L’affaire Hansel et Gretel : quand la justice censure

HanselGretelPremieredeCouvertureAujourd’hui, j’ai envie de me vider le coeur sur la saga entourant le livre Hansel et Gretel, publié chez les Éditions AdA. Je me rends compte que je ne peux pas me taire sur ce sujet qui concerne directement la littérature québécoise et la liberté d’expression. Au début, j’avais plus l’attitude suivante: « ça va passer sous le silence vite fait cette affaire-là, rien ne sert d’attiser la webosphère et d’apporter une attention négative à un cher collègue auteur et à sa maison d’édition ». Mais cette stratégie n’est plus la bonne : on doit en parler.

Plusieurs articles réellement pertinents ont été publiés à ce sujet. Le meilleur est le suivant selon moi : Ce qu’il faut comprendre de l’affaire Hansel et Gretel.  Ainsi, vraiment loin de moi l’idée de faire le tour de toute l’affaire ; d’autres l’ont fait, bien mieux que moi. J’ai juste besoin de le dire, haut et fort : c’est n’importe quoi cette affaire-là!

Un petit résumé de l’affaire

J’vous résume quand même le tout, pour ceux qui n’auraient aucune idée de ce dont je parle ici : un auteur a publié un livre de fiction dans la série des Contes interdits (série d’horreur), aux éditions AdA et y a inséré quelques passages très graphiques, notamment entourant le viol des jumeaux Jeannot et Margot (des personnages fictifs du conte Hansel et Gretel); allez les lire si vous voulez, ces passages ne pourraient exciter personne. C’est très clair pour moi. Une enseignante s’en est toutefois offusquée et elle a porté plainte à la police. Et contre toute logique, la plainte a été retenue et un procès devant jury aura lieu. L’auteur et l’éditeur de la maison d’édition risquent jusqu’à 14 ans de prison pour production et distribution de pornographie juvénile. Oui, oui, vous avez bien lu!

Suis-je biaisée?

Je suis aussi auteure chez les Éditions AdA, c’est vrai. Toutefois, je crois bien que je parle avec mes deux organes les plus intelligents : mon coeur et mon « gros bon sens ». Je suis certaine que j’aurais le même discours s’il s’agissait d’une autre maison d’édition. Mais, je vous l’accorde, c’est probablement parce qu’il s’agit de ma maison d’édition que cette affaire revient sans cesse à mon attention.

Mon avis inébranlable: ce N’est PAS de la pornographie juvénile

Il est dit dans l’article cité plus haut que seul un juge peut trancher à savoir si les extraits du roman peuvent être considérés comme de la pornographie juvénile. Personnellement, je ne suis pas d’accord et je n’en reviens simplement pas:

Peut être considéré comme de la pornographie juvénile: « tout écrit dont la caractéristique dominante est la description, dans un but sexuel, d’une activité sexuelle avec une personne âgée de moins de dix-huit ans.

Ces passages ont clairement pour but de dénoncer la pédophilie et ces passages ne constituent réellement pas la majorité de l’oeuvre. Il n’y a aucun doute là-dessus. Ces courts extraits sont percutants et (très) graphiques. J’ai trouvé ça dégueulasse lire ces passages, mais c’est efficace, car ça soulève l’indignation du lecteur. Et je crois que toutes les stratégies sont bonnes pour qu’on parle d’un problème social; la pédophilie en est un qui fait des ravages partout dans le monde. Il n’y a aucun doute pour moi, aucun : le but de l’auteur et de l’éditeur n’était pas d’exciter sexuellement les lecteurs pédophiles. Les passages graphiques dénoncent ces actes et c’est très clair qu’on ne les glorifie pas ici ! Je suis vraiment indignée de la situation et très triste pour l’auteur que j’affectionne particulièrement.

