Comment devenir un monstre de Jean Barbe : un roman à la fois saisissant et pertinent!

COMMENTDEVENIRUNMONSTREJ’ai toujours aimé Jean Barbe. D’abord, parce qu’il est un journaliste plutôt de gauche ici au Québec. Il s’exprime bien, ses idées sont claires et il est éloquent. Je trouve ce livre tout aussi pertinent que ses opinions en général et je trouvais sympathique de le partager avec vous. « Comment devenir un monstre » a été publié en 2004 par Leméac éditeur. C’est un livre poignant qui m’a arraché plusieurs réactions, certaines même sonores.  Sans plus attendre… :

SYNOPSIS

Un avocat blasé prend comme mission de défendre « le monstre », ce personnage vivant dans un continent éloigné du sien et ayant commis les pires atrocités. Il laisse alors sa femme seule avec ses enfants pour partir dans une aventure qui saura, il l’espère, le revigorer. On suit alors parallèlement « le monstre » et l’avocat qui enquête sur lui. Petit problème technique : le monstre ne dit rien, le regarde avec un air absent. Il force ainsi l’avocat à enquêter, à rencontrer les gens qui connaissaient Viktor Rosh, à marcher dans ses pas et à visiter les lieux qui l’ont transformé. On voit ainsi l’évolution d’un homme discret, un chef cuisinier avec des rêves, se métamorphoser par la vie, par la guerre, en véritable machine à tuer.

LES HAUTS

C’est un livre à teneur philosophique qui fait réfléchir. À quel point les criminels sont des criminels? Cela dépend-t-il de l’ordre social établie, des expériences vécues? La vie met-elle au monde des criminels en les exposant à la misère, aux atrocités? Ou est-ce là un mélange entre la guerre et les caractéristiques personnelles d’un humain, qui peut sembler, pourtant, jusque-là banal?

 « On prend les armes pour faire un monde meilleur! Et on devient inhumain à force de rêver d’un peu plus d’humanité. »

L’écriture est, comme je me l’attendais: percutante et soignée. Elle suscite l’émotion, la réflexion:

La force de l’amour opposée à celle de la mort. La simplicité de l’amour opposée à la complexité de la guerre. La vérité de l’amour opposée aux mensonges de l’intérêt. À quoi pouvait-il bien servir de défiler dans les rues en brandissant des pancartes pour la paix si je n’étais pas capable de donner des bisous aux bobos de mes enfants? Et de croire aux pouvoirs absolu des bisous pour la guérison des bobos? Il ne suffit pas d’être contre la guerre, il faut être pour quelque chose. Mais la paix, ce n’est rien, c’est l’absence de guerre… Avec quoi comblerons-nous l’absence de guerre?

On voit l’évolution des deux personnages tout au long du livre et l’effet est très réussi. On en vient à comprendre l’un et l’autre, sans pour autant être d’accord avec leurs décisions, sans pour autant être d’accord avec leurs actions.

J’ai bien aimé l’introspection des deux personnages. On a accès à leurs pensées, leurs réflexions grâce à la narration à la première personne qui alterne entre l’avocat et son client.

LES BAS

Certaines personnes n’aiment pas que les lieux et la guerre soient inventés de toutes pièces par l’auteur. De mon côté, j’ai bien aimé et je n’ai eu aucune misère à me situer l’action, donc je ne pourrais pas dire qu’il s’agit réellement d’un point à souligner pour moi.

APPRÉCIATION GÉNÉRALE

Excellente livre! Plutôt brutal, violent et philosophique. C’est aussi sensible, intelligent, réfléchi. Je le recommande aux lecteurs expérimentés qui aiment entrer dans la tête des protagonistes. Il y a beaucoup de réflexions et de questionnements, ce qui est un point excessivement positif pour moi. Si vous voulez lire pour vous délester du poids du quotidien, j’irais avec quelque chose de plus léger. Si vous êtes mentalement prêts à vous embarquer dans quelque chose de plus lourd de sens, ce livre est tout indiqué!