Le Prince de Lili Boisvert : Bousculer les codes de la fantasy

Anan tome 1 Lili Boisvert

Petite fille, j’affectionnais déjà les récits de fantasy. L’idée de m’échapper de la réalité au fil des pages d’un roman et de vivre dans ces autres univers merveilleux m’a toujours enchantée.

Par contre, il s’agit d’un genre où les femmes sont très stéréotypées. Même lorsqu’elles occupent des rôles importants dans l’histoire, elles sont soit effacées par le héros, soit leur quête est grandement influencée par un homme. J’avoue que je ne m’étais jamais questionnée sur l’importance de la représentation des femmes avant d’avoir découvert mes premiers films et BD mettant en vedette des héroïnes badass et indépendantes. Être inspirée par des modèles féminins et me sentir fière d’être une femme sont devenus des besoins que je cherche de plus en plus à combler à travers la culture en général. Cette quête de représentation féminine combinée à mon amour de la fantasy m’a naturellement attirée vers Le Prince de Lili Boisvert.

Synopsis

Quand la reine d’Anan doit offrir son fils en mariage pour sceller une alliance avec le pays voisin, c’est à la capitaine Chaolih que l’on confie la tâche d’organiser l’expédition qui mènera le prince à sa nouvelle épouse. Mais l’Anan étant menacé d’invasion, le trajet le plus sûr passe par la forêt des Visiteurs, que l’on dit habitée par un peuple cannibale. Personne n’en est jamais revenu vivant ou sain d’esprit pour raconter ce qu’il en était vraiment. La stratégie de Chaolih repose sur l’idée que l’envahisseur aux portes du pays ne peut prévoir que l’on puisse emprunter cette voie pour quitter l’Anan. C’est donc dans le plus grand secret que la troupe entreprend sa mission périlleuse.

Entre action, alliances et trahisons, le premier tome de la série Anan nous promet une aventure pleine de rebondissements. Avec Le Prince, Lili Boisvert entame une trilogie qui vient briser certains codes de la fantasy. L’autrice a dérogé des clichés traditionnellement attribués aux genres féminins et masculins. Ici, les femmes occupent les rôles importants de la société, elles ne sont pas décrites en fonction de leur physique et je ne vous surprendrai pas si je vous dis que ce n’est pas la princesse qui aura besoin d’être sauvée.

Appréciation

Le principal élément qui différentie Le Prince des autres récits de fantasy est l’inversion des rôles. Ceux qui connaissent Lili Boisvert pour son premier livre, Le principe du cumshot, s’attendent peut-être à une fiction teintée de réflexions féministes. Et bien que ce soit un peu le cas, ce n’est pas non plus un aspect omniprésent dans ce roman. Je crois que l’autrice a surtout voulu jouer avec les stéréotypes, les évaluer, les questionner…

Par exemple, dans cette scène à la taverne où Midora, soldate et cousine le l’héroïne, parle des hommes comme s’ils n’existaient que pour son plaisir personnel, j’ai trouvé ça drôle tout en ressentant un malaise. Ce n’est pas parce que c’est une femme qui se comporte ainsi que ce devrait être plus accepté. Il y a aussi cette conversation où Keyo, un métis, remet en question le système matriarcal du pays et se fait répondre par des phrases toutes faites alléguant que les hommes ne sont bons qu’à faire des travaux manuels et forcément, ne sont pas assez intelligents pour occuper des fonctions plus importantes.

On voit ici que l’autrice ne prétend pas avoir créé un monde parfait avec des protagonistes parfaites, mais qu’elle utilise plutôt cette inversion des rôles pour nous faire réfléchir sur nos comportements. Cette réflexion vient enrichir l’histoire, sans pour autant nous en faire décrocher.

Ce roman nous offre une aventure immersive remplie d’action et de personnages bien développés. Le récit m’a gardée captivée du début à la fin. D’ailleurs, la contradiction entre la vision utopique du pays d’Anan et les inégalités qui y subsistent rendent l’intrigue beaucoup plus intéressante. Aussi, l’écriture au présent est un gros point fort selon moi. Contrairement à un texte écrit au passé, la dynamique dans Le Prince est plus légère et plus fluide. Rapidement, on ne voit plus les mots pour plonger dans l’univers. Et même si les descriptions s’en tiennent à l’essentiel, l’attitude des personnages et l’ambiance des lieux suffisent à créer des images très claires dans notre esprit.

Conclusion

J’ai eu un coup de cœur pour Le Prince et j’ai vraiment hâte de lire la suite. Je le recommande aux fans de fantasy comme à ceux qui ne connaissent pas le genre et qui aimeraient s’y initier. L’histoire remplit très bien sa fonction de nous faire décrocher du quotidien. Je suis heureuse d’avoir ouvert ce livre et d’avoir eu la chance de découvrir de nouvelles héroïnes badass et indépendantes. 

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