Naufrage : un roman percutant de Biz

NaufrageNaufrage est un récit poignant écrit par Sébastien Fréchette, connu sous le nom d’artiste de Biz, un auteur aux multiples talents, publié par les éditions Leméac. Tantôt à teneur humoristique, tantôt tragique, ce roman ne pourra vous laisser indifférent.

SYNOPSIS

Selon Antidote, un naufrage est une ruine totale ou bien un accident de bateau qui le rend totalement inutilisable. C’est exactement ce que vit ici le protagoniste, analyste se faisant relégué aux archives. Cette rétrogradation le préoccupe, d’autant plus qu’à son nouveau boulot, aux archives, on ne fait tout simplement rien; soit on fait semblant de travailler, soit on ne travaille pas du tout. Cet événement est le premier d’une suite succincte de petits et de grands naufrages, dans la vie d’un homme qui pensait avoir atteint le parfait bonheur; un petit bout d’choux, une femme aimante et attirante et un emploi intéressant. Alors qu’il est préoccupé par tous ces problèmes du quotidien, un événement tragique et horrible survient (je n’ose pas trop vous dire c’est quoi, pour ne pas vous divulgâcher le livre, mais je sais que plusieurs d’entre vous le savez déjà). Et tranquillement, toute cette stabilité se détruit, comme chaque morceau d’un bateau anéanti.

LES HAUTS

La qualité et l’intelligence de l’écriture de l’auteur sont ses plus grandes forces. Les métaphores sont percutantes et nombreuses. Les références culturelles sont intéressantes et bien expliquées. Le style d’écriture est si puissant qu’il occulte à lui seul toutes les petites faiblesses du livre qui seront abordées ci-bas. Pour vous donner envie de lire cet excellent livre, voici quelques citations :

« J’avais le canon de l’austérité appuyé sur ma tempe. »

« Le directeur parlait de nous au passé, comme si on était mort. Professionnellement, c’était sans doute vrai. »

« En le regardant progresser, j’étais ébahi par la complexité bioméchanique de la locomotion bipède. Il avait fallu aux Japonais des dizaines d’années de recherches à temps plein pour mettre au point un robot humanoïde capable de descendre un escaliers sans s’écrouler. Un an avait suffit à mon petit homme pour assimiler les rudiments du déplacement sur deux pattes. »

« En enlevant son t-shirt, il a révélé un dos d’une rare pubescence. Paradoxalement, une calvitie avancée lui faisait comme une tonture sur le haut du crâne. Ses poils étaient comme la richesse dans mondiale : abondant, mais mal répartie. Y’a pas de justice. »

Les problématiques sont à la fois touchantes et d’actualité. Le protagoniste, plus vrai que nature avec ses lourdes émotions, rendues plus facilement accessibles au lecteur grâce à la narration au « je ».

D’ailleurs, en parlant d’émotions, ce livre nous en fait vivre des tonnes. Parfois on s’esclaffe, parfois on pleure. Merci Biz!

LES BAS

J’ai trouvé les personnages secondaires parfois un peu trop clichés, peu développés, caricaturaux. Peut-être était-ce là l’intention de l’auteur de peindre un monde qui sonne un peu « faux », puisque le protagoniste qui raconte l’histoire est excédé, blasé. Personne ne peut, de toute manière, en toute honnêteté, clamer qu’il voit le monde tel qu’il est.

J’ai également trouvé l’action bien inégale. Durant la première heure d’écoute (oui, oui, je me suis fait faire la lecture!), il ne se passe pas grand-chose. La lecture n’est pas pour autant moins agréable, à cause de l’écriture magique de l’auteur. J’ai apprécié chaque seconde, mais disons que l’action est lente, et surtout, en début de livre.

Finalement, jamais n’est venu à l’idée du protagoniste de chercher un autre emploi. N’y-a-t-il pas besoin d’analystes ailleurs? Est-ce le seul endroit où l’on embauche des analystes? Encore là, cela peut s’expliquer, peut-être, parce qu’il était sous le choc de sa rétrogradation, mais sa conjointe, elle, pourquoi n’y-a-t-elle pas pensé? Mais bon, c’est peut-être moi, encore, qui est trop en mode solution!

APPRÉCIATION GÉNÉRALE

Quel livre percutant! J’ai adoré, malgré les petites faiblesses susmentionnées. Tellement que je me brûle les doigts d’acheter tous les livres de Biz. Je veux tous les lire, sans exception. La dernière fois que j’ai eu un si gros coup de foudre littéraire, c’est quand j’ai découvert David Goudreault. Leurs styles d’écriture sont similaires. Des auteurs québécois de chez nous comme il ne s’en fait pas ailleurs. Des perles rares, comme qu’on dit. Je vous invite fortement à lire ces deux auteurs, et à écouter (ou à lire) ce merveilleux livre qui traite de façon très humaine d’enjeux d’une tristesse sans nom.