L’ingrédient secret : le format de poche / Dossier Alire (4/8)

alire-clÉLa troisième clé du succès des Éditions Alire se retrouve dans une particularité fort intéressante de cette maison d’édition reconnue par le milieu littéraire : elle a exploité de façon bien singulière les différents formats de livres. Les éditeurs de chez Alire ont osé : ils ont fait du format de poche leur cheval de Troie pour infiltrer le marché québécois. Et leur croissance démontre que ce choix plutôt audacieux a porté fruit.

À CONTRE-COURANT

Alors qu’il existe une règle tacite voulant que les romans paraissent généralement en grand format en premier (Brisson 2015), les Éditions Alire ont choisi de populariser le livre de poche et de publier, tout d’abord, leurs différents livres dans ce format, comme l’illustre la première figure ci-bas que nous avons concocté en analysant le catalogue. À l’instar de Jacques Hébert avec ses livres à 1$[1], les fondateurs de cette maison d’édition nomment avoir choisi ce format d’abord et avant tout pour démocratiser le milieu du livre (Alain 2011). De plus, comme l’explique Louise Alain au cours d’une entrevue avec Les Libraires : « c’est payant d’une certaine manière le format poche, car ça nous permet de rejoindre beaucoup plus de lecteurs » (Brisson 2015). Ce plus grand bassin de lecteurs s’explique par le fait que les livres de poche coûtent bien moins cher (Alain 2011). En effet, les frais d’impression et de distribution sont bien moins élevés [1].

S’ADAPTER AU MARCHÉ

Afin d’agrandir leur marché et de conquérir les bibliothèques et les écoles avec leurs fictions, les Éditions Alire ont dû toutefois s’adapter : « de nous restreindre au seul format de poche nous excluait donc du réseau et nous éloignait de certains lecteurs » (Alain dans Brisson 2015). Avec le succès et dans le but d’élargir leur marché, Alire a progressivement adapté le format de la première parution de leurs romans comme le démontre la figure ci-dessous:

Proportion des titres par année dans leur premier format de parution

On retrouve donc de plus en plus le grand format au sein de cette maison d’édition. En effet, alors qu’en 1996, aucun livre n’est paru en grand format, presque 50% des livres ne sont parus que dans ce format en 2018 comme le démontre la figure suivante :

graphique-tout-format

Ainsi, Alire publie de plus en plus dans les deux formats et privilégie maintenant davantage la sortie du grand format en premier; la tendance s’est donc inversée pour s’adapter au marché. Avec leur essor et une réputation qui n’est plus à faire, ce choix éditorial est beaucoup moins risqué qu’il l’aurait été à leur début.

ÊTRE UN BON ÉDITEUR, C’EST…

S'adapter-illustration

The book character. Illustration par Mariusz Stawarski.

On peut dire que cette gestion originale du format de parution de leurs livres est donc un facteur important expliquant l’essor des Éditions Alire.

Être un bon éditeur, c’est donc de sortir du cadre et d’innover, puis d’être capable de s’adapter aux réalités du marché et aux demandes des lecteurs.

Dans le prochain article sur cet éditeur de l’imaginaire, nous aborderons le support et explorerons de quelle façon Alire est partie à la conquête du numérique!

 

 

 

 


[1] J. MICHON, « Le livre à un dollar », Histoire de l’édition littéraire au Québec, vol. 3, Fides, 2010, p. 23-47.