Descente infernale dans les «Abîmes» de Jonathan Reynolds

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Je m’ennuie. Je m’ennuie d’assister à un bon show de métal où on peut bouger sa tignasse et relâcher la pression du quotidien. Heureusement, Jonathan Reynolds nous offre avec Abîmes cette dose de défoulement qui nous manque depuis quelques mois. Ce n’est pas avec des décibels, mais bien avec des mots, que l’auteur nous fait vivre l’effervescence d’un show brutal et libérateur.

Synopsis

Tandis qu’il travaille à la boutique le Pentagramme, Frédéric reçoit une invitation pour un show privé du groupe L’Abyme. Tellement privé, qu’il n’est annoncé nulle part. C’est par curiosité qu’il décide de s’y rendre. Or, leur musique agit comme une sorte de drogue sur l’esprit des spectateurs et Frédéric n’y échappe pas. Il veut à tout prix les revoir.

Dans la seconde partie, on fait la rencontre de son ex, Violette, qui tente de fuir son passé de prostituée. Elle y arrive en partie grâce à la musique. Mais elle est troublée par un rêve étrange dans lequel elle se trouve aux Katacombes quand Frédéric lui apparaît. En se réveillant, elle se rend au bar spectacle comme poussé par une intuition. Elle y retrouve Frédéric qui vient à Montréal pour assister à un show de L’Abyme. Une force obscure semble tout mettre en œuvre pour les réunir.

L’histoire se termine avec les articles du blogue de Simon qui tente de comprendre dans quelle galère il s’est embarqué en devenant roadie pour le groupe L’Abyme. C’est à ce moment que les pièces du casse-tête se mettent en place et qu’on commence à saisir quel sombre lien unit les trois personnages…

Appréciation

Ma principale crainte avec ce roman était qu’il représente une image très clichée de la scène métalleuse. J’avoue après coup que j’avais vraiment sous-estimé Jonathan sur ce point. Ce livre est plein de fan service adressé aux metal heads. On y retrouve plusieurs références à l’univers métal qui feront beaucoup plaisir aux initiés. À certains endroits, j’ai même eu l’impression que le roman pourrait être écrit par un musicien ou par un roadie qui suit les groupes en tournée.

Le seul moment où mon intérêt a un peu diminué, c’est en passant de la première partie à la deuxième. Quand les événements commencent à nous captiver, on change de lieu et on découvre un nouveau personnage. Le temps de mettre en scène son background, j’ai perdu mon rythme de lecture pendant quelques pages.

Mais ça n’a pas été le cas avec la troisième partie, car on a déjà rencontré Simon. Oui, oui, après avoir lu un extrait de son blogue au début du roman, on y revient pour la conclusion. On assiste alors à une descente infernale au fond de l’abîme. C’est la partie la plus horrifique, mais aussi la plus surnaturelle.

L’intrigue est bien ficelée. Plusieurs éléments qui semblent n’avoir aucun lien au début finissent par se rejoindre petit à petit. L’auteur joue avec la narration afin de faire durer le suspens. Ainsi, entre chaque chapitre, on peut lire un intermède qui nous révèle le point de vue d’un autre personnage et qui nous tient en haleine. Et ç’a fonctionné pour moi, car je suis restée accrochée à ma lecture du début à la fin.

Comme toujours dans ses romans, Jonathan Reynolds met en scène des personnages qu’on peut facilement reconnaître. S’ils ressemblent à des gens normaux au premier regard, c’est surtout le contraste entre leurs personnalités qui les rend particuliers. Cela a pour effet d’encrer l’histoire dans le monde réel tout en se détachant de la normalité. Un bon équilibre selon moi, qui nous permet de nous enfoncer graduellement dans l’étrange sans perdre notre intérêt.

Expérience générale

J’avais très hâte de plonger dans cette histoire-là. Ça faisait tellement longtemps que je l’attendais, c’était comme Noël quand je suis allée le chercher à la librairie. Métalleuse dans l’âme et lectrice passionnée d’horreur fantastique, je dois avouer que mes attentes étaient pas mal élevées au départ. Mais dès les premières pages, j’ai senti une fébrilité me gagner. C’était ce même sentiment grisant qu’on ressent lorsque la première partie d’un show commence.

J’aurais aimé prendre le temps d’apprécier ma lecture, de faire jouer une playlist, question de créer une ambiance. Mais l’idée a vite pris le bord tellement j’étais captivée par l’histoire. J’avais l’impression de me défouler, d’être brassée comme dans un show métal. Ça a comblé un manque grandissant de divertissement agressif.

Abîmes s’adresse en premier lieu aux amateurs de métal. L’écriture sans prétention est accessible à tous. Vous n’y connaissez rien dans ce genre musical et vous vous demandez si vous devriez quand même vous y aventurer? Je dirais que ça dépend du type de lecteur/lectrice que vous êtes.

Si vous lisez de façon plutôt passive, vous risquez de trouver cette histoire bien écrite, mais vous ne serez probablement pas marqué autant que je l’ai été. Si au contraire, vous êtes un lecteur/lectrice actif, qui prend le temps de faire des recherches au fil des pages (encore faut-il arriver à s’en détacher), il se pourrait fort bien que ce roman vous donne envie de rejoindre la sombre et magnifique communauté métalleuse.

Conclusion

Abîmes est assurément un roman qui marque l’imaginaire. On n’en ressort pas abîmé mais plutôt… Dérangé n’est pas le mot. Ni troublé. En fait oui, troublé, mais c’est plus que ça. Déstabilisé. Comme si on était bouleversé dans nos convictions. Comme si à la fin du livre, on pouvait entendre le son de la cloche ancestrale…

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