Chants des Marais et des Morts: Laissez-vous envoûter par l’univers sombre de Mathieu Bellemare

Les journées s’assombrissent, les feuilles désertent les arbres et le froid s’insinue jusque dans nos foyers. Oui, elle est bien là, la saison des morts et des esprits. La saison du cocooning et des pumpkin spice lattés trop sucrés. Pour certains d’entre nous lecteurs, c’est la saison des livres d’horreur, des lectures sombres et des mots sinistres. J’en ai profité dernièrement pour ouvrir ce livre qui reposait dans ma PÀL depuis un moment et que je me réservais pour cette saison pleine de frissons et de mystères. Au final, je me suis retrouvée à vivre une expérience multisensorielle que je tenais absolument à vous partager.

Synopsis

À travers Chants des Marais et des Morts, on nous raconte plusieurs histoires nocturnes. Comme celle de la maison hantée qui terrifie les enfants ou celle du triste sort d’une chanteuse de cabaret à la Nouvelle-Orléans. Dans les marais, les jardins, les cimetières, chaque histoire nous invite à redécouvrir ces lieux sous un jour nouveau ou, devrais-je dire, sous une nuit nouvelle. C’est un recueil de paroles combinant l’illustration, la poésie, le conte, la musique. Il vient avec un CD que l’on écoute au fil des pages.

Sombre, gothique, macabre… Ce disque-livre s’inspire des œuvres de Tim Burton, Tom Waits et Edgar Allan Poe. Chants des Marais et des Morts est un hommage à la nuit, celle qui domine en reine les heures de noirceur comme celle qui subsiste dans l’esprit des hommes.

Appréciation

Il est difficile séparer les textes du reste de l’œuvre pour les analyser. Chant, musique, paroles et illustrations forment un tout indissociable. Mathieu Bellemare assure avec brio toutes les étapes de création de Chants des Marais et des Morts. Sur un air de piano et de violoncelle, la musique pourrait très bien jouer dans un film de Tim Burton, rappelant un peu les trames sonores de Dany Elfman. Vers la fin, on s’en va vers un style plus jazzé.

On ne pourrait certainement pas lire le livre sans écouter le disque en même temps. D’ailleurs, certaines paroles sont presque illisibles. Par exemple, dans Une Dernière Valse, l’écriture s’efface et crée un effet vaporeux, intangible. La musique et les mots sont accompagnés de sublimes dessins en noir et blanc, au crayon ou en numérique.

Certains textes abordent des sujets plutôt crus, notamment la violence faite aux femmes. J’ai apprécié la notice à ce sujet à la fin du livre. L’auteur nous rappelle que cette violence n’est pas gratuite et qu’il l’utilise pour dénoncer les horreurs bien réelles qui nous entourent.

Expérience

Je dois admettre que la grande partie de mon appréciation réside elle-même dans l’expérience. Ce n’est pas un livre qui se lit mais qui se vit. On le lit/écoute de préférence par une nuit d’automne. À la lueur des chandelles, pour ajouter à l’effet d’immersion. Au fil des pages, on a l’impression de regarder un film. Une espèce de dessin animé au ralenti. Avec une trame sonore qu’on a envie, non de chanter, mais de chuchoter comme si c’était un secret qu’on voulait garder pour soi.

Notre esprit se laisse bercer par la voix et nos yeux sont emplis des moindres détails de chaque dessin. Il y a même des textes où il n’y a pas d’illustration ; c’est plutôt des textures qui viennent créer une ambiance enveloppante. Jusqu’à la sensation de la couverture veloutée au bout de nos doigts qui donne l’impression qu’on tient un objet de valeur. Chaque élément de ce livre a été méticuleusement pensé afin de nous procurer une expérience unique où contrastent la fascination et la terreur.

Conclusion

Chants des Marais et des Morts nous transporte dans un univers délicieusement sinistre et envoûtant. Je le recommande aux noctambules qui aiment la poésie sombre. Selon moi, il faut le vivre pour comprendre à quel point ce disque-livre offre une expérience immersive. Un accompagnement parfait pour ces soirs frisquets qui nous attendent…

Pour vivre l’expérience à votre tour, vous pouvez vous procurer le disque-livre ici.