Un coup de coeur de 2019 : « Ta mort à moi » de David Goudreault

Ta mort à moi« Ta mort à moi » de l’auteur David Goudreault publié aux éditions Stanké en septembre 2019 est un roman brutal, poignant, déstabilisant et intense et ce, en tout point. Ça m’a pris du temps pour terminer la lecture de ce roman; j’ai dû m’imposer des pauses parce qu’il est très dur émotionnellement et puis, je ne voulais pas le dévorer, parce qu’ensuite, bien… c’est un peu idiot à dire, mais quand on dévore un livre, bah l’expérience se termine trop vite. Et parfois, on est pas prêt. Et j’étais pas prête. Vraiment pas.

Ensuite, ça m’a pris encore un temps pour avoir le courage de rédiger une chronique, par peur de ne pas être à la hauteur de ce chef d’oeuvre littéraire. Ça vous donne une idée du ton de cette chronique.

Et pis, soyons marginaux, j’ai envie de faire différent cette fois. Oublions les catégories qui tranchent les points positifs et les points plus négatifs. Oublions tout ça. J’essaierai de demeurer tout de même nuancée sans m’imposer ces balises.

Ce roman est sans conteste dans la même lignée que la trilogie « La bête », du même auteur, publié chez le même éditeur l’année passée. Si vous allez voir mon article sur la trilogie, vous pourrez constater qu’elle m’avait d’ailleurs tout autant déstabilisée et impressionnée. Mais dans le roman « Ta mort à moi », il y a quelque chose de perturbant en lien avec notre rapport avec la vie : celle qu’on a, celle qu’on aimerait avoir, celle qu’on chérit ou bien celle qu’on gâche, celle dont on est fière ou bien celle qui nous indiffère. Le mal de vivre est dégagée à puissance 10 par la protagoniste et nous frappe de plein fouet.  Honnêtement, je crois qu’il faut être férocement attachée à la vie pour lire ce livre sans en sortir trop bouleversé. Et pis, même à ça… !

Si je résume rapidement, « Ta mort à moi » c’est la vie d’une fille laide (vraiment!), émotionnellement instable avec une intelligence hors norme qui grandit dans un petit village au sein d’une famille qu’elle n’a jamais réellement aimé, puis qui devient une poète internationalement reconnue (vraiment!) et qui vit des péripéties rocambolesques que seul cet auteur créatif aurait pu imaginer. Bref, sa vie, parsemée de drames familiaux, de crimes, de marginalité, est une tentative désespérée de ressentir quelque chose d’autres que le néant qui l’engouffre jour après jour. Voici les questions qui seront répondues lors de la lecture : la protagoniste se sortira-t-elle de son mal de vivre? Comment a-t-elle réussi à s’infiltrer dans une organisation criminelle de grande envergure? Et sa vie, après tout, valait-elle la peine d’être vécue? Qu’est-ce qui a mené à sa mort ? (ce n’est pas un punch, on le dit dès le début qu’elle va mourir… comme tous les humains.)

Je trouve personnellement que ce roman nous propulse directement dans des réflexions profondes sur l’humanité : qui sommes-nous, pourquoi sommes-nous et quel est le rôle de notre existence.

La structure de cette oeuvre est plutôt intéressante. Un roman déconstruit; certains chapitres sont des réflexions du narrateur, qui rédige justement l’histoire de la vie de la grande poète et d’autres sont des passages du journal intime de la protagoniste ou des extraits de d’autres sources de documentation traitant de la vie de la jeune femme ou des sources informatives. Ça rend la lecture rapide; jamais le lecteur ne peut s’ennuyer. Je dois avouer que parfois j’avais hâte de tomber sur des passages de journal intime qui commencent d’ailleurs tout par « Maudit journal » (ça donne le ton!). Sans le reste, le récit aurait toutefois moins de profondeur.

Le titre de l’ouvrage est parfait : à la fois engageant et réellement lié à l’histoire en elle-même.

J’ai également aimé qu’il y avait énormément de références culturelles sans pour autant que ça ne devienne lourd; David Goudreault est comme un Réjean Ducharme des mots, somme toute un peu plus accessible. J’ai eu un peu de mal avec l’avalée des avalées, mais j’y suis arrivée haha ! Alors qu’ici, la lecture est quand même accessible, malgré toutes les images, les jeux de mots et les références.

Oh et en parlant d’images, de mots… Pour vous donner envie de lire, je vous transmets ici certains extraits:

Si les meilleurs d’entre nous, les plus grands espoirs, nos génies créateurs en viennent si souvent à se suicider, que valent nos vies, à nous?

Parfois, la beauté est dans le regard de celui qui ferme les yeux.

À trop embrasser les morts, elle n’avait pas su étreindre les vivants.

En dedans comme en dehors, la liberté se calcule au volume de la cellule ou du bocal, ce qui inclus le crâne

Du septième ciel jusqu’au neuvième cercle de l’enfer, il n’y a que seize étages à débouler.

La famille, c’est comme un bouquet de ballons; ça vole plus haut attaché serré, et on ne sait jamais lequel va crever le premier.

Maudit journal, la Lune tourne autour de la Terre comme la Terre autour du Soleil. Le Soleil tourne dans une galaxie en spirale où chacun des astres tourne aussi sur lui-même. Et nous, étourdis de prétention, on voudrait filer tout droit. Moi, j’assume, je tourne en rond.

Ce genre d’extrait, ce genre d’images, il y en a à chaque page. Je n’ai que sélectionné quelques-uns de mes préférés. Je ne sais pas comment l’auteur fait, mais il a un talent fou, c’est certain.

Appréciation générale

Ainsi, ce roman est pour un public averti qui est à la recherche de sensations fortes et qui n’a pas peur de se salir un peu l’âme. Il ne s’agit pas d’une lecture qu’on peut qualifier de légère pour le cœur, mais ô combien intéressante et satisfaisante. Elle pousse également la réflexion du lecteur. Je crois qu’il s’agit d’un incontournable, mais si vous êtes déprimés, je vous invite à mettre ce bouquin un peu plus loin sur votre pile à lire, sans quoi, cela pourrait empirer votre condition. C’est toutefois un achat que je qualifierais d’essentiel au niveau culturel. Je crois qu’on en parlera encore dans dix ans. « Ta mort à moi » est un un roman marginal bien ancré dans la culture québécoise et dont les mots ne peuvent laisser personne indifférent. Je vous souhaite une belle lecture!

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