Au début, je riais de l’affaire et je me disais : « la loi est très claire là-dessus, ce n’est PAS de la pornographie juvénile, ça n’ira PAS à procès, voyons dont; plusieurs auteurs ont écrit bien pire » ! On dirait bien que la question sera quand même élucidée en cour et que je n’aurais pas dû en rire…

L’intention de l’auteur : démontrer que la pédophilie est la pire forme d’horreur

Avant même que toute cette folie de procès ne naisse, Yvan Godbout nous avait accordé une entrevue, que vous pouvez lire intégralement ici. Je tiens à diriger votre attention sur cet extrait:

L’horreur pour moi doit être viscérale; on doit la ressentir jusque dans nos tripes. Je n’aime pas lorsqu’on me donne l’impression qu’une scène est plaquée ou forcée. En fait, je n’aime pas qu’un auteur ne cherche qu’à me choquer. J’en profite d’ailleurs pour dire à ceux qui me reprochent de l’avoir fait dans mon dernier roman, Hansel et Gretel, que ce n’est absolument pas ce que j’ai souhaité faire. Pour moi, les émotions ressenties par les personnages doivent être réelles, même si ce qu’ils vivent est inimaginable. Je me répète, mais l’enfer, le vrai, celui sur terre, est laid, très laid, et les mots pour le décrire aussi.
– Yvan Godbout

Je trouve que cet extrait vient démontrer, sans aucun doute, que le but était de dénoncer la pédophilie.

Vous savez, j’ai lu ce roman et je n’ai aucunement eu l’impression, à aucun moment que le but était d’exciter qui que ce soit. D’ailleurs, quand j’ai réalisé ma chronique sur ce roman, je n’ai même pas fait mention de ces passages. Tous les contes interdits sont durs et recèlent de passages horribles… C’est une série de livres d’horreur gores, alors je n’ai pas trouvé ce livre plus extrême que les autres. C’est un peu bizarre toute cette affaire à mon avis.

Des dommages irréversibles à la réputation de l’auteur

Même si le procès est remporté par l’auteur et son éditeur, il restera toujours des traces. Certaines personnes vont même jusqu’à penser que l’auteur est un pédophile : beaucoup de gens lisent les articles à moitié et se fit à certains titres sensationnalistes. L’auteur s’est fait insulté, intimidé. Pour la réputation de ce dernier et de sa famille, les dommages sont irréversibles. Et je suis peinée de savoir qu’il n’y a rien au monde que je puisse faire pour changer ça. On peut toutefois faire des gestes qui viennent mettre un baume sur la blessure gigantesque.

J’ai en haute estime cet auteur. Et je n’ai évidemment aucun problème à le dire haut et fort : Yvan Godbout est un homme admirable, sensible, droit, gentil, un père de famille dévoué, un ami soucieux du bien-être des autres et ses écrits vont tous dans ce sens.

Le jury n’aura d’autres choix que de statuer que Hansel et Gretel N’EST PAS de la pornographie juvénile.

Qu’est-ce qu’on peut faire pour aider l’auteur et son éditeur ?

  • Vous pouvez dire haut et fort votre désaccord en lien avec ce procès et supporter l’auteur dans vos propos, au quotidien, quand vous jasez autour d’une table ou quand vous êtes sur les réseaux sociaux;
  • Vous pouvez acheter ses romans, dont son tout dernier, Boucle d’Or , toujours publié chez les éditions AdA;
  • Vous pouvez vous procurer une tuque ou une casquette des Contes interdits pour aider l’auteur et son éditeur à financer les frais entourant ce procès : contactez info@ada-inc.com

Si vous avez d’autres idées, n’hésitez pas à les inscrire en commentaires.

Merci de partager massivement. Toutes mes pensées vont à l’auteur et à sa famille et j’espère que la justice ne nous fera pas faux bonds. La justice devrait nous protéger et non nous salir et nous bâillonner. Personne n’a besoin d’être protégé de ce roman, de cette maison d’édition ou de cet auteur. Personne.