L’envol : la bonne gestion du risque / Dossier Alire (2/8)

alire-clÉLa première clé du succès des Éditions Alire est, selon notre analyse, la bonne gestion du risque. Comme on peut le lire dans le roman autobiographique de Victor Lévy-Beaulieu « Les mots des autres : la passion d’éditer » – roman divertissant et haut en couleurs – être éditeur, c’est difficile – et surtout au Québec. Il faut donc être excessivement malin pour savoir tirer son épingle du jeu. Et ça passe, selon moi, par une gestion intelligente du risque.

Bien qu’on mentionne sur le site des Éditions Alire (2018) que les débuts ont « été difficiles », nous émettons d’abord l’hypothèse que cette maison d’édition a su, dès ses premiers balbutiements, bien gérer le risque.

DES AUTEURS EXPÉRIMENTÉS

En effet, en 1996, selon notre catalogage (voir premier article du dossier pour la méthodologie), la maison n’a publié que 4 titres, en petit format, de 3 auteurs qui n’en étaient pas à leur premier roman : Élisabeth Vonarburg, Esther Rochon et Jean-Jacques Pelletier.

 

Avant même la publication du premier tome de la série Tyranaël s’intitulant Les rêves de la mer par les Éditions Alire, en 1996, Vonarburg avait déjà gagné plus de 20 prix littéraires et publié 11 livres (Alire 2018). Jean-Jacques Pelletier avait quant à lui rédigé 4 romans et gagné un prix littéraire, tandis qu’Esther Rochon avait écrit 6 romans et remporté 4 prix littéraires (Alire 2018). Ces auteurs amenaient donc avec eux certains lecteurs, bien que leur nombre ne fût en rien comparable avec celui d’aujourd’hui.

UNE MAISON ATTENDUE DU MILIEU LITTÉRAIRE SFFQ

Les Éditions Alire ont ainsi commencé avec des valeurs sûres, d’autant plus que leur arrivée était attendue dans le milieu littéraire de la SFFQ[1] :

En outre, l’entrée des Éditions Alire dans le milieu de la SFFQ a suscité énormément d’enthousiasme chez ces écrivains arrivés à maturité qui ont vu dans cette nouvelle maison d’édition une possibilité de trouver un accompagnateur indéfectible dans le développement à long terme de leur œuvre et un port d’attache permanent et stable[2].

UN RISQUE CALCULÉ À L’AN 2

L’année suivante, avec les fonds amassés par les succès de l’année précédente, les éditeurs prennent un risque calculé en faisant paraître un premier titre de Robert Malacci, qui n’avait publié que 2 livres auparavant (Alire, 2018), et double ainsi leur nombre de titres parus. Tout de même, avec la parution de 7 autres titres d’auteurs reconnus, les Éditions Alire se laissent une grande marge de manœuvre. Ainsi, en 1997, ils publient également la suite de Tyranaël, titre qui s’est vu honoré par différents prix littéraires, la suite des Chroniques infernales d’Esther Rochon, un premier livre de Joël Champetier, qui avait déjà à son actif 10 livres dont 11 distinctions littéraires et un roman de Francine Pelletier qui avait déjà publié 16 romans jeunesse et gagné 4 prix littéraires (Alire 2018).

CONCLUSION

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Flying with books. Illustration par Lee White

Ainsi, peu de titres pour commencer, dans un format peu coûteux, avec des auteurs déjà connus ont permis aux Éditions Alire de bien gérer le risque et ainsi de prendre leur envol. On peut donc dire que cette maison d’édition ne marchait pas à crédit, mais voguait bien sur le succès des autres titres parus. Il s’agit d’une stratégie fréquemment utilisée dans l’histoire de l’édition au Québec. C’est ainsi que les auteurs littéraires des Éditions du Jour pouvaient remercier Janette Bertrand d’avoir vendu autant d’exemplaires de ses livres sur les recettes de cuisine – succès qui leur permettait d’éditer leurs romans peu connus ou encore peu populaires[3]. Ici, on reste dans le littéraire, mais le principe demeure le même. Il s’agit selon nous de la première clé de leur succès. Restez à l’affût, car dans le prochain article de ce dossier, nous analyserons plus en profondeur le deuxième facteur important dans l’essor de cette maison : leur grande implication dans la communauté littéraire SFFQ.


[1] Le terme SFFQ sera ainsi employé pour désigner la littérature de l’imaginaire comprenant la science-fiction, le fantastique, la fantasy ainsi que l’horreur.

[2] C. JANELLE & J. PETTIGREW (sous la dir. de). 1996. 1996 – L’Année de la science-fiction et du fantastique québécois, Québec, Alire, p.3.

[3] V.-L. BEAULIEU, Les mots des autres : la passion d’éditer, Montréal, VLB Éditeur, 2001.