Rabaskabarnak: Entre légendes et dystopie

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En ces temps difficiles, l’avenir peut nous sembler incertain. Plus que jamais, on entend dire qu’il n’existe pas de boule de cristal magique pour prédire ce que demain nous réserve.

Mais depuis longtemps, plusieurs auteurs de fiction s’adonnent à l’exercice d’écrire des scénarios d’anticipation. Utopies ou dystopies, ces œuvres nous divertissent bien entendu, mais surtout, elles amorcent une réflexion chez chaque lecteur. Une réflexion essentielle sur l’héritage que nous voulons laisser aux prochaines générations. Avec Rabaskabarnak, Éric St-Pierre nous propose sa version d’un futur bien ancré dans nos valeurs et notre culture.

Synopsis

Dans un avenir lointain où des combats légendaires ont transformé à jamais la face de notre société, ce qu’il reste de l’humanité s’éteint à petit feu. Condamnés à la stérilité, les hommes n’arrivent plus à se reproduire. Pourtant, au bout de plusieurs décennies, Ève Latulippe est la première enfant à venir au monde. Élevée dans une sœurie, cette jeune femme miraculée se questionne sur les coutumes de sa communauté. C’est lors d’une sortie de chasse qu’elle tombe sur un homme qui a à peu près le même âge qu’elle. Sa découverte va l’amener à remettre en cause ses croyances et à défier les lois établies par ses consœurs.

Rabaskabarnak est un roman d’anticipation féministe qui pige dans la culture et les contes québécois pour créer un univers haut en couleur. C’est la rencontre entre la dystopie et le folklore québécois. 

Appréciation

Ce que j’ai préféré dans Rabaskabarnak, c’est le niveau de langue. Éric St-Pierre écrit dans un français québécois qui s’assume. D’une main de maître, il joue avec les mots, réorthographie les anglicismes et les noms de lieux. Les dialogues sont imprégnés de joual ce qui rend les personnages beaucoup plus tangibles.

Le roman s’approprie certaines de nos références culturelles pour les projeter dans le futur. Ainsi on rencontre des personnages nommés Marie-Josephte Corriveau ou Rose Latulipe et on revisite certaines légendes comme celles du cheval noir ou de la chasse-galerie. Je trouve que ces éléments apportent une autre dimension au récit, une sorte de lien entre le passé et le futur.

Évidemment, la place des femmes est très importante dans ce récit. Dès les premières pages, on comprend qu’elles ont dû faire d’énormes sacrifices pour la gagner cette place. Les hommes, quant à eux, semblent avoir disparu, mais ils ont laissé une marque douloureuse dans l’esprit des survivantes. Entre deux scènes d’action, on réfléchit, on se questionne sur la notion d’égalité entre les femmes et les hommes et on en tire nos propres conclusions.

J’aurais aimé mieux comprendre certains aspects du contexte. Les détails entourant le schisme et la naissance miraculée d’Ève sont vagues et laissent des interrogations. J’aimerais bien retrouver les héros dans d’autres aventures qui m’amèneraient à en découvrir plus sur cet univers.

Expérience générale

Je ne jouerai pas à l’autruche avec vous, au moment où j’écris ces lignes nous traversons tous et toutes une épreuve collective hors du commun. Dès le début du confinement, j’ai systématiquement mis de côté les romans post-apocalyptiques qui s’accumulaient dans ma PAL. J’avais l’impression qu’on venait d’entrer dans cette dystopie annoncée par tant d’écrivains. On a beau adorer les récits d’horreur et de sombres futurs, on ne souhaite pas pour autan que la fiction rejoigne la réalité.

Mais il y avait ce Rabaskabarnak qui me faisait de l’œil depuis que j’avais rencontré son auteur au Salon du livre de Rimouski en novembre dernier. La curiosité et la soif de m’évader dans un futur alternatif m’ont incitée à plonger dans ce roman. Et je ne l’ai pas regretté. Au contraire, ma lecture m’a réconfortée. Elle m’a fait prendre conscience de la chance qu’on a de pouvoir communiquer et d’être solidaires. Et même si cette histoire dépeint une triste réalité, elle se termine sur une note positive. Comme un signe d’espoir que le « Ça va bien aller » ce n’est pas juste du vent, à condition de travailler ensemble pour construire la société dans laquelle nous souhaitons vivre.

Conclusion

Rabaskabarnak est un roman surprenant et coloré. C’est un hymne à notre identité québécoise. Je le recommande à ceux qui recherchent un bon récit de science-fiction imprégné de notre culture à nous.

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