis

À travers le personnage de Gaillard de Candiac (homme sorti tout droit de l’imaginaire de l’auteur), le lecteur peut vivre la Conquête de la Nouvelle-France par les Anglais. Gaillard est un simple paysan, mais sera nommé aide de camp en Amérique et assigné au service de Montcalm en personne. Dissimulant sous un titre de noblesse son statut moins enviable et travaillant d’arche pieds pour satisfaire le marquis, Gaillard gagnera assez rapidement une notoriété et le respect de tous. Mais il faut se le dire, il est la preuve vivante du «à beau mentir qui vient de loin». Ses subterfuges le pèsent et lorsqu’il tombe amoureux de la belle Françoise Pasquin, une véritable Canadienne française, il se retrouve rapidement face à un mur. La guerre imminente contre les Anglais le détournera cependant face à d’autres préoccupations. La menace est sérieuse, le climat rigoureux rend chaque vivre très précieux. Des vies sont en jeux, les mousquets commencent à faire feu. Ils sont 5 000 contre 15 000. La seule chose qui est certaine est que le sang coulera sur les plaines. Reste à savoir qui y survivra.

Les points forts

Premièrement, il est incontestable de dire que M. Guilbault manie les mots avec précision. Son vocabulaire semble sans limites et impossible de compter toutes les utilisations de termes et de mœurs d’une autre époque et pourtant restant compréhensible dans leur contexte. J’ai appris beaucoup et l’en remercie grandement.

Bougainville se sentait maintenant plus à l’aise. […] Il avait eu peu d’occasions dans sa vie de se retourner face à un autre homme qui exprimait si librement son désarroi, ses états d’âme. Porter la culotte de soie était un privilège, mais cela éloignait les gens, empêchait les biens nantis de se connaître, tout n’étant qu’apparences. (Guilbault, François (2018). Les plaines de Nouvelle-France, Femmes de liberté. Éditions AdA, p. 128)

Pour ce qui est de l’intrigue, je me suis surprise à me laisser bercer par la douce romance entre Gaillard et Françoise que j’ai trouvé à la fois crédible et touchante. On ne tombe jamais dans le cliché ou le surfait. Leur amour semble vrai et on espère de tout cœur qu’il se conclura de bonnes façons.

Le dernier aspect que j’ai à ajouter ici est à la fois positif et négatif. J’ai comme habitude de lire en bloc pas plus d’un ou deux chapitres à la fois et déteste devoir m’arrêter au milieu. J’ai donc apprécié de prime abord les chapitres très courts du livre qui oscille entre 3 et 9 pages chacun. Il en ressort une aisance marquée à pouvoir lire plusieurs chapitres à la suite. La lecture semble ainsi avancer de bon train malgré l’épaisseur de l’ouvrage. J’en viens alors au côté plus négatif de la chose qui m’est apparu par la suite au fil de ma lecture. Il m’a semblé que certains chapitres auraient mérité d’être allongés. Les fins de chapitre en plein milieu de l’action m’ont semblé parfois si brusques que je devais suspendre ma lecture pour vérifier si je n’avais pas sauté une page ou si j’avais bien compris ce qui se passait. C’était comme si on brisait une ambiance en plein milieu. J’ai pour souvenir un certain passage précis dans lequel Gaillard et Françoise s’amusent à faire une course en dévalant une pente abrupte. L’image est très forte, le lecteur se sent charmé et imagine bien la candeur d’enfants. Cette course est alors coupée au montage, car le chapitre se termine, et on retrouve le couple déjà en bas de la pente. J’ai trouvé la coupure très brutale quant à moi.

Les points faibles

Passons maintenant aux aspects que j’ai un peu moins appréciés du livre. Il faut dire que je ne me considère pas comme une érudite d’Histoire bien que j’entretienne une certaine curiosité à son égard et considère toute son importance. Je peux donc dire, pour ma part, que ma principale attente face à ce livre était d’y trouver des explications et des faits historiques réels sur la Conquête et la bataille des plaines d’Abraham (le livre s’intitule «Les plaines» d’ailleurs). J’ai donc réalisé avec déception que ces événements marquants de notre histoire ne servent qu’à une mise en contexte et sont laissés en arrière-plan. Il faut dire que Gaillard n’est pas un soldat. Il ne participe donc pas directement à l’effort de guerre et est ignorant de toutes stratégies militaires, etc. Je souhaite donc avertir les lecteurs de ce livre en affirmant qu’il ne faut pas s’attendre à des explications sur l’Histoire du Québec, mais plutôt à une immersion durant cette même époque.

Ensuite, je peux vous mentionner du sous-titre «Femmes de liberté». Certes, on retrouve bien quelques femmes dans le livre qui semblent libres et n’ont pas peur de participer activement à la colonie. Par conte, je n’ai pas senti que c’était le cœur de l’intrigue. Gaillard tombera amoureux de Françoise, une femme fière qui n’a pas froid aux yeux, mais reste que c’est lui le protagoniste. Et celle qu’on appelle la Sultane croisera m’a semblé presque un outil plutôt qu’un véritable enjeu à l’histoire. Je dirais donc que le sous-titre est quelque peu trompeur à mon avis; une opinion bien personnelle.

Et finalement, mon dernier point concerne l’ensemble du livre. Comme je l’ai dit plus tôt, je ne suis pas une spécialiste de la Nouvelle-France et, en plus de tout ça, ma mémoire est un réceptacle limité. C’est probablement pour ces raisons que je me suis souvent senti bombardé d’informations et de noms de personnages (souvent ayant déjà existé) qui ne me disaient rien. En tant qu’aide de camp, Gaillard traite avec des gens partout en Nouvelle-France, voyageant d’un bout à l’autre du Québec. Sans compter que plusieurs ont des surnoms, des titres et fournissent beaucoup d’informations à retenir sur leur sujet. J’ai donc dû faire de la lecture plus qu’active, retourner en arrière, consulter le glossaire des personnages et travailler dur pour bien suivre. Pour m’aider, j’aurais apprécié une meilleure mise en contexte surtout que les petits chapitres saccadés et les sauts dans le temps constants ne permettent pas de suivre facilement l’histoire. D’arriver dans une pièce et de découvrir plusieurs pages plus loin le nombre de personnes présentes dans ladite pièce est pour moi un manque cruel d’explications. Enfin bref, un peu plus de mise en situation et ça auraient été parfait!

Conclusion

J’arrive au final avec un constat mitigé sur ce livre. Mon intention n’est surtout de décourager sa lecture, car ce livre possède des qualités indéniables. La qualité de l’écriture, la perspective dans un contexte historique très original, l’exactitude des faits historiques relatés et du mode de vie des personnages de l’époque en fait une oeuvre en soit. Beaucoup de recherches et de documentations ont été nécessaires pour pondre un tel ouvrage et ça paraît. Je vais donc conclure en disant qu’il s’agit d’une bonne lecture pour tous les friands d’Histoire du Québec et d’histoires d’amour plus vraie que nature.