Le libraire de Gérard Bessette

Le libraireC’est un peu naïvement que j’ai entamé l’écoute du livre audio « Le libraire » disponible sur le site Radio-Canada Premiere et publié aux Éditions Pierre Tisseyre. Je lis généralement des œuvres plus récentes et ce livre, plutôt particulier, a été publié en 1960! C’est avec étonnement donc, que j’ai entendu que le protagoniste, Hervé, payait une bière en « sous » et non en dollars. Il s’agit d’un roman plutôt particulier à la fois humoristique et politique.

SYNOPSIS

Hervé Jodoin est un homme sans grandes ambitions, qui, sans le sous, se rend au bureau de chômage pour qu’on l’y aide à trouver un emploi. N’importe lequel, tant que celui-ci lui permet de ne faire pas-grand-chose et d’avoir la paix. Il est donc envoyé de Montréal à St-Joachim, un petit village où les rumeurs se reproduisent comme des petits lapins. Et c’est ainsi qu’il devint libraire. Un libraire blasé qui se voit confier un grand secret.

LES HAUTS

J’ai bien ri à quelques reprises. Ça m’a décroché également beaucoup de sourires. Le personnage principal, excessivement sarcastique, lâche, mais à la fois brillant et parfois, sensible, est excessivement attachant. La narration au « je » nous permet de sonder les abysses du cerveau plutôt dysfonctionnel de ce libraire improvisé.

Le livre est également politique, traite d’un sujet qui m’est cher: la censure. Se déroulant avant la révolution tranquille, ce livre nous permet de voir l’emprise qu’avait la religion catholique sur l’accès à l’information. Bien qu’il n’était pas illégal de vendre ou d’acheter certains livres, les citoyens étaient sous le joug d’une force invisible, celle des ragots et de « la morale ». Bien qu’on connaisse théoriquement le contexte culturel de l’époque, ce livre nous permet de s’y imprégner un peu mieux.

LES BAS

Les péripéties secondaires avec la propriétaire de la chambre qu’il loue, je trouve, sont moins intéressantes à l’histoire et n’y apporte que peu d’éléments pertinents. La propriétaire en tant que telle, une femme ostracisée pendant longtemps pour s’être séparée de son mari à une époque où le divorce n’était pas choses courantes, elle, est excessivement intéressante. Je crois simplement que ce personnage aurait pu être plus utile à l’histoire, autrement que par son passé.

APPRÉCIATION GÉNÉRALE

Récit pertinent et accessible. J’ai bien aimé pouvoir l’écouter en me rendant au travail. En toute honnêteté, je n’aurais pas eu le courage de le lire, mais l’écouter fut un régale. Peut-être que mon flegme est influencé par celui du libraire blasé. Je trouve d’ailleurs tout à fait d’à propos que le « lecteur » puisse se permettre de s’asseoir et de se faire faire la lecture. Je suis sûre que si le protagoniste, Hervé Jodoin, pouvait se mouvoir et parler aujourd’hui, il aurait été enchanté que son histoire puisse être lue, écoutée, sans le moindre effort.